30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl

Des travailleurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl,... (AP, Efrem Lukatsky)

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Des travailleurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl, vêtus de leur uniforme, participent à une cérémonie à la mémoire des victimes de la catastrophe nucléaire survenue il y a 30 ans, à Slavoutytch, petite ville située à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, le 26 avril.

AP, Efrem Lukatsky

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Olga Shylenko
Agence France-Presse
Tchernobyl

L'Ukraine marque ce mardi le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, pire accident nucléaire de l'histoire, ayant fait, selon certaines estimations, des milliers de morts et contaminé jusqu'aux trois quarts de l'Europe.

«Tchernobyl est devenu la plus grave catastrophe provoquée par l'homme au monde. Nous sommes ici pour faire tout ce qui est possible afin de prévenir de tels accidents à l'avenir», a déclaré le président ukrainien, Petro Porochenko, lors d'une cérémonie sur le site.

Il a également déposé des fleurs au pied d'un monument aux victimes de Tchernobyl près de la centrale accidentée, située à une centaine de kilomètres au nord de Kiev.

Le chef d'État a par ailleurs assisté à la signature par Suma Chakrabarti, président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, qui gère un fonds pour la sécurisation du site, d'un accord sur l'octroi par la Berd de 40 millions d'euros (57 millions $) pour la construction d'un dépôt pour le combustible nucléaire usagé de Tchernobyl.

«Nous sommes très reconnaissants envers toute la communauté internationale, notamment la Berd et le G7. [...] C'est un geste de solidarité important», a-t-il ajouté.

Lundi, le G7 et la Berd notamment se sont engagés à verser 87,5 millions d'euros (125 millions $) supplémentaires pour financer la construction d'un nouveau dépôt de stockage du combustible usagé des réacteurs numéro 1,2 et 3 de Tchernobyl, lors d'une conférence des donateurs à Kiev.

Réserve protégée

«Trente ans après l'accident de Tchernobyl, il est crucial que l'Ukraine et la communauté internationale mènent des efforts conjoints pour transformer le site en un lieu sûr pour l'environnement», a souligné M. Chakrabarti à Kiev lundi.

Le président ukrainien a, dans cette optique, signé un décret sur la création d'une réserve protégée pour préserver la biosphère de la zone de Tchernobyl et mener des études afin de la rendre plus sûre, selon un communiqué de la présidence mardi. Le territoire s'étendra sur une superficie totale de 227 000 hectares et comprendra la zone d'exclusion de 30 kilomètres autour de la centrale.

La catastrophe de Tchernobyl qui a forcé tous... (Photo Alain Roberge, archives La Presse) - image 2.0

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La catastrophe de Tchernobyl qui a forcé tous les habitants à évacuer la zone pour ne jamais y revenir, avait aussi contaminé une bonne partie de l'Europe, mais surtout l'Ukraine, la Russie et le Belarus, alors des républiques soviétiques.

Photo Alain Roberge, archives La Presse

Le 26 avril 1986, à 1h23, le réacteur numéro 4 explosait au cours d'un test de sûreté.

Pendant 10 jours, le combustible nucléaire a brûlé, rejetant dans l'atmosphère des éléments radioactifs qui contaminèrent, selon certaines estimations, jusqu'aux trois quarts de l'Europe, mais surtout l'Ukraine, le Bélarus et la Russie, alors républiques soviétiques.

Moscou a d'abord tenté de cacher l'accident. Si la première alerte publique a été donnée le 28 avril par la Suède, qui avait détecté une hausse de la radioactivité, le chef de l'État soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, n'est intervenu publiquement que le 14 mai.

Nombre exact de morts inconnu

Au total, 116 000 personnes ont dû être évacuées en 1986 d'un périmètre de 30 kilomètres autour de la centrale, toujours zone d'exclusion aujourd'hui. Dans les années suivantes, 230 000 autres ont connu le même sort.

Aujourd'hui, cinq millions d'Ukrainiens, Bélarusses et Russes vivent toujours dans des territoires irradiés à divers degrés.

En quatre ans, quelque 600 000 Soviétiques connus depuis sous le nom de «liquidateurs» ont été dépêchés sur les lieux de l'accident avec une faible protection, voire aucune, pour éteindre l'incendie, construire une chape de béton afin d'isoler le réacteur accidenté et de nettoyer les territoires aux alentours.

Aujourd'hui, le bilan humain de la catastrophe fait toujours débat. Le comité scientifique des Nations unies (Unscear) ne reconnaît officiellement qu'une trentaine de morts chez les opérateurs et pompiers tués par des radiations aiguës juste après l'explosion, mais selon certaines estimations, le bilan se chiffre en milliers, voire en dizaines de milliers de morts.

