Nouvelle attaque à la bombe à Istanbul

Un homme allume un lampion près du site... (AP, Emrah Gurel)

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Un homme allume un lampion près du site de l'explosion, en mémoire des victimes.

AP, Emrah Gurel

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Philippe ALFROY
Agence France-Presse
Istanbul

Un nouvel attentat-suicide a tué au moins quatre touristes et fait une trentaine de blessés samedi sur une célèbre avenue touristique d'Istanbul, dernière d'une série sans précédent d'attaques meurtrières qui secouent la Turquie depuis l'été.

Six jours après un attentat revendiqué par un groupe kurde qui a tué 35 personnes à Ankara, un kamikaze s'est fait exploser en fin de matinée sur l'avenue Istiklal, artère piétonne et commerçante sur la rive européenne de la plus grande ville du pays, empruntée quotidiennement par des centaines de milliers de personnes.

Selon le dernier bilan turc, l'attentat a fait quatre morts - trois Israéliens et un Iranien - et 36 blessés, parmi lesquels d'autres Israéliens, deux Irlandais, un Islandais, un Iranien, un Allemand et un citoyen de Dubaï.

À Washington, la Maison-Blanche a fait état de deux ressortissants américains tués, pour lesquels elle a fourni les mêmes identités que deux des tués israéliens. Il s'agit donc de binationaux israélo-américains. «C'est bien un attentat-suicide, une attaque terroriste», selon le gouverneur d'Istanbul, Vasip Sahin.

L'attentat n'a pas été revendiqué pour l'instant.

Selon la presse proche du gouvernement islamo-conservateur turc, l'auteur de l'attaque a été identifié comme Savas Yildiz, 33 ans, un Turc présenté comme un combattant du groupe Etat islamique (EI). Les autorités n'ont pas confirmé.

Sur des vidéos diffusées par les médias turcs et les réseaux sociaux, le kamikaze se dirige vers un petit groupe de personnes passant devant un bâtiment officiel.

«Il s'est fait exploser devant un groupe de personnes devant la sous-préfecture: deux cibles différentes possibles», a expliqué une source diplomatique occidentale, selon qui «toutes les pistes sont ouvertes», kurde ou jihadiste.

«Une vraie boucherie»

Le premier ministre Ahmet Davutoglu a «maudit» les auteurs de l'attaque, sans désigner quiconque, et promis de «continuer à combattre toutes les formes de terrorisme».

L'explosion a provoqué un mouvement de panique sur l'avenue Istiklal. «J'ai entendu une explosion [...] Quand je suis sorti, tout le monde courait dans tous les sens», a rapporté Mustafa, serveur dans un restaurant. «J'ai vu des gens partout par terre, une vraie boucherie.»

L'avenue a été rouverte en début de soirée aux passants et touristes, sous le choc. «On ne sait jamais où cela peut arriver», dit le cuisinier d'un restaurant, Ismaïl, «c'est terrifiant».

La Turquie vit en état d'alerte permanente depuis juin, après une série d'attentats meurtriers de plus en plus rapprochés. Le dernier en date, dimanche, une attaque à la voiture piégée contre un arrêt de bus en plein centre d'Ankara, a fait 35 tués. Le 17 février, une opération similaire avait déjà fait 29 morts dans la capitale.

Ces attentats ont été revendiqués par un groupe radical kurde proche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les Faucons de la liberté du Kurdistan (TAK), en représailles à la mort de civils pendant les opérations en cours de l'armée et la police contre la rébellion kurde dans le sud-est anatolien.

«Solidarité et soutien»

Les TAK ont promis d'autres actions contre l'État turc. De son côté, le PKK s'est désolidarisé samedi de toute opération contre les civils. «Nous présentons nos condoléances aux victimes de cette attaque», a déclaré l'Union des communautés du Kurdistan (KCK), qui chapeaute toute la mouvance rebelle kurde.

Le pays a également été la cible d'attaques attribuées aux djihadistes. En octobre, deux kamikazes avaient fait 103 morts à Ankara. Puis en janvier, un autre avait tué 12 touristes allemands en se faisant exploser près de la Mosquée bleue à Istanbul.

Dans ce climat, l'Allemagne, qui avait fermé jeudi son ambassade à Ankara et son consulat général à Istanbul, a recommandé samedi à ses ressortissants en Turquie de rester dans leurs hôtels.

Embarrassé par les critiques dénonçant les ratés de ses services de sécurité, le président Recep Tayyip Erdogan a réagi en relançant sa guerre contre les «complices» des «terroristes» kurdes. Plus de 320 personnes, avocats, élus, intellectuels ou simples partisans de la cause kurde, ont été arrêtées depuis dimanche.

Vendredi, M. Erdogan a également accusé les Européens de complaisance envers la rébellion kurde. «Vous nourrissez une vipère en votre sein», avait-il lancé.

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