«Super mardi»: Trump dominant, Clinton loin devant

La candidate démocrate Hillary Clinton a été chaleureusement... (AP, Lynne Sladky)

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La candidate démocrate Hillary Clinton a été chaleureusement accueillie mardi par ses partisans réunis au Palm Beach County Convention Center, à West Palm Beach, en Floride. L'ex-première dame a complètement éclipsé son adversaire Bernie Sanders, enregistrant des victoires éclatantes en Floride, en Caroline du Nord et en Ohio. Elle menait également en Illinois tard en soirée.

AP, Lynne Sladky

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
Washington

Donald Trump, qui déchire le camp républicain, a de nouveau frappé fort lors d'un «super mardi» des primaires américaines où Hillary Clinton a creusé encore un peu plus l'écart dans le camp démocrate.

L'homme d'affaires de New York, qui l'a également emporté dans l'Illinois et en Caroline du Nord, n'a pas, comme il l'espérait, assommé ce nouveau rendez-vous des primaires.

Avec une victoire dans son État de l'Ohio, le gouverneur John Kasich est devenu de facto le candidat de la base traditionnelle du parti.

«Cela pourrait être un tournant», a réagi à Cleveland Russ Walcher, comptable de 48 ans, venu soutenir son gouverneur.

«Cela montre qu'une défaite de Donald Trump est possible. Après cette soirée, le pays, si ce n'est le monde entier, saura qui est John Kasich», estimait de son côté Mike Gonidakis, un influent conservateur local et soutien de John Kasich.

«Beaucoup de gens nous rejoignent», a réagi ce dernier, enthousiaste. «Aucun n'aura 1237 délégués», a-t-il asséné, pour mieux se convaincre que la course restait ouverte.

Si aucun des candidats n'atteint ce seuil à la fin des scrutins en juin, l'investiture sera déterminée à la convention de Cleveland, en juillet, selon une procédure complexe qui pourrait entraîner une féroce bataille. «Nous devons rassembler notre parti», a tenté Donald Trump avant de reprendre - visiblement fatigué - son discours traditionnel sur la «colère» qui gronde en Amérique.

Nombre de ténors du parti républicain sont tiraillés entre leur farouche volonté de faire barrage au magnat de l'immobilier dont ils dénoncent les violentes diatribes et la perspective d'un troisième mandat démocrate consécutif à la Maison-Blanche, du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Un temps présenté comme le «Obama républicain», Marco Rubio a tâtonné, n'a pas su trouver le ton juste et a été incapable de l'emporter dans son propre fief. «C'est un tsunami politique, nous aurions dû nous en apercevoir avant», a-t-il déclaré en jetant l'éponge.

Reste un troisième homme en course : l'ultra-conservateur sénateur du Texas Ted Cruz.

Dans l'Ohio comme nombre d'autres États appelés aux urnes, Donald Trump était sur toutes les lèvres. Comme chez cette arrière-grand-mère de 69 ans, qui apprécie son discours anti-immigration et ses propos contre les clandestins qui sont «si nombreux» et «prennent notre travail».

La soirée fut très bonne pour Hillary Clinton, qui, après un échec en 2008 lors de la primaire face à Barack Obama, espère cette fois-ci devenir la première femme de l'histoire à accéder à la Maison-Blanche.

Au-delà de la Floride, l'ancienne secrétaire d'État l'a aussi emporté comme attendu en Caroline du Nord face au sénateur du Vermont Bernie Sanders.

Mais sa victoire la plus belle de la soirée est celle de l'Ohio, État plus industriel où son adversaire partait en position plus favorable.

«Nous nous rapprochons de la nomination du parti et de la victoire en novembre», a-t-elle lancé, la voix abîmée par l'enchaînement - à un rythme effréné - des réunions électorales. «Vous avez voté pour de meilleurs lendemains.»

Une campagne «vulgaire», selon Obama

Avant mardi, elle avait déjà engrangé une avance confortable avec environ 770 délégués contre 550 pour Bernie Sanders. La barre à atteindre dans le camp démocrate est de 2383. Mais l'ex-première dame dispose aussi de l'appui déclaré de près de 500 élus et responsables démocrates qui auront le droit de vote à la convention de Philadelphie, en juillet. Comme depuis le début des primaires, elle a enregistré des scores impressionnants au sein des minorités.

Selon les sondages sortis des urnes, elle a remporté 73 % du vote noir dans l'Ohio et 80 % en Caroline du Nord. Mais la base de Bernie Sanders parmi les jeunes démocrates ne s'érode pas : 85 % des 18-29 ans ont voté pour lui dans l'Ohio, 73 % en Caroline du Nord.

Le président Barack Obama, qui a voté mardi par procuration dans l'Illinois pour la primaire démocrate, a de son côté dénoncé, sans le nommer, Donald Trump, et la tonalité de sa campagne.

«Nous avons entendu des discours vulgaires et sources de division qui visent les femmes, les minorités», a-t-il déclaré, jugeant que ce spectacle était néfaste pour l'image de l'Amérique au-delà de ses frontières.

«Qui sommes-nous? Comment sommes-nous perçus à travers le monde? Le monde est attentif à ce que nous disons et à ce que nous faisons.»

