Au coeur de la Trump Nation

La Trump Nation, c'est d'abord un état d'esprit.... (AP, Julio Cortez)

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La Trump Nation, c'est d'abord un état d'esprit. Un pays dans le pays. La province de l'immense ras-le-bol.

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ENVOYÉ SPÉCIAL AUX ÉTATS-UNIS / (2e de 3) Pendant une semaine, notre reporter Jean-Simon Gagné a suivi le républicain Donald Trump à travers le Maryland, la Pennsylvanie et le Connecticut. Aujourd'hui,il donne la parole aux partisans de Donald Trump. Un voyage au coeur du phénomène de l'heure. Sur les traces de Donald Trump

La Trump Nation existe. J'ai même franchi sa frontière invisible quelque part entre le Maryland et le Delaware, sur une route dont j'ai oublié le nom.

Un policier venait de m'arrêter pour un excès de vitesse. Je m'attendais au pire. Pourtant, dès qu'il a su que je me dépêchais pour arriver à temps à un discours de Donald Trump, l'agent a décidé de tout oublier.

«Si c'est pour aller voir Donald Trump, je vous laisse partir, qu'il a dit. Soyez prudent.»

Après, j'ai trouvé la direction tout seul. La Trump Nation, c'est d'abord un état d'esprit. Un pays dans le pays. La province de l'immense ras-le-bol.

J'ai compris que j'étais arrivé à destination en rencontrant Ted, un fier citoyen qui voterait «pour Mickey Mouse plutôt qu'en faveur d'une politicienne de carrière comme Hillary Clinton». Sans oublier George Sellers, copropriétaire d'une agence de voyages, dans le Delaware, qui a voté démocrate toute sa vie, mais qui jure qu'on ne l'y reprendra plus, las de croire aux promesses sans lendemain.

Au pays de Donald Trump, même les grand-mères rêvent de révolution. Comme Diana, une paisible retraitée. «Si Trump n'était pas là, je voterais pour le "socialiste" Bernie Sanders, m'a-t-elle expliqué. Je suis totalement écoeurée par la politique de chez moi.»

Il faut dire que Diana vient de Pennsylvanie, un État qui sort d'une année particulièrement mouvementée. En l'espace de quelques mois, la procureure générale de l'État a fait face à des accusations d'entrave à la justice. Deux juges ont été écartés de la Cour suprême pour avoir échangé de la pornographie à grande échelle. Le trésorier de l'État a plaidé coupable à des accusations d'extorsion. Et trois députés ont été accusés d'avoir accepté des pots-de-vin.

En Pennsylvanie, on dit que même le grand Al Capone devrait suivre des cours du soir pour rivaliser avec les politiciens locaux.

Le culte du requin

À tort ou à raison, les citoyens de la Trump Nation ont l'impression que le pays leur échappe. Sondage après sondage, ils sont deux fois plus nombreux que les autres Américains à juger «que les valeurs des États-Unis» sont menacées.

À ceux-là, Donald Trump répète qu'il faut se débarrasser des politiciens «incompétents» qui méprisent le peuple. Grâce à lui, les choses redeviennent simples. Jouer les durs. Botter quelques fesses. Make America Great Again promet sa devise, empruntée à Ronald Reagan.

La Trump Nation en redemande. «Oui, Donald Trump est un requin. Mais c'est peut-être un requin qu'il nous faut, à la présidence, m'explique Tracy, rencontrée en marge d'un discours à Berlin, dans le Maryland. Il dit des choses que voulions entendre depuis longtemps. Aux États-Unis, trop de gens reçoivent de l'argent à ne rien faire. Trop de gens tiennent tout pour acquis.»

La Trump Nation n'est pourtant pas complètement dupe. Jeudi, à Harrisburg, en Pennsylvanie, un conseiller de Trump a voulu soulever la foule en promettant que dans une Amérique dirigée par son patron, il sera enfin possible de dire «Joyeux Noël» sans avoir peur des poursuites judiciaires.

Il n'a récolté que des applaudissements polis. Sans plus.

Un vieux monsieur a même ronchonné, pas loin de moi : «Le droit de souhaiter "Joyeux Noël", en Amérique, est-ce aussi menacé que le droit de porter des rayures au pays des zèbres?»

Tout est pardonné

N'ayons pas peur des mots. Les citoyens de la Trump Nation en veulent à l'État, qui les a souvent abandonnés. Ils en veulent aux journalistes, qui les font passer pour des idiots. Et par-dessus tout, ils en veulent aux politiciens «professionnels» comme la démocrate Hillary Clinton, qu'ils perçoivent comme une sorte de tarentule, tapie dans le fond de la jarre à biscuits.