Malgré la catastrophe, trois autres réacteurs de Tchernobyl ont continué de produire de l'électricité jusqu'en décembre 2000.

Le «sarcophage» de béton bâti à la va-vite en 1986 au-dessus du réacteur accidenté menaçant de s'écrouler et d'exposer à l'air libre 200 tonnes de magma hautement radioactif, la communauté internationale s'est engagée à financer la construction d'une nouvelle chape plus sûre.

À cette fin, un fonds géré par la Berd a été créé et, au fil des années, les fonds ont été réunis pour ce projet d'un coût total de 2,1 milliards d'euros (3 milliards $).

Une gigantesque arche étanche en acier, lourde de 25 tonnes et haute de 110 mètres, est déjà assemblée et va être glissée au-dessus de la vieille chape pour devenir opérationnelle fin 2017.

«Depuis 2012, on est en train de monter l'arche» et «on la poussera au-dessus du sarcophage construit par les Soviétiques en novembre prochain», a déclaré mardi Nicolas Caille, patron du consortium Novarka, sur BFM Business.

«La structure du Stade de France tient à l'intérieur», a-t-il ajouté.

Le Québec reçoit toujours des enfants de Tchernobyl

Des familles québécoises accueilleront de nouveau une dizaine d'enfants de la région de Tchernobyl pour une durée de sept semaines, cet été.

L'expérience, parrainée par l'organisme Séjour Santé Enfants Tchernobyl, se poursuit depuis une quinzaine d'années au Québec et demeure utile, même si la catastrophe nucléaire qui a frappé l'Ukraine s'est produite il y a 30 ans cette année.

L'initiative de l'organisme permet de réduire temporairement le taux de radiation de ces enfants qui sont toujours exposés aux retombées radioactives de la catastrophe nucléaire.

Les analyses de taux de radiation ont démontré que ceux-ci peuvent être réduits de moitié par le simple séjour de quelques semaines dans des endroits non contaminés.

Bien qu'ils retournent chez eux et sont à nouveau exposés, la baisse temporaire aurait un effet salutaire pour prolonger l'espérance de vie.

Le coût de leur séjour est entièrement assumé par les familles d'accueil, soit une somme qui se situe entre 1600 $ et 1900 $, selon la vice-présidente de l'organisme, Cathy Quinaux. C'est une des raisons qui expliquent le faible nombre de séjours au Québec, le recrutement de familles n'étant pas toujours aisé.

Plusieurs professionnels de la santé - médecins, dentistes et autres - offrent bénévolement des examens aux enfants durant leur séjour.

Certaines zones en France toujours contaminées

Trente ans après Tchernobyl, les massifs des Vosges, du Jura, des Alpes du Sud et de Corse présentent toujours des niveaux de radioactivité huit fois supérieur à la moyenne, selon l'IRSN, des doses certes importantes, mais «sans aucune conséquence» sanitaire ou environnementale.

Dans les sols des massifs des Vosges, du Jura, des Alpes du Sud et de Corse, les activités en césium 137 sont supérieures à 10 000 becquerels par mètre carré, soit 8 fois la moyenne des sols français selon un état des lieux publié mardi par l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Mais cette radioactivité ne peut pas avoir d'impact sur la santé. «Le Césium 137 n'est responsable d'aucune conséquence sanitaire», explique Philippe Renaud, spécialiste de la radioactivité dans l'environnement à l'IRSN.

Le césium 137 n'est pas présent dans la nature et, sans Tchernobyl et les essais nucléaires atmosphériques des années 60, son niveau serait de zéro. Il est en revanche présent dans les déchets des réacteurs nucléaires mais, sous cette forme, il ne peut pas contaminer l'environnement.

Selon les données de l'IRSN, en 2015, un habitant des zones les plus touchées par les retombées de Tchernobyl (est de la France) est presque sept fois plus exposé au rayonnement émis par le césium présent dans les sols, qu'une personne résidant ailleurs en France.

Dans des aliments

Cette radioactivité persistante de certaines zones du territoire français se retrouve dans des aliments.

«C'est le cas du lait», précise Philippe Renaud. «Le lait produit sur ces zones est de l'ordre de huit fois plus contaminé que le lait du reste de la France».

Et selon l'IRSN, les différences sont encore plus importantes pour les denrées issues des forêts comme les baies, les champignons et même le gibier.

«Si on consommait deux plats copieux par semaine de gibiers et de champignons au niveau de radioactivité le plus élevé qu'on ait mesuré, la dose ne serait pas négligeable», explique Philippe Renaud.

«Mais si on compare cela à l'exposition due à la radioactivité naturelle (de certains aliments), ça ne fait pas beaucoup», précise l'expert. «Il suffit de consommer régulièrement des fruits de mer pour recevoir une dose 1 à 3 fois supérieure».  Avec La Presse Canadienne

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