Dans l'antre de la brigade anticontrebande d'animaux

Sylvia Gaudio montre un squelette de crocodile saisi. Les... (AFP, Diego Urdaneta)

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Sylvia Gaudio montre un squelette de crocodile saisi. Les stratagèmes des trafiquants ne cessent de l'étonner.

AFP, Diego Urdaneta

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Diego Urdaneta
Agence France-Presse
Miami

Carlos Pages n'est pas un «douanier» comme les autres. Chaque fois qu'il ouvre un sac ou un cageot à l'aéroport de Miami, cet Américain doit prendre les plus grandes précautions pour éviter qu'un cobra venimeux ou une autre bête plus ou moins dangereuse ne lui saute au visage.

Son métier: inspecteur au service de la faune américaine à Miami, en Floride, plaque tournante aux États-Unis de la contrebande d'animaux sauvages ou de produits dérivés d'espèces menacées.

«Il y a eu des cas où nous avons ouvert un caisson de bois et où un mamba se retrouvait en liberté juste devant nous... Un vrai danger pour nous», confie-t-il à propos de l'un des serpents les plus venimeux d'Afrique.

Expert en reptiles, Carlos Pages passe aujourd'hui ses journées à l'aéroport de Miami à inspecter tout ce qui est animal, des poissons vivants aux rhinocéros.

Ce jour-là, lui et ses collègues ouvrent soigneusement, minutieusement, une grande caisse contenant des reptiles vivants en utilisant des outils bien spéciaux, afin de garder à distance huit cobras royaux et des lézards à collerette.

Après avoir jeté un coup d'oeil à l'intérieur de la caisse grâce à une caméra miniature, les inspecteurs y plongent de longues pinces pour ouvrir des sacs de jute contenant chacun un cobra, puis ils glissent un tube de verre cylindrique pour voir leurs invités au sang froid sans crainte d'être mordu.

Dans ce cas-ci, tout est en ordre. En Floride, il est permis de garder chez soi un serpent venimeux si son propriétaire dispose d'un permis à cet effet. Mais les inspecteurs, eux, doivent néanmoins s'assurer que rien d'illégal n'entre au pays ou ne sorte des États-Unis.

Deuxième trafic après la drogue

Toutes les inspections ne se déroulent pas aussi bien, loin de là. Les inspecteurs identifient des irrégularités dans un tiers des cargaisons, indique Tom MacKenzie, porte-parole de l'Autorité américaine des pêches et de la faune (USFWS) pour le sud-est des États-Unis.

Les problèmes sont variés: défaut de permis, cargaison ou bagage comprenant un animal de trop, transport illégal d'un spécimen d'une espèce en danger ou de souvenirs en ivoire provenant d'espèces menacées...

Avec ses nombreux vols vers l'Amérique latine, le reste des États-Unis et l'Europe, Miami et son aéroport se sont imposés comme une véritable plaque tournante du commerce illégal d'animaux sauvages.

Après avoir jeté un coup d'oeil à l'intérieur... (AFP, Diego Urdaneta) - image 2.0

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Après avoir jeté un coup d'oeil à l'intérieur de la caisse grâce à une caméra miniature, les inspecteurs y plongent de longues pinces pour ouvrir des sacs de jute contenant chacun un cobra, puis ils glissent un tube de verre cylindrique pour voir leurs invités au sang froid sans crainte d'être mordu.

AFP, Diego Urdaneta

Carlos et ses collègues ne chôment pas: ils sont 10 inspecteurs pour contrôler 13 000 cargaisons par an comprenant des animaux déclarés.

«L'un de nos principaux défis, c'est d'en faire le plus possible avec les moyens du bord. Pour réussir, nous affinons nos techniques», note Carlos. «Nous essayons toujours de ne pas nous laisser distancer par les exportateurs et les importateurs [illégaux , ndlr]. Mais ils ont un peu d'avance sur nous» en termes d'astuces, déplore-t-il.

Et pour cause. Les contrebandiers roulent sur l'or. «Le marché illégal d'animaux sauvages est une industrie milliardaire, seul le commerce illégal de la drogue la devance» aux États-Unis, note M. MacKenzie, de l'USFWS.

À la question de la protection d'espèces en danger s'ajoute celle de la biodiversité, car lorsqu'un animal est introduit dans un nouvel environnement, il risque de déséquilibrer un écosystème. C'est déjà le cas en Floride avec les pythons birmans, les poissons scorpions et les tégus d'Argentine, toutes des espèces invasives.

Du croco caché sous le cuir de vache

Les stratagèmes des trafiquants ne cessent d'étonner Sylvia Gaudio, une autre membre de la brigade de contrôle des animaux à l'aéroport de Miami. Une carapace de tortue du Nicaragua, des peaux de félins, des objets d'artisanat en ivoire et une araignée géante séchée s'accumulent sur sa grande table où sont rassemblés des objets confisqués.

«Regardez! Ça, c'était une cargaison commerciale de bottes de cuir. C'était inscrit sur les papiers "cuir de vache ordinaire"», raconte-t-elle.

S'il s'agissait bien de bottes, celles-ci avaient pourtant un je-ne-sais-quoi qui a titillé les douaniers...

«Lorsque nos inspecteurs les ont regardées de plus près, ils se sont aperçus que quelque chose clochait. Nous avons donc poussé l'inspection et décollé le cuir, pour conclure qu'il s'agissait en fait de bottes en crocodile», recouvertes de cuir de vache pour cacher leur origine, relate Mme Gaudio.

Autre espèce, autre astuce. Certains trafiquants voyagent avec des ceintures spéciales leur permettant de dissimuler de petits oiseaux, ajoute-t-elle. Certains de ces volatiles viennent de Cuba et meurent lors du trajet. Ceux qui survivent peuvent rapporter un magot aux trafiquants... si ceux-ci arrivent à berner la brigade de Carlos et Sylvia.

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