Mais curieusement, les mêmes gens en colère sont prêts à tout pardonner à leur héros Donald Trump. Y compris ses dérapages plus ou moins racistes. Y compris son organisation un peu bordélique.

C'est le cas de Tammie, qui a fait trois heures de voiture pour rien, dans le Maryland. «J'avais un billet pour assister à son discours, mais la salle était déjà pleine quand je suis arrivée. Ils font du surbooking, comme dans les avions. Mais ce n'est pas grave. Ça me fait du bien de constater que je ne suis pas seule. Pour une fois, je n'ai pas à me sentir honteuse d'appuyer Donald Trump.»

«Trump dit souvent des choses énormes, exagérées, mais je lui pardonne. Ce n'est pas un vrai politicien. Au fond, c'est pour cela que je lui fais confiance», a résumé Bob McElroy, un père de famille rencontré à Bridgeport, au Connecticut.

«C'est un homme d'affaires, continue M. McElroy. Il a déjà construit des gratte-ciel. Pourquoi pas un mur à la frontière du Mexique?»

Un pays blanc

Donald Trump adore se vanter. Il aime énumérer la liste de ses amis célèbres. Le quart-arrière Tom Brady. L'entraîneur Bill Belichick. Le boxeur Mike Tyson.

Mais la Trump Nation est surtout l'affaire de gens modestes. Et presque tous blancs. Impossible de l'ignorer, même si tous ses partisans jurent qu'ils ne sont pas intolérants. Poussés dans leurs derniers retranchements, c'est à peine s'ils finissent par concéder que «les minorités» prennent «trop de place», aux États-Unis.

Ici, on quitte le pays du ras-le-bol pour entrer dans le territoire du grand malaise. Mercredi soir, dans le Maryland, même le groupe qui agitait des drapeaux du Sud esclavagiste, en marge de l'événement Trump, se défendait bien d'être raciste. «Le drapeau fait seulement partie de notre histoire, m'a expliqué un certain William Gapler, propriétaire d'une petite entreprise à Ocean City.

Pour se moquer, des rigolos disent que dans les événements de la tournée Trump, les Noirs sont plus rares que les boules de neige en enfer. Mais ce n'est pas tout à fait exact. Il y a des exceptions. À commencer par Cynthia Lindsey, aperçue au milieu de la foule, à Harrisburg, en Pennsylvanie.

«Quand j'ai dit à mes parents que j'allais à une assemblée de Donald Trump, ils n'en revenaient pas. "Imagine si tu passes à la télévision, m'a dit ma mère. La seule Noire dans la foule. On va te reconnaître tout de suite"! Mais je crois qu'on exagère les histoires de racisme. Les démocrates tiennent les Noirs pour acquis. Cela crée un climat malsain, un état de dépendance [...].»

Je n'ai jamais entendu la suite. Un vendeur de souvenirs m'a interpellé pour me proposer un autocollant sur lequel on pouvait lire : «Votez Donald Trump, c'est moins douloureux qu'une chirurgie au cerveau.»

J'avoue que j'ai préféré quitter la Trump Nation en le croyant sur parole.

«Quand j'ai dit à mes parents que j'allais... (Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné) - image 2.0

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«Quand j'ai dit à mes parents que j'allais à une assemblée de Donald Trump, ils n'en revenaient pas. "Imagine si tu passes à la télévision, m'a dit ma mère. La seule Noire dans la foule. On va te reconnaître tout de suite"!» - Cynthia Lindsey

Collaboration spéciale Jean-Simon Gagné

Le chrono

4 minutes, 23 secondes

Durée de la chanson The Trump Card, une ode à Donald Trump composée par le chanteur country Kenny Lee. «J'ai regardé Donald Trump dans les yeux, et j'ai su immédiatement que je pouvais lui faire confiance», m'a expliqué le chanteur, à la sortie d'un discours de son héros. Hélas, il ne m'a pas donné son truc...

Le chiffre

199

Nombre de personnalités, de pays ou d'organisations que Donald Trump a insultés, sur le réseau social Twitter, entre juillet 2015 et mars 2016, selon une compilation du New York Times.

La comparaison

38 % (en 2014)

56 % (en 2060 [projection])

Proportion de la population américaine appartenant à une «minorité» (principalement noire ou latino)

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