Comment Trump est devenu Trump

Donald Trump a réussi l'improbable. Il est l'homme... (AP, Steven Senne)

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Donald Trump a réussi l'improbable. Il est l'homme en complet bleu marine qui a réussi à distancer les neuf autres gars en complet bleu marine en jouant d'audace... et en abordant sans gêne des sujets explosifs.

AP, Steven Senne

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ENVOYÉ SPÉCIAL AUX ÉTATS-UNIS / (3e de 3) Pendant une semaine, notre reporter Jean-Simon Gagné a suivi le républicain Donald Trump à travers le Maryland, la Pennsylvanie et le Connecticut. Dans le dernier d'une série de trois articles, il décrit la recette Trump. Ou comment Donald Trump est devenu Donald Trump.

Il y a tout juste un an, le milliardaire Donald Trump était confronté à un épineux problème.

En gros, Monsieur se voyait déjà président des États-Unis, mais le chemin qui menait jusqu'à l'élection s'annonçait plus chargé que le carnet de commandes d'un fabricant de foulards dans un monde de girafes. Du côté républicain, pas moins de 16 autres candidats lorgnaient l'investiture!

Pauvre Donald Trump. Comment attirer l'attention quand vous êtes le 10e gars en complet bleu marine, à partir de la droite, sur la photo de groupe?

Selon le New York Magazine, M. Trump aurait demandé conseil à une petite équipe qui gravite autour de lui, depuis des années. Et le groupe aurait conseillé de sortir du lot en abordant des questions explosives, en particulier l'immigration, devenue une sorte de tabou national.

Donald Trump a vu une toute petite lueur dans le trou de la serrure. Il s'y est engouffré avec l'équivalent d'une division de Panzer au grand complet. Pour se distinguer, il s'est mis à collectionner les déclarations provocantes. Sur les Mexicains. Sur l'islam. Sur le Klu Klux Klan. Et juste au cas où cela ne suffirait pas, il s'est moqué de ses adversaires, avec une férocité qui a pris tout le monde par surprise.

Le favori de la course, Jeb Bush, s'est vite mis à ressembler au chat avec une très longue queue, qui se retrouve enfermé dans une petite salle où 60 personnes font de la chaise berçante, en même temps.

En résumé, Donald s'est mis à jouer à Donald Trump.

Tout, sauf un bon gars

La suite est connue.

En l'espace de quelques semaines, Donald Trump est devenu la version politique de la saucisse Hygrade. Plus de gens viennent le voir parce qu'il est controversé, et il est controversé parce que plus de gens veulent le voir.

Monsieur ne s'en cache même pas. Écoutez-le parler le 21 avril, en Pennsylvanie :

«On me demande souvent d'être plus présidentiel. Plus sage. Même ma femme me demande d'avoir l'air davantage d'un président.»

Donald Trump lève les yeux au ciel, comme un pauvre gars découragé, avant de continuer, en haussant le ton. «Mais est-ce que vous viendrez me voir si je deviens ennuyeux comme les autres politiciens? Au lieu d'avoir 10 000 personnes à mes discours, je suis sûr que j'en aurai à peine 150. Et vous allez me dire : «Oh boy, qu'est-ce que vous avez l'air présidentiel! Vous êtes devenu tellement plate que vous ressemblez à Ted Cruz [son rival républicain]!»

La foule éclate de rire. Plusieurs personnes se tapent sur les cuisses. La voix rauque de Trump parvient à peine à se faire entendre, à travers le brouhaha. «Moi, je ne suis pas sûr qu'il faut jouer les bons gars! Nous avons un pays à reconstruire. Il va falloir être dur!»

Deux jours plus tard, dans le Connecticut, il en rajoute.

«Être présidentiel, c'est plus facile. Tu parles et tout le monde s'endort.»

L'antipolitique

Donald Trump, c'est l'antipolitique à son meilleur. 

Pendant plusieurs mois, son équipe aurait pu tenir dans une camionnette. À la mi-mars, selon la Federal Election Commission, la campagne Trump comptait 94 employés, à la grandeur des États-Unis. Au même moment, l'organisation de Hillary Clinton en dénombrait 765.

«Je suis celui qui a le moins dépensé, et c'est moi qui remporte le plus de victoires», se vante Donald Trump. Comme d'habitude, il exagère un peu. Vrai que sa campagne a coûté 10 millions $. Deux fois moins que son rival Ted Cruz. Mais Mister Trump oublie d'ajouter que l'intérêt démesuré dont il fait l'objet vaut son pesant d'or. L'équivalent de 1,9 milliard $ en publicité gratuite, dans les différents médias, selon un calcul du New York Times.

«La vedette, c'est M. Trump, a résumé Corey Lewandowski, le directeur de campagne, au New York Magazine. [Dès le début,] nous avons décidé qu'il n'y aurait pas de grande campagne de publicité à la télévision ni de tournée en autobus ou de soupers hot dog. La tournée se concentre et sur les réseaux sociaux et sur des discours publics aux allures de happenings

Les harengs à bicyclette

Jusqu'où ira Donald Trump?

Ces dernières semaines, l'establishment du Parti républicain a fini par prendre peur. Oui, le franc-tireur Trump amène beaucoup de nouveaux électeurs au parti. Mais il en fait fuir, aussi. À la fin, les grosses légumes craignent qu'il ne plombe la réputation du parti pour les années à venir. 

«C'est une chose d'être élu candidat républicain, disent-ils en substance. Mais remporter l'élection présidentielle, ça constitue une autre paire de manches.» Après tout, les États-Unis de 2016 ne sont plus le pays à 90 % blanc et anglo-saxon de 1950. Désormais, plus de 30 % de l'électorat provient d'une «minorité», à commencer par les Latinos et les Noirs.

Or, les probabilités que les Noirs ou les Latinos tombent en amour avec Donald Trump paraissent bien minces. Un fin analyste de la Pennsylvanie suggérait qu'elles ne dépassent guère les probabilités d'apercevoir un banc de harengs se déplacer à bicyclette, en récitant l'hymne national américain.

Au moment décisif, qui sait si l'incroyable aventure du Donald ne se terminera pas comme dans un épisode de sa téléréalité L'apprenti, avec un retentissant : «Vous êtes viré»?

Le pourcentage

75 %

Probabilités que Donald Trump devienne le candidat du Parti républicain à la présidence des États-Unis.

La comparaison

44 %

Pourcentage d'électeurs républicains qui gagnent plus de 250 000 $* par année, selon les électeurs démocrates

2 %

Pourcentage des électeurs républicains qui gagnent RÉELLEMENT un salaire de plus de 250 000 $ par année

*317 000 $CAN

La citation

«Ted Cruz est tellement idiot qu'il ne serait même pas capable de vider sa botte remplie d'eau, même si les indications étaient écrites sur sa semelle.»

- Un partisan de Donald Trump, utilisant une vieille expression du sud des États-Unis, à propos du sénateur du Texas.

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