Les Cubains pourront enfin voyager en mer après des décennies d'interdiction

En 1994, l'afflux de «balseros» avait conduit à... (Archives AP, Hans Deryk)

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En 1994, l'afflux de «balseros» avait conduit à un accord entre Washington et La Havane sur la migration par mer, la loi dite «pieds secs, pieds mouillés».

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Hector Velasco, Alexandre GROSBOIS
Agence France-Presse
La Havane

Nouveau signe de détente à Cuba dans le cadre du rapprochement avec les États-Unis : les Cubains pourront désormais voyager en bateau, après des dizaines d'années d'interdiction pour lutter notamment contre l'émigration illégale.

Le gouvernement de Raul Castro a annoncé vendredi la levée des principales restrictions de voyage par voie maritime pour tous les Cubains. Une mesure qui entrera en vigueur dès mardi.

Désormais, les Cubains pourront embarquer et débarquer sur l'île en tant que passagers ou membres d'équipage de bateaux de marchandises ou de croisière.

Le gouvernement a décidé d'autoriser «l'entrée et la sortie des citoyens cubains, indépendamment de leur statut migratoire, en tant que passagers ou membres d'équipage», précise le texte, ajoutant que les passagers des navires de plaisance seraient bientôt concernés «de manière graduelle» par ces mesures.

Ces restrictions avaient commencé à être imposées peu après l'arrivée au pouvoir des «barbudos» en 1959, d'abord pour juguler les débarquements de Cubains anticastristes soutenus et armés par les États-Unis.

Elles avaient par la suite été renforcées dans la foulée de plusieurs vagues d'immigration. D'abord motivée par le contexte politique dans les années 1960-70 et 1980, cette immigration est ensuite devenue principalement économique.

Cuba a consenti à supprimer ces restrictions de voyages dans le cadre du processus de normalisation des relations avec les États-Unis initié en décembre 2014 et scellé en mars par une visite historique de Barack Obama à La Havane, la première d'un président américain en exercice depuis 88 ans.

Dernier obstacle levé pour les croisières

Cette nouvelle disposition - à laquelle s'ajoute la reprise des vols commerciaux entre les deux pays prévue cet été après une cinquantaine d'années d'interruption - lève le principal obstacle à la reprise prochaine des croisières entre les États-Unis et Cuba.

Le croisiériste américain Carnival a été le premier cette année à recevoir l'autorisation d'organiser des traversées entre les deux pays, mais jusqu'à présent la compagnie n'avait pas accepté les réservations de Cubains. La première croisière de Carnival vers l'île est prévue du 1er au 7 mai, avec l'objectif de promouvoir les échanges culturels entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide.

Toutefois, en vertu de l'embargo commercial et financier américain imposé à l'île depuis 1962, les passagers américains de ces croisières devront répondre aux critères des 12 catégories de voyages autorisés (religieux, universitaires, sportifs ou culturels notamment).

Le récent rapprochement entre La Havane et Washington a provoqué ces derniers mois un afflux de Cubains aux États-Unis dans la crainte d'une disparition du régime spécial d'immigration dont ils y bénéficiaient. Entre septembre 2014 et juin 2015, 27 296 Cubains ont rejoint les États-Unis soit un bond de 78% en un an, selon les douanes américaines.

Car la loi américaine d'Ajustement (1966) prévoit pour les Cubains émigrant clandestinement vers les États-Unis le droit d'asile, un permis de travail et autres avantages rendant alléchant le départ,  par la mer ou via des pays tiers pour les plus chanceux.

Depuis le début du dégel, La Havane a réclamé à plusieurs reprises la levée de cette loi.

En 1994, pour contrôler l'afflux de réfugiés, Washington a signé un accord avec La Havane qui prévoit l'accueil de ceux qui parviennent à gagner les côtes et le renvoi des clandestins interceptés en mer : c'est la loi dite «pieds secs, pieds mouillés».

Par la suite, La Havane a durci les réglementations sur les voyages de Cubains en mer, prohibant notamment la construction ou la réparation de bateaux sur l'île, sans jamais parvenir à dissuader totalement les candidats à la périlleuse traversée du détroit de Floride.

Baisse surprise des prix de certains aliments

Les Cubains ont fait la file devant les... (AFP, Jorge Beltran) - image 3.0

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Les Cubains ont fait la file devant les épiceries vendredi, profitant d'étals remplis comme rarement.

AFP, Jorge Beltran

Pour la première fois depuis plusieurs années, le gouvernement cubain a annoncé une baisse atteignant parfois 20% des prix de certains aliments, suscitant les interrogations des Cubains sur la portée et la durée de ces mesures.

Le gouvernement du président Raul Castro a décidé d'«augmenter progressivement le pouvoir d'achat» du peso cubain a annoncé dès jeudi soir la télévision d'État, précisant que l'une des premières dispositions prévues permettrait de «réduire les prix d'environ 20%» pour «un groupe de produits sélectionnés, surtout des aliments».

Ces baisses, appliquées dès vendredi dans les épiceries et supermarchés du pays - tous contrôlés par l'État - concernent 71 références de produits à forte consommation tels que le poulet, le boeuf haché, l'huile de tournesol ou le riz.

«C'est ce qu'on demandait depuis des années parce que manger à Cuba est un luxe que peu peuvent se permettre», saluait à l'AFP Rafael Gonzalez, un électricien de 42 ans, à la sortie d'un des plus grands supermarchés de La Havane.

Profitant d'étals remplis «comme rarement», M. Gonzalez a indiqué avoir dépensé vendredi l'équivalent de son salaire mensuel de 25 $ en viande, mais il a regretté que le yogourt ou le fromage n'aient pas été concernés par ces baisses.

C'est la première fois depuis au moins 20 ans que le gouvernement applique des baisses de prix à un groupe de produits si important, ce qui a provoqué une affluence accrue dans les magasins du pays.

Un système unique au monde est en vigueur à Cuba avec deux monnaies locales en circulation, le CUP ou peso cubain et le CUC ou peso convertible.

Le peso convertible, qui équivaut à 1 $US ou à 25 pesos cubains, est utilisé dans le secteur privé naissant ou par des personnes qui travaillent à leur propre compte, tandis que la majorité des Cubains sont salariés et achètent en CUP.

Cette dualité monétaire est considérée par des analystes comme un facteur de pression sur les prix et de distorsions dans cette économie calquée sur le modèle soviétique.

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