Salah Abdeslam arrêté, mais des questions demeurent

Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris.... (Photo AP)

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Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris.

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Andréa Bambino
Agence France-Presse
Paris

Au coeur de la logistique et au plus près des tueries, Salah Abdeslam est un personnage clef des attentats du 13 novembre, les plus meurtriers jamais commis en France. Son arrestation apporte l'espoir d'élucider certaines zones d'ombre de l'enquête menée à Paris, en vue d'un éventuel procès.

Quand sera-t-il remis à la France?

Difficile de répondre. Le petit caïd radicalisé de Molenbeek, un quartier de Bruxelles, est visé par un mandat d'arrêt des juges français depuis le 24 novembre. Mais sa remise à la France passe par des étapes judiciaires en Belgique, d'autant que la justice de ce pays a également délivré un mandat d'arrêt et que Salah Abdeslam peut contester la procédure. Né à Bruxelles en 1989, il est néanmoins français, ce qui devrait faciliter les choses. Et une remise de suspects entre pays de l'Union européenne va plus vite qu'une procédure d'extradition. «Je sais que les autorités belges y répondront le plus favorablement possible et le plus rapidement possible», a assuré François Hollande vendredi. Le président français a cité un exemple récent, mais dans l'autre sens, celui de Mehdi Nemmouche, le tueur présumé du musée juif de Bruxelles. Arrêté à Marseille le 30 mai 2014, il avait été remis aux Belges fin juillet.

Quel a été son rôle le soir du 13 novembre?

Son frère Brahim, membre du commando des terrasses, s'est fait exploser devant une brasserie du boulevard Voltaire, à Paris. Mais quel était le rôle de Salah, qui a loué des véhicules et des planques en région parisienne et a fait des aller-retour entre la Belgique et Paris les jours précédant les attentats? Un pur logisticien? Projetait-il une action meurtrière? Il a probablement convoyé les kamikazes du stade de France sur les lieux à bord d'une Clio, passée par l'aéroport de Roissy peu avant, une étape qui interroge. Des questions se posent aussi sur les heures suivant les attaques. Salah Abdeslam a déposé la Clio dans le XVIIIe arrondissement, au nord de Paris, épargné et pourtant cité le lendemain comme une cible dans la revendication de l'EI. Son téléphone est localisé ensuite à Châtillon, au sud de la capitale, où une ceinture d'explosifs est retrouvée dans la commune limitrophe de Montrouge.

Et les mois précédant les attentats?

Salah Abdeslam a multiplié les voyages en Europe, avec des protagonistes qui intéressent l'enquête. Le 4 août 2015, il est contrôlé au port de Patras, en Grèce, en compagnie d'Ahmed Dhamani, arrêté peu après les attentats en Turquie et soupçonné d'appartenir au réseau djihadiste.

Le 9 septembre, il est contrôlé à la frontière austro-hongroise avec deux hommes. Le second est «plus que vraisemblablement», selon le parquet belge, Mohamed Belkaid, l'homme qui a été tué mardi lors d'une opération policière à Forest, près de Bruxelles. Il s'agit d'un autre homme clé qui a supervisé le repli du djihadiste Abdelhamid Abaaoud en région parisienne au lendemain des attaques.

Le 3 octobre, Salah Abdeslam est aussi contrôlé en Allemagne, à Ulm, avec un complice arrêté vendredi à Molenbeek. Ce suspect avait utilisé ces derniers mois de faux papiers syrien et belge, au nom de Mounir Ahmed Alaaj et d'Amine Choukri.

Tous ces voyages posent question. Salah Abdeslam a-t-il organisé et accompagné le retour de djihadistes de Syrie? Dévoilera-t-il les secrets de l'identité des deux kamikazes du stade de France non encore identifiés et présentés par l'État islamique comme des Irakiens?

Comment a-t-il pu organiser sa cavale?

S'il consent à parler, Salah Abdeslam éclaircira peut être les conditions de sa cavale. Exfiltré en voiture vers la Belgique dans la nuit du 13 au 14 novembre par deux amis depuis incarcérés, il a été arrêté à Molenbeek, près de la capitale belge, quatre mois plus tard. Entretemps, où a-t-il pu se cacher? Avec quelles complicités?

Un dossier qui change d'envergure

Proche d'Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé et tueur des terrasses, Salah Abdeslam est un personnage emblématique des attentats du 13 novembre. Il y a joué les premiers rôles et en détient des secrets. Sa présence éloigne le spectre d'un procès où ne comparaîtraient que des seconds couteaux après la mort des neuf assaillants. À ce stade, deux hommes ont été mis en examen à Paris, soupçonnés d'avoir aidé à fournir la planque où a été tué Abaaoud.

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