De voyous à kamikazes, le parcours des frères Al-Bakraoui

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Mardi, la police belge a retrouvé ce qui est qualifié de «testament» rédigé par Ibrahim El Bakraoui, sur un ordinateur abandonné dans une poubelle au pied de l'immeuble où les assaillants ont notamment fabriqué leurs bombes.

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Alix Rijckaert
Agence France-Presse
Bruxelles

Vols, braquages, prison et libération: avant de semer la mort à Bruxelles au nom du djihad, les frères kamikazes Ibrahim et Khalid Al-Bakraoui étaient des caïds endurcis dans les faubourgs bruxellois.

Et c'est la capture la semaine dernière du seul survivant du commando djihadiste à l'origine des attentats de Paris, Salah Abdeslam, qui a semblé pousser les deux frères traqués à passer à l'acte.

Ibrahim, 29 ans, l'un des deux kamikazes qui se sont fait exploser mardi matin à l'aéroport de Bruxelles, avait été condamné en 2010 à neuf ans de prison pour avoir tiré sur des policiers à la kalachnikov après un braquage, puis libéré sous condition en 2014.

Khalid et Ibrahim Al-Bakraoui... (AFP, Interpol) - image 2.0

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Khalid et Ibrahim Al-Bakraoui

AFP, Interpol

À cette période, l'organisation État Islamique (EI) gagne du terrain en Irak et en Syrie au point de proclamer un «califat» sur des pans de ces deux pays. Des milliers d'apprentis djihadistes affluent dans la région. Ibrahim serait l'un d'eux.

En juin 2015, il est arrêté par la Turquie à Gaziantep, tout près de la frontière syrienne, avant d'être expulsé.

«Bien que nous les ayons informées que cet individu était un combattant terroriste étranger, les autorités belges n'ont pas été en mesure d'identifier ses liens avec le terrorisme», a souligné le président turc Recep Tayyip Erdogan sans le nommer.

«Il n'y a, c'est certain, pas eu d'extradition» vers la Belgique, a répliqué le ministre belge de la Justice, Koen Geens. Selon lui, Ibrahim, qui était alors «un criminel de droit commun en liberté conditionnelle», a été renvoyé «vers les Pays-Bas».

Mardi, la police belge a retrouvé ce qui est qualifié de «testament» rédigé par Ibrahim, sur un ordinateur abandonné dans une poubelle dans la commune bruxelloise de Schaerbeek, au pied de l'immeuble où les assaillants ont notamment fabriqué leurs bombes et d'où ils sont partis en taxi vers l'aéroport avec des sacs noirs bourrés d'explosifs. Ibrahim Al-Bakraoui écrit «être dans la précipitation, ne plus savoir quoi faire», car il est «recherché de partout» et estime «ne plus être en sécurité», a raconté le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw.

Le message ne comporte aucune référence connue à l'EI, qui a revendiqué les attentats de Paris et Bruxelles. Il stipule que «s'ils (les frères Bakraoui) s'éternisent, ils risquent de terminer à côté de lui dans une cellule», sans préciser qui est ce «lui».

Destins en accéléré

Khalid, 27 ans, s'est lui fait exploser à la station de métro Maelbeek, tout près des institutions européennes. Et comme son frère, il est passé par la case «prison». En 2011, il est condamné à cinq ans de prison pour des vols de voitures violents.

De voyous au parcours nébuleux, les deux frères sont projetés à l'avant-scène médiatique la semaine dernière lorsque la traque de Salah Abdeslam s'intensifie après une perquisition dans un appartement à Forest, une commune de Bruxelles, qui tourne en fusillades.

Le jeune Khalid, fiché pour «terrorisme» par Interpol selon une fiche consultée mercredi par l'AFP, est soupçonné d'avoir loué ce logement sous une fausse identité. Et la police fait le lien avec un autre appartement loué à Charleroi également avec de faux papiers.

Or c'est de cette ville du sud de la Belgique qu'étaient partis des commandos avant de commettre les attentats à Paris (130 morts), notamment Chakib Akrouh, membre du trio ayant semé la mort sur les terrasses parisiennes, et Abdelhamid Abaaoud, considéré comme l'un des architectes des attaques.

De l'école catholique au djihad

Les frères Bakraoui ont eu un complice, désormais identifié, selon des sources policières à l'AFP, parmi les deux kamikazes de l'aéroport de Bruxelles: il s'agit de Najim Laachraoui.

Né au Maroc, Lachraoui est soupçonné d'être l'artificier de Paris. Des traces de son ADN ont été découvertes sur des explosifs utilisés dans les attaques de novembre. Il était activement depuis le 4 décembre.

Comme les frères El Bakraoui, Laachraoui a grandi à Bruxelles, dans le quartier de Schaerbeek où il a fréquenté pendant six ans le lycée catholique Sainte-Famille. «C'était un élève normal», a déclaré un responsable de l'école.

En 2009, Laachraoui obtient son diplôme en électronique, selon un document posté sur le site de l'établissement.

Quatre ans plus tard, en septembre 2013, il part pour la Syrie parmi les premiers «contingents» de djihadistes venus d'Europe, pour combattre au sein de l'EI sous le nom d'Abou Idriss, selon des médias.

En septembre, il réapparaît en Europe, contrôlé par la police sous une fausse identité, dans une Mercedes conduite par Salah Abdeslam.

400 combattants pour cibler l'Europe

Le groupe extrémiste État islamique (EI) a entraîné au moins 400 combattants pour cibler l'Europe dans une série d'attaques meurtrières, déployant des cellules comme celles ayant frappé à Bruxelles et Paris avec la commande de choisir le moment, l'endroit et la méthode pour créer le plus de perturbations possibles, ont affirmé des responsables à l'Associated Press.

Ces cellules semi-autonomes montrent la portée du groupe extrémiste en Europe alors même qu'il perd du terrain en Syrie et en Irak.

Les évaluations vont de 400 à 600 combattants du groupe État islamique entraînés spécifiquement pour des attaques autonomes, indiquent des responsables, dont la sénatrice française Nathalie Goulet, coprésidente d'une commission contre les réseaux djihadistes en France et en Europe. Quelque 5000 Européens se sont rendus en Syrie.

Mme Goulet a toutefois ajouté que si les autorités savaient précisément le nombre de ces djihadistes, des attaques telles que celles de Paris et Bruxelles ne surviendraient pas.

En revendiquant la responsabilité des attentats de mardi, le groupe EI a décrit une «cellule secrète de soldats» déployés à Bruxelles aux fins de cette attaque. L'existence de ces cellules de l'ombre a été confirmée par Europol - l'agence de renseignement de l'Union européenne -, qui a affirmé à la fin de janvier que les responsables du renseignement estimaient que le groupe avait développé un commandement spécial chargé de piloter les opérations de cellules dormantes et de diriger des formations semblables à celles des forces spéciales.

Des francophones liés à l'Afrique du Nord, à la France et à la Belgique semblent diriger ces unités et sont responsables d'élaborer des stratégies d'attaques en Europe, a indiqué un responsable européen de la sécurité, parlant sous le couvert de l'anonymat.

Les combattants dans ces unités sont formés pour les stratégies de combat sur le terrain, les explosifs, les techniques de surveillance et la contre-surveillance, a indiqué ce responsable de la sécurité. Il a ajouté que la stratégie avait migré ces derniers temps vers des formations plus longues, et que le groupe recherchait des actes terroristes possiblement moins meurtriers, mais plus nombreux, «afin de forcer l'ennemi à dépenser plus d'argent ou de ressources humaines».  AP

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