Ces vertueux députés qui veulent destituer Dilma Rousseff

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On reproche à Dilma Rousseff d'avoir maquillé les comptes publics du Brésil pour dissimuler aux électeurs l'étendue des déficits et de la crise économique, afin de faciliter sa réélection en 2014.

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Sebastian Smith
Agence France-Presse
Rio de Janeiro

Un par un, les députés brésiliens apparaissent à la télévision, visage rouge d'indignation et voix tremblante, pour réclamer la destitution de la présidente Dilma Rousseff à la tribune du Parlement.

Petit problème avec ces démonstrations de vertu infligées aux Brésiliens tout au long de la fin de semaine? Un nombre stupéfiant de ces élus sont soupçonnés par la justice de corruption.

Que reproche-t-on en retour à Dilma Rousseff? D'avoir maquillé les comptes publics du Brésil pour dissimuler aux électeurs l'étendue des déficits et de la crise économique, afin de faciliter sa réélection en 2014.

Elle le confesse à demi-mot en faisant valoir que tous ses prédécesseurs ont eu recours - dans une moindre mesure - à ces tours de passe-passe sans n'avoir jamais été inquiétés. Un prétexte donc, dénonce-t-elle, pour habiller d'un fin vernis juridique un «coup d'État» institutionnel.

Il en va tout autrement du président du Congrès des députés, Eduardo Cunha, qui a fait cheminer depuis décembre avec une célérité zélée la procédure de destitution de Mme Rousseff, son ennemie jurée.

«C'est ça, l'alternative?»

Troisième figure de l'État dans l'ordre de la succession, ce député ultraconservateur, adepte d'une église évangélique néo-pentecôtiste, est inculpé pour «corruption et blanchiment d'argent» dans le cadre du scandale Petrobras.

Des millions de dollars d'origine suspecte ont été repérés sur des comptes en Suisse, dont il avait juré sur l'honneur tout ignorer devant une commission d'enquête parlementaire.

Restaurants chics, boutiques de luxe, M. Cunha a mené grand train à Paris, Londres ou Miami avec son épouse, une ex-présentatrice de télévision, et sa fille.

Qu'en est-il du vice-président Michel Temer, dirigeant du parti centriste PMDB qui travaille main dans la main avec M. Cunha, du même parti, pour évincer la présidente?

Son nom a été cité par des inculpés du dossier Petrobras dans de sombres histoires de ventes illégales d'éthanol, qu'il réfute. Il n'est pas mis en examen à ce stade dans l'enquête Petrobras - contrairement à l'autre grand cacique du PMDB, Renan Calheiros, président du Sénat, quatrième personnage de l'État dans l'ordre de succession.

En descendant un peu la pyramide du pouvoir, on prend toute la mesure de l'épidémie frappant le Parlement.

La branche brésilienne de l'organisme non gouvernemental Transparency International estime que pas moins de 58,1 % des députés brésiliens ont ou ont eu maille à partir avec la justice pour des affaires de corruption.

Avant l'assemblée plénière du Parlement cette fin de semaine, une commission spéciale a approuvé lundi un rapport préconisant l'ouverture d'un procès en destitution de la présidente au Sénat.

Sur ses 65 éminents membres, 36 sont inculpés ou ont déjà été condamnés pour des infractions pénales.

Face à cet édifiant panorama, un haut magistrat du tribunal suprême fédéral, Luis Roberto Barroso, s'est récemment laissé aller à des commentaires désabusés, durant un colloque où il ignorait être filmé.

Il a dit avoir frémi en voyant une photo où M. Cunha et les députés du PMDB exultaient après la décision de leur parti de rompre avec Dilma Rousseff pour la pousser vers la sortie. Et s'être exclamé intérieurement: «Dieu du ciel! C'est ça, notre alternative de gouvernement?»

Ferrari, Porsche et Lamborgini

Le Brésil pointe à la 76e place au classement des pays les plus corrompus établi par Transparency International, juste devant le Burkina Faso et l'Inde.

L'une des raisons de l'apparente impunité des parlementaires brésiliens est qu'en raison de leur immunité, ils ne répondent pénalement de leurs actes que devant le tribunal suprême, aussi notoirement respecté que lent.

