Poutine annonce le retrait des troupes russes en Syrie

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Le président russe Vladimir Poutine a annoncé le retrait de la majeure partie de son contingent militaire en Syrie.

AP, Alexei Nikolsky

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Agence France-Presse
Moscou

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé lundi soir à la surprise générale le retrait de la majeure partie de son contingent militaire après deux semaines de cessez-le-feu en Syrie et au moment où s'ouvraient à Genève les négociations intersyriennes sur l'avenir du pays.

Le chef de l'État russe, qui a toujours la main sur l'échiquier syrien depuis l'irruption des bombardiers et des avions d'attaque au sol russes dans le ciel syrien le 30 septembre, a annoncé son nouveau coup de poker après avoir appelé son protégé au Proche-Orient, le président Bachar Al-Assad.

«La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie, j'ordonne donc au ministère de la Défense d'entamer à partir de demain le retrait de la majeure partie de nos contingents militaires de la République arabe syrienne», a dit à la télévision M. Poutine au ministre de la Défense Sergueï Choïgou.

«Néanmoins, pour permettre la surveillance de la trêve dans les combats, la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols», selon le communiqué du Kremlin.

La présidence russe ne précise pas quels types d'aéronefs assurent cette surveillance, mais depuis l'entrée en vigueur de la trêve le 27 février, les militaires russes ont eu recours à des drones déployés sur la base aérienne de Hmeïmim, dans le nord-ouest de la Syrie. Elle ne dit pas non plus si des avions de combat resteront basés en Syrie.

Depuis septembre, Moscou y a déployé plus de cinquante avions de combat qui ont visé des milliers de «cibles terroristes» en cinq mois de raids aériens intenses.

La marine russe a également fait étalage de toute sa puissance, tirant à partir de navires de guerre déployés dans la mer Caspienne ou de sous-marins dans la Méditerranée.

La force de frappe russe a permis à l'armée syrienne d'engranger des victoires, alors qu'elle se trouvait en mauvaise posture l'été dernier. Les Occidentaux ont toutefois accusé la Russie de privilégier, notamment pendant les premiers mois, les frappes sur les rebelles plutôt que sur l'organisation djihadiste État islamique.

Le Kremlin indique que la décision du président russe fait l'objet d'un accord avec son homologue syrien : «Les dirigeants ont souligné que l'intervention des forces aériennes russes avait permis de radicalement changer la situation dans la lutte contre le terrorisme, de désorganiser les infrastructures des combattants [ennemis] et de leur porter un coup important».

Le sort d'Al-Assad 

L'annonce-surprise du président russe est intervenue quelques heures après le début à Genève d'un nouveau cycle de négociations entre des représentants du régime syrien et de la très hétéroclite opposition syrienne.

Mais dès le premier jour, le sort réservé au président Bachar al-Assad faisait déjà débat et menaçait de faire capoter le processus de paix. L'orchestrateur de ces discussions, Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, a affirmé que «la mère de toutes les questions» était de trouver un accord sur une transition politique. «Nous sommes à un moment de vérité», a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse en préambule de sa rencontre avec le négociateur en chef du régime de Damas, Bachar Al-Jaafari.

«Nous voulons un dialogue entre Syriens, mais sans conditions préalables», a rétorqué M. Jaafari, ambassadeur de la Syrie à l'ONU, en réponse aux exigences de l'opposition qui réclame le départ du président Assad, vivant ou mort, avant toute solution politique.

L'opposition syrienne, représentée par le Haut comité des négociations qui regroupe une myriade de groupes différents, veut la mise en place dans les six mois qui viennent d'un «organe de transition» doté de tous les pouvoirs. Mais pour Damas, il est hors de question de parler du sort du président Assad et la transition ne doit être qu'un simple remaniement ministériel avec un «gouvernement d'union» élargi à des opposants.

La guerre en Syrie, qui a débuté en mars 2011, s'est transformée en un conflit complexe. Elle a fait plus de 270 000 morts.

L'aventure russe en Syrie en huit dates

30 sept. 2015

L'aviation russe mène à la demande de Damas ses premiers bombardements, Moscou affirmant avoir visé des cibles de l'EI. Mais d'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme, les frappes ont visé principalement le Front al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaida, et des rebelles islamistes.

7 oct. 2015

Pour la première fois, des missiles russes sont tirés depuis des croiseurs de la flottille dans la mer Caspienne. Plus tard, le 9 décembre, l'armée russe frappe pour la première fois en Syrie à partir d'un sous-marin déployé en mer Méditerranée. Washington affirme que la quasi-totalité des bombardements russes visaient des organisations armées modérées qui combattent le régime.

20 oct. 2015

Après trois semaines de bombardements de l'aviation russe, Vladimir Poutine passe à l'offensive sur le front diplomatique et politique en recevant Bachar Al-Assad.

24 nov. 2015

La Turquie abat un avion militaire russe qui avait selon elle violé son espace aérien à sa frontière avec la Syrie, provoquant la colère de la Russie qui dénonce «un coup de poignard dans le dos». Ce grave incident provoque une brusque escalade des tensions entre les deux pays autrefois amis.

23 déc. 2015

Amnistie internationale accuse la Russie d'avoir tué «des centaines de civils» et causé «des destructions massives» dans des raids contre des zones d'habitation pouvant «constituer des crimes de guerre». Moscou rejette les accusations «fausses» d'Amnestie.

1er févr. 2016

Les forces du régime, avec le soutien des bombardiers et avions d'attaque au sol russes, lancent une offensive contre les rebelles autour de la ville d'Alep, poussant des dizaines de milliers de civils sur les routes de l'exode.

27 févr. 2016

Initié par Washington et Moscou, un accord de cessation des hostilités sans précédent entre en vigueur entre régime et rebelles.

14 mars 2016

Vladimir Poutine ordonne le retrait de la majeure partie du contingent militaire déployé en Syrie. 

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