«Le combat ne fait que commencer», assure Rousseff

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La conférence de presse de la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, était suivie attentivement pas les Brésiliens, lundi.

AFP, Christophe Simon

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(Brasilia) La présidente brésilienne Dilma Rousseff s'est déclarée lundi «indignée» par le vote des députés pour sa destitution dimanche soir, annonçant qu'elle allait se battre contre cette «profonde injustice» lors de la deuxième manche au Sénat.

«Je me sens indignée par cette décision, victime d'une profonde injustice», a lancé l'impopulaire dirigeante de gauche lors d'une conférence de presse à Brasilia, les traits tirés, visiblement éprouvée par la gifle infligée la veille.

«Mais je ne me laisserai pas abattre, le combat ne fait que commencer. J'ai le courage, la force nécessaire pour affronter cette injustice», a ajouté Mme Rousseff, alors que son mandat ne tient plus qu'à un fil devant le Sénat.

Un vote à la majorité simple des sénateurs (41 sur 81), prévu en mai, suffirait à prononcer sa mise en accusation pour «crime de responsabilité» et à l'écarter du pouvoir pendant au maximum six mois en attendant le jugement final.

Selon les enquêtes effectuées auprès des sénateurs par les grands quotidiens, l'opposition compte déjà sur un nombre suffisant de votes.

Mme Rousseff verrait alors son ancien allié centriste et désormais rival, le vice-président Michel Temer, 75 ans, assumer immédiatement ses fonctions par intérim.

Mme Rousseff a rappelé que les tours de passe-passe budgétaires qui lui sont reprochés «ont été pratiqués par tous les présidents avant moi et ont été considérés comme légaux».

«On me réserve un traitement qui n'a été réservé à personne», s'est-elle insurgée.

Elle a souligné qu'il ne pesait sur elle «aucune accusation d'enrichissement illicite» et qu'elle n'avait «pas de comptes à l'étranger». 

«Par conviction»

Elle se référait au président du Congrès des députés Eduardo Cunha, du parti centriste PMDB, inculpé de corruption dans le scandale Petrobras et qui a tiré les ficelles de sa procédure de destitution depuis plusieurs mois.

La dirigeante brésilienne s'en est vivement prise au vice-président Temer, le chef du PMDB, un homme d'appareil aussi discret qu'impopulaire, qui a déjà entamé des consultations pour former un gouvernement de transition.

«Il est très étrange et révélateur de voir un vice-président en exercice conspirer ouvertement contre une présidente. Dans aucune démocratie au monde une personne qui ferait cela ne serait respectée», a-t-elle lancé.

Mme Rousseff a rappelé son passé d'ex-guérillera marxiste torturée sous la dictature militaire : «Dans ma jeunesse j'ai affronté la dictature par conviction. J'affronte par conviction dans ma maturité un coup d'État, pas un coup d'État traditionnel (...) mais un coup d'État avec l'apparence d'un processus légal».

Mme Rousseff a encore indiqué qu'elle n'envisageait pas «maintenant» de proposer une réforme constitutionnelle pour convoquer des élections anticipées.

«Ce que je ne peux accepter, c'est que cette procédure d'impeachment ne respecte pas la légalité. Toutes les autres possibilités peuvent et doivent être évaluées. Mais je ne l'envisage pas maintenant», a-t-elle déclaré en réponse à un journaliste.

Dans le brouillard 

À presque 100 jours de l'inauguration des jeux Olympiques de Rio de Janeiro, le géant d'Amérique latine navigue dans le brouillard, avec un gouvernement en sursis.

Les milieux économiques qui se sont détournés de Mme Rousseff depuis longtemps en raison de sa politique interventionniste réclament des mesures rapides pour remettre le Brésil sur les rails.

Le géant émergent d'Amérique latine est paralysé par 14 mois de crise politique aiguë au beau milieu de la pire récession économique depuis de nombreuses décennies et du gigantesque scandale de corruption Petrobras.

«Nous appelons le Sénat à poursuivre les actions entreprises jusqu'à présent, dans le sens des changements souhaités par la société», a écrit lundi la puissante Confédération nationale de l'Agriculture (CNA).

Eduardo Cunha a remis dans l'après-midi au président du Sénat Renan Calheiros (PMDB) la demande de destitution de Mme Rousseff ratifiée dimanche à la chambre basse.

«Le pays connaît de grandes difficultés, la présidente a perdu les conditions pour gouverner depuis longtemps déjà (...). Nous devons résoudre cette situation le plus vite possible», avait déclaré dimanche soir M. Cunha.

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