Ted Cruz, un croisé chez les mécréants

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Il y a six mois, Ted Cruz passait pour un extrémiste. Aujourd'hui, il apparaît comme le seul capable de barrer le chemin à Donald Trump.

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(Québec) Il y a six mois, le sénateur Ted Cruz passait pour un extrémiste. Même parmi ses collègues républicains. Aujourd'hui, le Texan apparaît comme le seul capable d'empêcher Donald Trump de devenir le candidat du Parti républicain à la présidence des États-Unis. Histoire d'une improbable résurrection.

Ses collègues l'appellent «l'Oiseau fou», ou le «Saint Cruzader». Ses adversaires le surnomment «Ted le menteur» ou le «Missile». Les humoristes comparent ses complets à ceux d'un gérant de pompes funèbres. Encore moins charitables, les caricaturistes profitent de son teint blafard et de ses cheveux tirés vers l'arrière pour lui donner le look du petit frère de Dracula.

Peu importe. Le sénateur du Texas, Ted Cruz, 45 ans, n'est pas entré en politique pour se faire des amis. Plutôt pour mener une croisade contre les mécréants, c'est-à-dire presque tous les politiciens de Washington. Déjà, à l'époque où Mister Cruz était un avocat surdoué, Monsieur s'était bâti la réputation de ne pas faire de prisonniers. On disait aussi qu'il avait les dents si longues qu'il égratignait les planchers.

«Depuis que je suis devenu sénateur [...], j'ai fait deux promesses à mes électeurs, explique-t-il. Toujours tenir mes promesses et dire la vérité. Est-ce ma faute si dans l'état actuel de Washington, ces engagements sont perçus comme de l'extrémisme?»

Les tirs amis

Personne n'échappe aux tirs nourris de Ted Cruz, qui ressemble souvent à un chasseur surexcité, le jour de l'ouverture de la chasse au canard. Mais ses attaques les plus cruelles, Monsieur les réserve à ses «frères» républicains trop conciliants. Ceux-là ont appris à leurs dépens que lorsque Ted Cruz entend le mot compromis, il pique une crise de nerfs.

À peine élu, Cruz reproche à ses collègues sénateurs de violer leur serment d'office. Il traite de «menteur» le leader républicain au Sénat, Mitch McConnell. Et, pour finir, il accuse le républicain Chuck Hagel, deux fois décoré pour bravoure, au Viêtnam, d'avoir reçu de l'argent de puissances ennemies. 

«Au fond, peut-être que Ted Cruz est vraiment le grand leader rassembleur dont les États-Unis ont besoin», s'était moqué l'humoriste Trevor Noah. «De mémoire récente, il est le premier candidat qui ait réussi à se faire détester autant par ses adversaires démocrates que par ses "alliés" républicains.»

Barack Castro ou Fidel Obama?

Tous les politiciens exagèrent. On ne prononce pas des milliers de discours sans commettre un faux pas, ici et là. Mais avec Ted Cruz, l'énormité devient la règle. Dans ses discours fanatiques contre l'avortement, le sénateur ne se contente pas de dénoncer l'organisation responsable du planning familial. Non. Il veut poursuivre les administrateurs en justice. Il rêve de les jeter en prison.

Avec Ted Cruz, les fonctionnaires deviennent des insectes qu'il faut purger à l'insecticide. Mais l'ennemi suprême demeure la réforme de l'assurance maladie du président Barack Obama. La réforme Obamacare est au sénateur ce que Moby Dick est au capitaine Achab. Une créature qu'il faut anéantir, à n'importe quel prix.

Ne reculant devant rien, Cruz accuse Obamacare d'avoir fait perdre des «millions» d'emplois, à travers les États-Unis. Pire, il compare «l'oppression» engendrée par la réforme à «l'oppression» engendrée par l'instauration du communisme à Cuba, sous Fidel Castro. Sachant que le sénateur est le fils d'un Cubain ayant fui son pays, après la révolution, l'exagération laisse pantois.

Une vedette est née

Ironie du sort, c'est Obamacare qui permet à Ted Cruz de signer son acte de naissance politique. En effet, le 24 septembre 2013, le fringant sénateur prononce un discours de 21 heures contre la réforme honnie sur le plancher du Sénat. Du pur spectacle. Mais la cible est atteinte. Une vedette politique vient de naître.

Dès lors, Ted Cruz soigne son image de futur candidat ultraconservateur à la présidence. Quitte à forcer la note. Par exemple, Monsieur n'est pas l'unique républicain à nier le réchauffement climatique. En revanche, il est le seul à comparer son «courage» sur la question à celui de... Galilée.

Le vrai modèle politique de Cruz, cela reste l'ancien président Ronald Reagan. Mais au fond, le sénateur peut se féliciter d'être trop jeune pour l'avoir connu. Ça lui évite d'avoir à se souvenir que M. Reagan a favorisé le contrôle des armes, les hausses de taxes et même de l'avortement, du temps où il était gouverneur de la Californie (1967-1975).

