Une rencontre et de profondes divergences

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Le président américain Barack Obama a entamé lundi des entretiens avec son homologue cubain Raul Castro au palais de la Révolution de La Havane.

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Alexandre Grosbois, Jérôme Cartillier
Agence France-Presse
La Havane, Cuba

Barack Obama a salué lundi, au deuxième jour d'une visite historique à La Havane, un «jour nouveau» dans les relations entre les États-Unis et Cuba, tout en reconnaissant la persistance de profondes divergences.

Image longtemps inimaginable : le président des États-Unis et son homologue cubain Raul Castro ont participé à une conférence de presse commune, par instants tendue, au palais de la Révolution de La Havane, puissant symbole de la lutte contre «l'impérialisme américain».

Premier président américain en exercice à se rendre à Cuba depuis 88 ans, Barack Obama, qui quittera le pouvoir en janvier 2017, souhaite, avec cette visite riche en symboles, rendre irréversible le rapprochement engagé avec le régime communiste.

«Après plus de cinq décennies très difficiles, les relations entre nos gouvernements ne vont pas changer du jour au lendemain», a-t-il reconnu, tout en assurant avoir des conversations «franches et directes» sur les points de désaccord, démocratie et droits de l'homme en tête.

Si M. Obama a salué «l'esprit d'ouverture» de son homologue cubain, de 30 ans son aîné, il a cependant assisté médusé aux réponses courroucées de ce dernier lorsqu'un journaliste américain lui a posé une question sur les prisonniers politiques.

«Donnez-moi la liste immédiatement pour que je les libère [...] Donnez-moi le nom ou les noms [...] S'il y en a, ils seront libérés avant la nuit!» a lancé le leader cubain, irrité.

Sans surprise, le leader cubain a une nouvelle fois réclamé avec force la suppression de l'embargo qui pénalise son pays depuis 1962.

«La liste des mesures que nous pouvons prendre administrativement est de plus en plus courte et les changements vont maintenant dépendre du Congrès», a souligné, en écho, M. Obama qui se heurte sur ce sujet à ses adversaires républicains.

Un peu plus tôt, les deux hommes avaient écouté les hymnes des deux anciens pays ennemis retentir dans l'imposant bâtiment.

La pluie battante sous laquelle a été accueilli le président américain dimanche avait cédé la place lundi à un ciel gris et couvert.

Avant de se rendre au palais de la Révolution, M. Obama avait rendu un hommage à José Marti, père de l'indépendance cubaine, lors d'une brève cérémonie à laquelle n'assistait pas le président cubain, qui ne s'était pas non plus déplacé à l'aéroport dimanche.

La une sans emphase du quotidien officiel cubain Granma - «Obama en visite officielle à Cuba» - contribuait à renforcer l'idée d'une volonté de régime de ne pas donner un relief excessif à cette visite.

«Je voulais vraiment le voir»

Fabian Rodriguez, chauffeur de taxi de 35 ans, regrettait amèrement les mesures mises en place par le gouvernement pour tenir les Cubains à distance du président américain.

«Je voulais vraiment le voir mais ils ne nous ont pas laissé la moindre chance», expliquait-il.

«Ils disent que c'est pour des raisons de sécurité, mais il ne se serait rien passé», déplorait-il, soulignant que l'accès était nettement plus facile lors de la visite du pape François début février.

Le président américain a invité plusieurs dissidents mardi à l'occasion d'une réunion avec la société civile, qui se déroulera à l'abri des murs de l'ambassade ou de la résidence américaine.

Les interpellations menées dimanche lors du défilé du mouvement dissident des Dames en blanc, quelques heures à peine avant son arrivée, ont sonné comme un rappel du caractère répressif du régime communiste.

Derrière la poignée de main et les sourires, la rencontre entre les deux hommes est aussi, à de nombreux égards, une bataille de symboles et d'images.

«D'un point de vue cubain, cette visite présente un risque», souligne Richard Feinberg, de la Brookings Institution, évoquant la comparaison peu flatteuse entre un leader blanc «vieillissant» et un président noir et «plein d'énergie» de 30 ans son cadet.

La résonance pourrait être particulièrement forte au sein de la communauté afro-cubaine, sous-représentée au sein des élites politiques cubaines.

Les deux pays ont rétabli leurs relations diplomatiques en juillet 2015, et Washington a rayé Cuba de sa liste des pays soutenant le terrorisme en mai, mais les contentieux restent de taille entre les deux anciens ennemis de la guerre froide.

Si un dîner d'État est prévu au palais de la Révolution, aucune rencontre n'a été organisée avec l'ex-président Fidel Castro, âgé de 89 ans.

Prisonniers politiques: Castro perd son calme

Raul Castro a serré la main de Barack... (AP, Ramon Espinosa) - image 3.0

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Raul Castro a serré la main de Barack Obama avant de faire fi du protocole en tentant de lui soulever le bras.

AP, Ramon Espinosa

Le président cubain Raul Castro a vivement réagi lundi aux questions de journalistes sur les prisonniers politiques à Cuba, mettant notamment l'un d'entre eux au défi «de lui fournir une liste» pour qu'il puisse les libérer.

Lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue américain Barack Obama, exercice auquel il est peu habitué, le chef de l'État cubain a d'abord fait mine de ne pas s'apercevoir que c'était à son tour de parler après une question d'un journaliste sur les prisonniers politiques à Cuba.

Alors qu'il lisait un document, M. Obama a dû l'interpeller pour qu'il s'exprime.

«Quelle question concrète posez-vous sur les prisonniers politiques?» a interrogé M. Castro. Puis, sans laisser au journaliste le temps de répondre, il a poursuivi :

«Y a-t-il des prisonniers politiques? Donnez-moi la liste immédiatement pour que je les libère [...] Donnez-moi le nom ou les noms [...] S'il y en a, ils seront libérés avant la nuit», a assuré M. Castro, 84 ans, visiblement irrité.

Quelques minutes plus tard, lorsqu'une autre journaliste est revenue à la charge sur ce thème, il s'est de nouveau emporté.

«Maintenant, c'est moi qui vais vous poser une question [...] combien de pays respectent les 61 droits de la personne et civiques, quel pays les respecte tous, vous le savez? Moi, je le sais : aucun! Certains en respectent quelques-uns, d'autres en respectent d'autres. Nous sommes entre les deux.»

«Cuba en respecte 47, certains en respectent plus et d'autres moins. On ne peut pas politiser la question des droits de l'homme, ce n'est pas correct», a ajouté Raul Castro, avant de poursuivre : «vous voulez un droit plus sacré que le droit à la santé? Êtes-vous d'accord avec l'éducation gratuite?»

«Vous considérez, par exemple - et c'est le dernier exemple que je vais donner - vous croyez que pour un même travail, un homme [doit] gagner plus qu'une femme parce qu'elle est une femme? Eh bien à Cuba la femme gagne autant que l'homme si elle fait le même travail», a encore insisté le président cubain.

«On ne peut donc pas utiliser cet argument dans la confrontation politique, ce n'est pas juste, pas correct...»

«C'est pareil pour les prisonniers, ce n'est pas correct de poser des questions sur les prisonniers politiques, donnez-moi le nom du prisonnier politique et c'est tout!» a-t-il conclu, presque à bout de souffle.

La conférence de presse a pris fin immédiatement après et Raul Castro a serré la main de son homologue avant de faire fi du protocole en tentant de lui soulever le bras.

Peut-être une manière pour lui de reconnaître que M. Obama est parvenu à le faire parler des sujets qui fâchent devant la presse.

70 détenus

La Commission cubaine des droits de l'Homme (CCDH), organisation interdite mais tolérée par les autorités, dénombrait fin 2015 70 détenus pour motifs politiques à Cuba, un chiffre non confirmé par les grandes organisations de défense des droits de l'homme telles qu'Amnistie internationale.

Mardi, le président américain prononcera un discours télévisé devant des leaders cubains. Il parlera aussi avec des dissidents cubains et assistera à un match de baseball entre les Rays de Tampa Bay et l'équipe nationale cubaine. Il prendra ensuite le chemin de l'Argentine.

La levée de l'embargo américain au coeur des discussions

Le président cubain, Raul Castro, Michelle et Barack Obama,... (AP, Rebecca Blackwell) - image 5.0

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Le président cubain, Raul Castro, Michelle et Barack Obama, alors qu'ils se rendaient au dîner officiel lundi soir. 

AP, Rebecca Blackwell

Le président cubain, Raul Castro, a demandé, lundi, à Barack Obama de lever l'embargo et les autres restrictions imposés par les États-Unis à Cuba alors que les deux leaders continuent à aller de l'avant avec leur plan pour normaliser les relations entre les deux pays, qui sont à couteaux tirés depuis la guerre froide. Lors d'une réunion historique dans la capitale cubaine, Raul Castro a fait l'éloge des gestes récemment posés par le président américain pour alléger les sanctions contre Cuba, estimant qu'il s'agissait d'un développement «positif», mais toutefois insuffisant. Il a de nouveau réclamé des États-Unis qu'ils rendent la base navale de la baie de Guantanamo au gouvernement cubain et qu'ils mettent fin à l'embargo. «Cela est essentiel, parce que le blocus demeure en place et qu'il contient des éléments décourageants», a-t-il souligné.

Barack Obama s'est rendu à Cuba avec l'intention d'exercer de la pression sur ses dirigeants en matière de respect des droits de la personne et des libertés politiques, promettant que la seule présence d'un leader américain sur l'île suffirait à promouvoir ces valeurs. M. Castro a cependant tourné la situation à son avantage en affirmant que Cuba trouvait «inconcevable» qu'un gouvernement échoue à assurer que ses citoyens aient accès à des soins de santé, à l'éducation, à de la nourriture et à la sécurité sociale, une référence claire aux États-Unis. Plus tard lundi, Barack Obama a discuté avec des hommes d'affaires cubains et américains, avant d'être reçu en soirée à l'occasion d'un dîner officiel.  Avec AP

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