Le sénateur de Floride Marco Rubio a annoncé... (AP, Paul Sancya) - image 2.0

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Le sénateur de Floride Marco Rubio a annoncé son retrait de la course des primaires présidentielles du parti républicain après sa défaite humiliante contre Donald Trump dans son propre État, mardi soir.

AP, Paul Sancya

Marco Rubio, la comète républicaine, s'écrase

«Certains suggèrent que j'attende mon tour. Mais je ne peux pas», déclarait solennellement le sénateur de Floride Marco Rubio le 13 avril 2015 en déclarant sa candidature à la Maison-Blanche, sûr d'incarner la nouvelle garde du parti républicain.

C'était deux mois avant que Donald Trump se jette dans la bataille : à l'époque, l'homme à abattre s'appelait Jeb Bush, ex-gouverneur et parrain des républicains de Floride. Onze mois plus tard, Marco Rubio a été rejeté par les électeurs de son propre État, à qui il devait toute son ascension en politique, et qui lui ont préféré mardi le milliardaire populiste, large vainqueur de la primaire républicaine.

«Bien que Dieu ne semble pas vouloir que je devienne président en 2016, et peut-être jamais, et bien que ma campagne soit suspendue, le fait que je sois arrivé si loin montre à quel point l'Amérique est unique», a déclaré Marco Rubio devant ses partisans à Miami.

Marco Rubio, 44 ans, était l'antithèse de Donald Trump. Le fils d'immigrés cubains voulait réinventer le rêve américain et porter «un nouveau siècle américain», jouant sur le thème du «matin en Amérique» de l'idole Ronald Reagan, avec un message conservateur, mais optimiste.

Il n'était pas qu'une belle gueule. Préparant sa candidature en 2013 et en 2014, le sénateur de Floride avait jalonné la route de la Maison-Blanche d'innombrables discours sur la défense, l'État-Providence, la famille, la diplomatie. Des interventions au Sénat et dans les groupes de réflexion de Washington invariablement qualifiées de «discours majeurs» par sa très professionnelle équipe de communication. À l'écouter, le renouveau de la pensée conservatrice passait par le sénateur Rubio.

Mais 2016 se révéla être l'année des outsiders, la saison de la colère, peu propice aux sénateurs et gouverneurs.

Fils de Cuba

Le fil rouge de la candidature de Marco Rubio était l'histoire de ses parents cubains, barman d'hôtel et femme de chambre à Miami, qui à force de travail, sans devenir riches, ont accompli le rêve américain : une famille, une maison, et un meilleur avenir pour leurs enfants.

«Ils m'ont donné tout ce qu'ils pouvaient», écrit Marco Rubio dans son autobiographie An American Son, publiée à 41 ans. «Et je suis la preuve que leurs vies ont compté, que leur existence avait un but».

Marco Rubio est, quoi qu'il en dise, un pur produit de l'establishment. Il a passé sa vie ou presque en politique. Deux ans seulement après son diplôme d'avocat, il est élu en 1998 au conseil municipal de West Miami. Un an et demi plus tard, à la Chambre des représentants de Floride, qu'il finit par présider de 2006 à 2008, au moment où Jeb Bush, de 18 ans son aîné, termine son mandat de gouverneur.

Il défie aux sénatoriales de 2010 le gouverneur républicain en place, Charlie Crist, soutenu par l'appareil républicain. Cette campagne fait partie intégrante de la légende Rubio, façon David et Goliath.

Progressivement, le jeune Rubio monte en notoriété et il finit par dépasser Charlie Crist, qui de dépit se présente en indépendant à l'élection, en vain : Marco Rubio est élu sénateur en novembre 2010, l'une des vedettes de la génération du Tea Party.

Son arrivée au Congrès apporte un nouveau souffle au parti républicain, tout entier mobilisé pour empêcher Barack Obama d'être réélu en 2012. La presse conservatrice est dithyrambique sur ce télégénique quadragénaire, bilingue espagnol, catholique, amateur de rap... mais qui ne compromet aucune des «valeurs» conservatrices sur l'avortement, le mariage gay ou l'anti-castrisme. Éloquent et plein de répartie, malgré un débit parfois mécanique, il est le sauveur qui saura rabibocher le parti avec les électeurs hispaniques.

C'est fort de cette aura qu'il fait le pari en 2013 de promouvoir une réforme du système d'immigration afin de régulariser et, à terme, naturaliser la plupart des 11 millions d'immigrés clandestins. La réforme échoue et Marco Rubio se met à dos une grande partie des conservateurs.

La présidentielle devait être sa rédemption. Les intentions de vote montent au fil des mois, et il finit troisième dans l'Iowa le 1er février, populaire à la fois chez les conservateurs évangéliques et les républicains plus centristes. Quand Jeb Bush abandonne, l'establishment place ses espoirs en lui.

Mais, à la peine face à l'inéluctable montée de Donald Trump, Marco Rubio est humilié dans un débat télévisé par l'ex-candidat Chris Christie. Puis, il tente le tout pour le tout : le 25 février, il lâche les chiens contre le favori et l'attaque tous azimuts, se moquant de la taille de ses mains et lançant des allusions douteuses.

La contre-offensive fait long feu et n'enraille pas son déclin derrière Donald Trump et le sénateur texan Ted Cruz. Il avoue regretter de s'être abaissé au niveau du milliardaire, refuse de se retirer et s'accroche à un dernier espoir, une improbable victoire en Floride.

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