Dans le Parti républicain de Ted Cruz, cela suffirait probablement à le faire passer pour un hérétique. Voire pour un dangereux gauchiste... 

Un diable très techno

Le 23 mars 2015, quand il se porte candidat à l'investiture républicaine, Ted Cruz déborde de confiance. Certes, un sondage CNN/ORC lui donne à peine 4 % des suffrages parmi les républicains. Mais Monsieur pense que le temps joue en sa faveur. Il se présente comme le candidat anti-establishment. L'enfant chéri du Tea Party. Bref, il touche plusieurs bons filons.

Ted Cruz ne laisse rien au hasard. Même son humour anti-Washington est réglé au quart de tour. Sa blague préférée revient sur la campagne visant à changer le nom d'une équipe de football, les Redskins de Washington, que certains jugent «offensant». «Il y a une façon très simple de régler le problème, explique-t-il. Enlevons le mot Washington

Plus tard, Ted Cruz constitue «une équipe nationale de prière», chargée d'établir «une communication directe» avec les milliers d'Américains qui parlent à Dieu. Un incontournable, pour un candidat affirmant «qu'un président qui ne commence pas la journée à genoux, pour prier Dieu, ne mérite pas de diriger les États-Unis». 

Dans ses messages, l'équipe nationale de prière présente la campagne Cruz comme une lutte sans merci entre le paradis et l'enfer. Le diable y est décrit comme un bourreau de travail. Un vrai sacripant, qui prend un malin plaisir à engendrer des problèmes techniques au sein de l'organisation. Dans l'Évangile selon Cruz, Dieu est amour, mais il semble un peu techno-twit sur les bords...

«Le sable brillera dans le noir»

Hélas, pour Ted Cruz, les choses ne se déroulent pas comme prévu. En juin, le milliardaire Donald Trump apparaît dans le paysage. À la surprise générale, il devient le favori des républicains. Et la campagne prend une direction imprévue.

Dans un premier temps, Ted Cruz ménage le meneur. Ça lui évite d'attirer ses attaques dévastatrices. Et puis, comme tout le monde, Cruz estime que Trump constitue un phénomène passager.

Pour neutraliser son adversaire, le sénateur Cruz imite ses positions controversées. Trump veut construire un mur avec le Mexique? Lui aussi! Trump n'aime pas les musulmans? Lui aussi! Dans un excès de testostérone, Cruz promet aussi de bombarder l'État islamique jusqu'à ce que le sable du désert «brille dans le noir».

Peine perdue. Trump creuse l'avance. Le plus souvent, Ted Cruz bataille pour la deuxième place avec le sénateur de la Floride, Marco Rubio. Une lutte sans merci qui fait mal aux deux candidats. Comme l'a dit un commentateur : «Ted Cruz oublie souvent la sagesse du vieux pirate viking: "Toujours se souvenir de piller avant de brûler."»

L'anti-Trump

Nous voilà à la mi-mars. À la veille de primaires cruciales en Floride, en Illinois et en Ohio, Donald Trump semble se diriger vers la victoire. Paniqué, l'establishment républicain redoute que «l'imprévisible» Trump détruise le parti. Récemment, lors d'un débat, il a même discuté de la taille de son pénis!

Un mouvement intitulé «N'importe qui sauf Trump» est lancé. Sans trop de succès. Il faudrait que tous les anti-Trump se rallient derrière le candidat, le mieux placé. Autrement dit, Ted Cruz. Oui, Cruz. Le sénateur qui plantait des poignards dans le dos de ses collègues. Celui que plusieurs républicains décrivaient naguère comme un dangereux illuminé...

Le temps presse. Ted Cruz pourra-t-il rattraper Donald Trump? Pour l'instant, rien n'est moins sûr. Même la droite religieuse semble divisée. Une vraie gifle pour Ted Cruz, quand on sait que le milliardaire Trump n'essaie même pas de jouer les hommes religieux.

«Monsieur Trump, est-ce qu'il vous arrive de demander pardon au Christ?» avait demandé un journaliste du Christian Broadcasting Network, l'été dernier.

Le candidat Trump l'avait regardé avec étonnement, avant de répondre un retentissant «Non!»

Ouille. Faut-il y voir la preuve ultime qu'on ne gagne pas les élections avec des prières?

Ted Cruz en cinq dates

1970: Naissance le 22 décembre à Calgary, en Alberta. Pour devenir président des États-Unis, il doit renoncer à la citoyenneté canadienne.

201: Élu sénateur du Texas le 6 novembre. Il devient l'un des porte-voix de l'aile ultraconservatrice du Parti républicain.

2013: Le 24 septembre, il prononce un discours de 21 heures pour retarder le financement de la réforme de l'assurance maladie Obamacare.

23 mars 2015: Annonce sa candidature à la présidence des États-Unis.

1er février 2015: Remporte le caucus de l'Iowa, qui marque le début de l'investiture républicaine. Au cours des semaines suivantes, il récolte une majorité de délégués dans six autres États, notamment le Texas.

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