De plus en plus d'enfants kamikazes

Des policiers surveillent les lieux où s'est déroulé... (AP, Sani Maikatanga)

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Des policiers surveillent les lieux où s'est déroulé une attaque-suicide, à Kano au Nigéria, le 24 février 2015. Le nombre d'enfants utilisés dans ces attentats suicides a augmenté de façon exponentielle, passant de 4 en 2014, à 44 en 2015.

AP, Sani Maikatanga

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Agence France-Presse
Libreville

De plus en plus d'enfants sont impliqués dans des attaques suicides dans la région du lac Tchad, où le groupe islamiste nigérian Boko Haram, affaibli militairement, tente d'instaurer la terreur par tous les moyens, a rapporté mardi l'Unicef.

De quatre enfants utilisés dans des attaques kamikazes en 2014, on est passé à 44 l'année suivante, selon le fonds des Nations Unies pour l'enfance, au Nigeria, Cameroun, Tchad et Niger, où sévit le groupe qui a rallié l'organisation de l'État islamique (EI).

Plus de 75 % étaient des filles, note l'Unicef dans un rapport titré Beyond Chibok («Au-delà de Chibok»), publié près de deux ans jour pour jour après l'enlèvement par Boko Haram de 276 lycéennes dans le nord-est du Nigeria, un rapt qui avait créé une vague d'indignation à travers le monde.

Ce rapport pointe la situation dramatique de milliers d'enfants, victimes d'enlèvements, de sévices sexuels et de mariages forcés, devenus une arme de guerre aux mains de Boko Haram, utilisés comme bombes humaines ou pour transporter des explosifs.

«Soyons clairs : ces enfants sont les victimes, et non pas les auteurs», affirme Manuel Fontaine, directeur régional de l'Unicef pour l'Afrique de l'Ouest et centrale.

«Tromper les enfants et les forcer à commettre des actes mortels a été l'un des aspects les plus horribles de la violence au Nigeria et dans les pays voisins», ajoute-t-il.

Le groupe islamiste a subi d'importants revers ces derniers mois face aux offensives des armées de la région qui l'ont chassé de la quasi-totalité des localités dont il s'était emparé au Nigeria.

Depuis lors, il multiplie les attentats-suicides, qui demandent peu de moyens, pour terroriser la population.

Ces attaques, longtemps concentrées au Nigeria, se sont progressivement étendues aux pays voisins et notamment au Cameroun, qui a enregistré depuis deux ans le plus grand nombre d'attentats suicides impliquant des enfants (21), suivi par le Nigeria (17) et le Tchad (2).

Visage de la pureté

Souvent très jeunes - parfois à peine huit ans - les profils des enfants «kamikazes» sont divers.

Il y a ceux qui, comme les filles de Chibok, ont été enlevés. Durant les attaques de villages, dans le chaos et la fuite, il y a aussi ces innombrables enfants séparés de leurs parents qui se retrouvent livrés à eux-mêmes, en brousse ou dans des camps de déplacés.

«Ce sont des proies faciles pour les recrutements, tant ils sont vulnérables», explique à l'AFP Laurent Duvillier, chargé de communication régionale pour l'Unicef, rappelant qu'environ 1,3 million d'enfants ont été déplacés par le conflit, alors qu'ils étaient 800 000 il y a encore un an.

Mosquées, marchés bondés, restaurants... Boko Haram «utilise une technique très vicieuse pour aller frapper au coeur de la communauté et faire le plus mal possible. Qui va se méfier d'un enfant?  C'est le visage de la pureté», souligne Laurent Duvillier.

Qu'ils appuient eux-mêmes sur le détonateur ou qu'on les fasse exploser à distance, ces enfants «ne peuvent prendre de décision consciente : ils sont embrigadés ou agissent sous la pression».

Ce phénomène «crée une atmosphère de peur et de suspicion qui a des conséquences dévastatrices» pour les enfants, notamment ceux qui ont été libérés après avoir vécu en captivité au sein de groupes armés, désormais considérés comme une menace potentielle pour leurs communautés, selon l'Unicef.

Les enfants nés de mariages forcés, ou à la suite de violences sexuelles «se heurtent aussi à la stigmatisation et la discrimination» dans leurs villages et dans les camps de déplacés.

L'hostilité après la captivité

Khadidja, 17 ans, a passé près d'un an en captivité, mariée de force à un combattant de Boko Haram, dont elle a eu un garçon. Lorsqu'elle est arrivée dans un camp de déplacés après avoir enfin réussi à s'échapper, elle s'est heurtée à l'hostilité des autres femmes qui refusaient de partager l'eau de la pompe.

«Certaines femmes me battaient, elles me chassaient. Elles me disaient : "Tu es une femme de Boko Haram, ne viens pas près de nous!"» raconte-t-elle.

«Cette méfiance à l'égard des enfants peut avoir des conséquences destructrices, estime Manuel Fontaine. Comment une communauté peut-elle se reconstruire si elle rejette ses propres soeurs, filles et mères?»

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