Élisabeth II, 90 ans, au zénith de sa popularité

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Élisabeth II, qui règne depuis plus de 64 ans sur le trône britannique, a vu passer 12 premiers ministres différents et a côtoyé Nehru, l'empereur Hirohito, Charles de Gaulle. Mandela l'appelait «mon amie». Elle a assisté à la construction puis la chute du mur de Berlin.

CHRIS JACKSON

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Maureen Cofflard
Agence France-Presse
Londres

Malgré un règne marqué par le déclin de l'empire britannique et quelques scandales royaux, Élisabeth II fête jeudi ses 90 ans au zénith de sa popularité.

Celle qui règne depuis plus de 64 ans sur le trône britannique a vu passer 12 premiers ministres différents et a côtoyé Nehru, l'empereur Hirohito, Charles de Gaulle. Mandela l'appelait «mon amie». Elle a assisté à la construction puis la chute du mur de Berlin.

Les républicains ont beau dénoncer un système fondé sur l'hérédité, les privilèges et le monothéisme, elle apparaît comme un ciment pour le Royaume-Uni multi-ethnique et tiraillé par les régionalismes.

Née Elizabeth Alexandra Mary Windsor le 21 avril 1926, la princesse «Lilibet», boucles blondes et sourire canaille, était destinée au mariage. Pas au trône.

Mais fin 1936, son oncle Édouard VIII abdique sans progéniture.

Le père introverti d'Élisabeth devient alors George VI dit «le bègue».

C'en est fini de l'innocence. La fillette emménage dans l'austère palais de Buckingham. À sa nounou, elle demande : «C'est pour toujours?».

Le serment du Cap

À l'occasion de son 21e anniversaire, depuis la ville du Cap, elle profère le serment de son consacrer sa vie, «qu'elle soit longue ou brève», au service de ses sujets.

Le 20 novembre 1947, Élisabeth épouse son contraire, Philip, un lointain cousin désargenté et en exil, gaffeur invétéré qui renonce à ses titres de prince de Grèce et du Danemark et à sa carrière dans la Royal Navy. «Il a été mon roc», confiera-t-elle des décennies plus tard.

Lorsque George VI meurt à 56 ans, en 1952, sans avoir eu de fils, elle a 25 ans et deux enfants : Charles (né en 1948) et Anne (1950). Deux autres suivront, Andrew (1960) et Édouard (1964).

Ses fonctions sont éminemment cérémonielles et non-partisanes. Au Parlement, elle lit une fois l'an le programme gouvernemental.

Vêtue de sempiternelles tenues aux tons acidulés, elle sillonne les 54 pays du Commonwealth parmi lesquels les 15 nations dont elle reste la souveraine, dont l'Australie et le Canada.

Un blason terni, puis redoré

En 1981, son héritier Charles épouse Diana. Le conte de fée vire rapidement au cauchemar.

1992 est une annus horribilis de l'aveu de la reine. Les couples de trois de ses enfants explosent, tandis que son château de Windsor est la proie des flammes.

En 1997, la souveraine mutique apparaît déphasée quand ses sujets pleurent la disparition de Diana, morte accidentellement à Paris.

S'ensuit une impressionnante restauration de son prestige, servie par une infaillible machine à communiquer. La souveraine, critiquée pour sa fortune, sacrifie son yacht «le Britannia», paye des impôts et réduit son train de vie.

Après le décès de «Queen Mum» à 101 ans, elle «s'impose comme la figure maternelle incontestée du pays», souligne l'historien Robert Lacey.

Le mariage en 2011 de son petit-fils William avec la roturière Kate Middleton offre une image modernisée de la famille royale, encore renforcée par la naissance de leurs deux enfants, George en 2013 et Charlotte en 2015.

En 2012, le Royaume jubile pour le soixantième anniversaire son règne. Une popularité qui ne se dément pas. Un récent sondage montre que 70 % des Britanniques interrogés souhaitent que cette arrière-grand-mère reste reine le plus longtemps possible.

Si la souveraine se fait régulièrement représenter par le prince Charles, 67 ans, il n'est donc pas question d'abandonner sa charge, s'accordent l'ensemble des spécialistes, même si certains n'excluent pas la possibilité d'une régence si elle venait à être dans l'incapacité de tenir son rang.

Celle que le Daily Telegraph présente comme «la femme la plus célèbre du monde» a visité 117 pays, posé pour 139 portraits, lu des milliers de discours mais n'a jamais accordé d'entrevue, préservant ainsi ses secrets.

Le très officiel site British Monarchy révèle qu'elle monte toujours à cheval. Les rarissimes indiscrétions de ses valets assurent qu'elle affectionne les pronostics hippiques du Sporting Life, le Gin-Dubonnet et les mots croisés.