Des dizaines de députés et sénateurs sont ainsi soupçonnés dans le scandale Petrobras, mais seul M. Cunha est inculpé.

Deux anciens présidents ont aussi été rattrapés par le scandale de corruption.

D'abord l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, mentor politique de Mme Rousseff, qui proteste de son innocence en dénonçant «une saloperie homérique».

Ensuite le pittoresque Fernando Collor de Mello, aujourd'hui sénateur, qui avait démissionné de la présidence en 1992 à la veille de sa destitution pour corruption. Quand la police s'est rendue chez lui en juillet dernier, elle a confisqué une Ferrari, une Porsche et une Lamborghini.

Un nom de figure politique brésilienne vivante jamais soupçonnée d'avoir touché personnellement de l'argent issu de la corruption?

Dilma Rousseff.

Cinq dates clés

Le président de la chambre des députés brésilienne,... (Archives AFP, Antonio Cruz) - image 3.0

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Le président de la chambre des députés brésilienne, Eduardo Cunha.

Archives AFP, Antonio Cruz

2 décembre 2015

Le président de la Chambre des députés, l'ultraconservateur et évangélique Eduardo Cunha, accepte une demande de destitution lancée par l'opposition de droite contre Mme Rousseff pour maquillage des comptes publics.

M. Cunha incarne l'aile dure du grand parti centriste PMDB du vice-président Michel Temer, qui succèdera à Mme Rousseff si elle est destituée.

Ennemi juré de la présidente, M. Cunha est lui-même inculpé de corruption et blanchiment d'argent dans le cadre du scandale Petrobras.

Il a mené tambour battant la procédure de destitution, tout en usant d'artifices pour paralyser les travaux de la Commission d'éthique de la chambre basse sur la cassation de son propre mandat.

11 avril

Une commission spéciale de 65 députés approuve par 38 voix contre 27 un rapport recommandant aux députés de voter en faveur de l'ouverture d'un procès en destitution de la présidente devant le Sénat, qui aurait le dernier mot.

Dilma Rousseff conteste depuis le début avoir commis un quelconque «crime de responsabilité», alléguant que tous ses prédécesseurs ont eu recours aux tours de passe-passe budgétaires qui lui sont reprochés sans être inquiétés. Elle dénonce une tentative de «coup d'État» institutionnel ourdi par une opposition qui n'a pas accepté sa défaite électorale en 2014.

14 avril

Dilma Rousseff demande au tribunal suprême fédéral d'annuler la procédure. Son défenseur, l'avocat général du gouvernement, José Eduardo Cardozo, dénonce un procès «kafkaïen» qui viole «les principes du droit à un procès équitable et à une pleine défense».

Les magistrats de la plus haute juridiction du pays rejettent ce recours à une large majorité dans la soirée. Ils estiment que les arguments de la défense de Mme Rousseff n'ont pas à être examinés à ce stade préliminaire, mais qu'ils devront l'être devant le Sénat, en cas d'ouverture formelle d'un procès de la présidente.

15 avril

Les députés brésiliens réunis en assemblée plénière entament trois jours de débats intenses sur le bien-fondé de la destitution de Dilma Rousseff.

Ces débats houleux ouvrent l'un des chapitres les plus dramatiques de l'histoire de la jeune démocratie brésilienne, ébranlée simultanément par un séisme politique majeur, un gigantesque scandale de corruption et la pire récession économique depuis des décennies.

17 avril

Vote crucial à la Chambre basse. L'opposition devra rallier les deux tiers des votes (342 sur 513) pour que la destitution de la présidente soit soumise à l'approbation du Sénat.

Dans le cas contraire, la procédure serait automatiquement enterrée et Mme Rousseff sauverait son mandat, à défaut de pouvoir compter sur une majorité stable pour gouverner.

En cas de vote défavorable des députés, la situation deviendrait extrêmement critique pour Mme Rousseff qui a promis de «lutter jusqu'à la dernière minute».

Il suffirait en effet, courant mai, d'un vote à la majorité simple des sénateurs pour prononcer sa mise en accusation.

Elle serait ensuite écartée du pouvoir pendant un délai maximum de 180 jours dans l'attente d'un jugement final.

Le vice-président Michel Temer assumerait alors provisoirement ses fonctions et aurait toute latitude pour former un gouvernement de transition.

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