La religion pour faire passer la pilule contraceptive

Des femmes afghanes dans une classe d'une école... (AFP, Farshad Usyan)

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Des femmes afghanes dans une classe d'une école coranique, alors qu'elles reçoivent de l'information sur les moyens d'espacer les naissances en conformité avec l'islam.

AFP, Farshad Usyan

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Guillaume Decamme
Agence France-Presse
Mazar-i-Sharif, Afghanistan

«Quatre enfants, ça suffit», lance une jeune Afghane. Pour ne plus tomber enceinte, elle se fournit désormais en pilules auprès d'une ONG qui s'est alliée aux mollahs, d'influents érudits musulmans, pour faire admettre la contraception.

Preuve du puissant tabou pesant sur tout ce qui a trait au corps de la femme afghane : la jeune mère de famille dissimule son visage derrière une burqa pour parler de sa démarche et ne souhaite pas donner son nom. «Ce n'est pas la première fois que j'utilise des contraceptifs. Mais là, j'ai quatre enfants, ça suffit», dit-elle.

En ce samedi de printemps, elle vient s'enquérir des méthodes de contraception proposées par l'ONG britannique Marie Stopes International. À l'arrière du minibus de l'ONG garé dans un quartier pauvre de Mazar-i-Sharif, dans le nord de l'Afghanistan, une employée lui tend un panier où reposent un stérilet, une plaquette de pilules, un implant contraceptif et des préservatifs. La jeune femme opte pour la pilule. L'ONG vend la plaquette 20 afghanis (environ 43 sous) mais ses conseils sont gratuits.

«Le gros problème en Afghanistan, c'est qu'il n'existe aucune information sur le planning familial», explique le Dr Rahmatudine Bashardost, responsable de Marie Stopes International dans la province de Balkh, dont Mazar est le chef-lieu.

Pour atteindre les femmes, l'ONG a alors eu l'idée de s'adresser aux mollahs, les érudits musulmans dont l'influence est considérable dans la société afghane. Et là, la partie est loin d'être gagnée.

«Certains mollahs nous disent que le contrôle des naissances est totalement "haram" (proscrit par l'islam, ndlr), alors nous leur demandons de produire les textes religieux qui le prouvent, mais ils n'existent tout simplement pas!» raconte le Dr Bashardost. «Au contraire, nous avons des documents (de jurisprudence religieuse) qui disent que c'est parfaitement légal».

Interrogé par l'AFP, le mollah sunnite Kamalullah Hamid de Kaboul n'est a priori pas contre la contraception «si les parents pensent qu'ils n'auront pas de quoi nourrir un nouvel enfant». Mais il prévient que «le but premier du mariage est de procréer et non de s'amuser».

S'adresser aux belles-mères 

Ce n'est donc pas le fruit du hasard si le minibus de l'ONG est garé devant une madrassa, une école coranique, réservée aux femmes. Sa directrice, Batoul Mahadiyar, est elle-même mollah et a été formée par Marie Stopes International. Aujourd'hui, elle informe les femmes du quartier de 18 à 45 ans sur les moyens d'espacer les naissances en conformité avec l'islam.

«Une sourate du Coran dit : "les mères qui veulent donner un allaitement complet, allaiteront deux ans pleins"», dit Mme Mahadiyar, soulignant que l'allaitement réduit les possibilités de nouvelle grossesse. «Sevrer l'enfant en cours d'allaitement donnera un enfant mal nourri», ajoute-t-elle.

L'espacement des naissances permet d'élever des enfants «en bonne santé», assure encore la mollah.

Il contribue en tout cas à réduire le taux de fécondité galopant des Afghanes. Selon la Banque mondiale, en 2013 elles donnaient naissance à 5,1 enfants chacune, un peu moins qu'en 2011 (5,5), mais toujours l'un des taux les plus élevés du continent asiatique.

«Avoir trop d'enfants crée des problèmes. Il y a trop de truands en Afghanistan. Pour que les enfants s'intègrent bien à la société, il est nécessaire d'espacer les grossesses», insiste la mollah, mère de deux garçons.

Marie Stopes International dispose d'antennes dans de nombreuses provinces afghanes où les combats font rage entre les talibans et l'armée. Pour autant, le Dr Bashardost assure que les insurgés ne visent pas ses équipes et qu'ils ne sont pas foncièrement hostiles à la contraception, car «si un médecin vient rendre service à la population, il n'a pas d'ennemi».

Reste enfin à convaincre les hommes, un défi dans un pays largement patriarcal, malgré de nombreuses avancées en matière de droits de la femme depuis la chute du régime des talibans en 2001.

Pour la jeune mère de quatre enfants il eut été «impossible» de venir acheter des pilules contraceptives sans l'accord de son mari.

Mais le Dr Bashardost a trouvé comment persuader ces messieurs : en s'adressant à leurs mères. «Une femme ne peut pas prendre de contraceptifs sans l'accord de sa belle-mère. Nous avons donc mis en place des programmes pour leur expliquer les bienfaits de la contraception», glisse-t-il.

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