Windsor en effervescence

Par ailleurs, le 90e anniversaire de la souveraine est célébré au Royaume-Uni et bien au-delà.

Des poussettes décorées à son effigie, des fanions aux couleurs de l'Union Jack et son portrait dans toutes les vitrines : Windsor est en effervescence depuis plusieurs jours et un profond sentiment de reconnaissance flottait dans les rues de la petite ville située à l'ouest de Londres pour la reine qui l'a choisie pour passer cette journée historique.

Au fond, ce sera un jour comme les autres pour Élisabeth II, qui fera ce qui constitue désormais l'essentiel de son métier. Pendant que les coups de canons à sa gloire résonneront au loin, à la Tour de Londres et dans Hyde Park et que le Parlement s'illuminera aux couleurs du royaume, elle inaugurera une plaque.

L'événement consacre l'ouverture d'un nouvel itinéraire touristique partant au pied du château de Windsor. Là où elle recevra vendredi le couple Obama pour déjeuner.

«On est si fiers. On la voit régulièrement en ville. Pour les gens d'ici, c'est merveilleux», s'enthousiasme Carolyn Chisnall.

Cette habitante de Windsor était déjà là mercredi lorsque la reine, toute de rose vêtue, s'est livrée à un premier bain de foule dans sa ville. Au bras de son époux Philip, qui va allègrement sur ses 95 ans, ils ont visité le bureau de poste et inauguré une autre plaque, pour fêter la fin des travaux du nouveau kiosque à musique.

«Elle est immortelle»

«Avec elle, je me sens fière d'être britannique», souligne Carole Earl, qui habite à cinq kilomètres de là et constate, sondages à l'appui, que la Queen est «plus populaire que jamais».

Alors la ville a mis «ses habits de lumière», dit Carolyn. Les façades ont été décorées, les fleurs arrosées et les vitrines des magasins affichent des «Joyeux anniversaire, Votre Majesté».

Les échoppes à souvenirs proposent du thé, des gâteaux et des torchons «spécial 90e anniversaire».

John Loughrey, un des plus célèbres supporteurs de la monarchie, ne pouvait «évidemment pas rater ça» et dort depuis lundi sur un banc devant le château, enveloppée dans un drapeau aux couleurs de l'Union Jack.

«J'espère être aussi bien conservée lorsque j'aurai 90 ans! Jamais personne n'avait régné si longtemps, et elle continue à être un exemple pour tous. À faire son devoir sans jamais se plaindre. Elle est immortelle», assure-t-elle.

Quand la photographe Annie Leibovitz jugeait la reine «un peu grincheuse»

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La reine Élisabeth II avec sa fille, la princesse Anne du Royaume-Uni.

Annie Leibovitz

Un portrait de la reine avec ses quatre... (Annie Leibovitz) - image 3.1

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Un portrait de la reine avec ses quatre chiens

Annie Leibovitz

Buckingham Palace a publié jeudi une série de photos d'Élisabeth II prises pour son 90e anniversaire par la célèbre photographe américaine Annie Leibovitz qui, pourtant, avait osé qualifier la reine «d'un peu grincheuse» après une séance photo tendue en 2007.

Immortalisée dans un documentaire de la BBC, la scène se passe au palais de Buckingham. Assise dans une salle des appartements royaux, en face d'une fenêtre, la reine écoute les instructions d'Annie Leibovitz, chargée ce jour-là de réaliser un portrait officiel de la souveraine.

«Je crois que ce serait mieux sans la couronne, ça ferait moins habillé», demande au bout de quelques instants Annie Leibovitz, s'attirant aussitôt un regard glacial d'Élisabeth II.

«Moins habillé? Mais de quoi pensez-vous qu'il s'agisse?», répond sèchement la reine en désignant la robe d'apparat qu'elle porte à ce moment-là.

Annie Leibovitz décrira ensuite une reine «un peu grincheuse» et «impétueuse», tout en saluant son sens du devoir.

L'affaire, baptisée «Queengate» par la presse, avait poussé à la démission un responsable de la BBC après la diffusion d'une bande-annonce du documentaire suggérant que la reine était ressortie furieuse de la séance photo. La BBC avait par la suite présenté ses excuses en reconnaissant que ce récit de l'incident n'était pas représentatif de la réalité.

Pour les 90 ans d'Élisabeth II, Annie Leibovitz, célèbre pour ses portraits de grands mythes de la musique, de l'art et de la politique, a réalisé une série de photos au château de Windsor, près de Londres, où la reine apparaît notamment entourée de ses petits-enfants et arrière-petits-enfants.

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