Des kilomètres de queue pour faire le plein au Nigeria

Des clients plus riches - ou plus désespérés... (AFP, Stefan Heunis)

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Des clients plus riches - ou plus désespérés - sont prêts à payer le double en achetant leur essence sur le marché noir afin d'éviter les queues cauchemardesques.

AFP, Stefan Heunis

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Stephanie Findlay
Agence France-Presse
Lagos

Les queues de voitures s'étendent à perte de vue, le ton monte dans des embouteillages monstre... l'ambiance est électrique à Lagos, alors que la pénurie de carburant a atteint son apogée cette semaine au Nigeria, risquant de faire fuir les investisseurs.

Selon les médias locaux, des paramilitaires auraient tiré sur des vendeurs de pétrole au marché noir, alors que le gouverneur de l'État de Lagos a annoncé une absurde interdiction des «files d'attente aveugles» pour tenter de fluidifier le trafic.

Dans l'espoir d'arriver avant la foule, les plus courageux passent la nuit dans la queue. «J'ai dormi dans la voiture, sur le siège arrière. J'ai besoin d'essence,» déclare Kenny Giwa, un chauffeur de taxi de 26 ans, à l'AFP.

Sa détermination a payé. Juste après l'aube, mercredi, sa Golf bleue défraîchie a franchi le portique de la station d'essence pour faire le plein à 86,50 nairas (0,56 CAN$ ) le litre.

Mais son exploit ne lui donne qu'un court répit. «Si j'en achète aujourd'hui, ça va durer deux jours, puis je referai la queue», soupire Giwa, «le prix du marché noir est trop élevé».

À un jet de pierre, des vendeurs à la sauvette agitent des bidons d'essence jaunes en attendant des clients plus riches - ou plus désespérés - prêts à payer le double pour éviter les queues cauchemardesques.

«Nous sommes le premier pays producteur de pétrole en Afrique, c'est de la mauvaise gestion, de la cupidité et de la corruption,» s'indigne Muyiwa Oke.

Ce chercheur en pharmaceutique vient d'acheter de l'essence sur le marché noir à 250 nairas (1,63 CAN$) le litre. «Le trafic est fou. Dès que je suis à la moitié de mon réservoir je commence à chercher. Je ne veux pas rester coincé».

«Véritable détresse financière»

Le Nigeria n'en est pas à sa première pénurie de carburant. En dépit de son immense richesse pétrolière, les raffineries appartenant à l'État ne travaillent qu'à une fraction de leur capacité de 445 000 barils par jour, après des années de mauvaise gestion, selon Bloomberg News.

Mais cette dernière crise est particulièrement grave, une situation que des experts attribuent à la chute globale des prix du brut et aux restrictions à l'importation.

«Les commerçants en aval sont probablement dans une véritable détresse financière en ce moment», estime Alan Cameron, économiste à Exotix, basé à Londres.

À court de dollars, les importateurs de carburant sont obligés de se fournir sur le marché noir, où le naira oscille autour de 220 le dollar. Au final, les importateurs paient la différence sans aucune compensation.

Pour remédier à cette situation, le ministre d'état au Pétrole Emmanuel Kachikwu a conclu un accord avec les entreprises énergétiques internationales présentes au Nigeria pour fournir une aide à l'importation de pétrole d'environ 200 millions de dollars.

«Il s'agit probablement de la question la plus difficile depuis mon arrivée», a déclaré le ministre Kachikwu dans un discours publié sur sa page Facebook jeudi, admettant que cette aide financière n'était qu'un «tampon» et non une solution à long terme.

Le ministre a toutefois promis que «d'ici la deuxième semaine d'avril, nous devrions sortir de la situation des queues».

«Tournant crucial»

Lorsque Muhammadu Buhari a été élu président l'année dernière, les investisseurs se montraient optimistes pour le Nigeria, enhardis par un transfert pacifique du pouvoir et la forte croissance du PIB.

Mais la chute des prix du pétrole - qui compte pour deux tiers des revenus du gouvernement nigérian - et la politique monétaire peu orthodoxe de Buhari ont radicalement changé leurs perspectives.

Les cours mondiaux du pétrole ont chuté de 70 % depuis 2014, privant le Nigeria, premier producteur de brut du continent, de sa principale source de revenus et faisant dégringoler à la fois la croissance et la monnaie locale.

Au lieu de dévaluer, comme le recommande le Fonds monétaire international, le gouvernement a décidé de maintenir le même taux officiel (entre 197 et 199 nairas pour un dollar) mais d'interdire l'importation de certains produits et de protéger les réserves en devises restantes.

«Le Nigeria est à un tournant crucial,» estime Anna Rosenberg, directeur de la recherche en Afrique subsaharienne au Frontier Strategy Group. «Le pays pourrait se débrouiller cette année avec une croissance relativement faible, mais seulement si le gouvernement ajuste la politique monétaire et laisse le naira se dévaluer».

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