L'ONU condamne le lancement d'une fusée par la Corée du Nord

L'ambassadeur du Japon à l'ONU, Motohide Yoshikawa (gauche),... (AP, Mark Lennihan)

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L'ambassadeur du Japon à l'ONU, Motohide Yoshikawa (gauche), et l'ambassadeur de la Corée du Sud à l'ONU, Oh Joon, entourent Samantha Power, l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU

AP, Mark Lennihan

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André Viollaz
Agence France-Presse
New York

Le Conseil de sécurité de l'ONU a «condamné fermement le lancement» d'un missile balistique par la Corée du Nord dimanche et s'est engagé à «adopter rapidement une nouvelle résolution», en chantier depuis plusieurs semaines, pour alourdir les sanctions contre Pyongyang.

Il s'agit de «violations dangereuses et graves» des résolutions de l'ONU, qui interdisent à Pyongyang toute activité nucléaire ou balistique sous peine de sanctions.

La Chine s'est ralliée à cette déclaration largement symbolique, mais n'a donné dimanche aucune indication qu'elle était prête à accroître nettement la pression sur son allié.

Les négociations entre Washington et Pékin sur une nouvelle résolution piétinent en raison des réticences chinoises.

Pour l'ambassadeur chinois Liu Jieyi, la résolution devra «réduire la tension, oeuvrer à la dénucléarisation et au maintien de la paix et de la stabilité et promouvoir une solution négociée».

Son homologue russe Vitali Tchourkine a plaidé pour une résolution «raisonnable, (...) qui ne mène pas à l'effondrement économique de la Corée du Nord», une des hantises de Pékin.

Selon le Conseil, le tir nord-coréen a «utilisé la technologie des missiles balistiques». Il contribue ainsi «au développement par la Corée du Nord de systèmes de vecteurs d'armes nucléaires», c'est-à-dire de missiles intercontinentaux à tête nucléaire capables d'atteindre les États-Unis.

Le tir, qui a suscité un tollé international, sonne comme un nouveau défi lancé par le régime communiste après déjà son essai nucléaire du 6 janvier et risque d'accroître les tensions dans la péninsule coréenne.

Le fait que le dernier étage de la fusée équipée d'un satellite soit parvenu à atteindre son orbite n'a pas pu être confirmé. Mais un responsable américain de la défense a déclaré qu'un engin semblait «avoir gagné l'espace».

Une présentatrice de la télévision officielle nord-coréenne a expliqué que ce tir, ordonné personnellement par le dirigeant Kim Jong-Un, avait permis «de placer en orbite avec succès notre satellite d'observation de la Terre Kwangmyong 4».

La Corée du Nord ne fait qu'exercer son droit légitime à une utilisation «pacifique et indépendante» de l'espace, a-t-elle ajouté.

Pyongyang soutient que son programme spatial est purement scientifique, mais la communauté internationale l'accuse de couvrir ainsi des essais de missiles balistiques.

Condamnations 

Les condamnations n'ont pas tardé.

Le secrétaire d'État américain John Kerry, qui s'est entretenu par téléphone avec ses homologues japonais et sud-coréen dimanche, a dénoncé une «violation flagrante» des résolutions de l'ONU, Tokyo un tir «absolument intolérable», Moscou un acte «très dommageable» que Londres a condamné «fermement».

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a jugé le tir «profondément déplorable», le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a appelé la Corée du Nord à «s'abstenir de toute nouvelle action provocatrice» alors que la présidente sud-coréenne Park Geun-Huye réclamait des «mesures punitives fortes» et que Paris exigeait une «réaction rapide et sévère de la communauté internationale».

Les responsables américains et sud-coréens de la défense ont annoncé l'ouverture immédiate de pourparlers sur le déploiement en Corée du Sud d'un système de défense antimissiles américain.

«Il est temps d'avancer sur cette question», a dit le général américain Thomas Vandal, commandant de la 8e armée basée en Corée du Sud.

La Chine a déjà fait savoir qu'elle était fermement opposée au déploiement de ce système dit THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) si près de sa frontière.

«Quand un pays cherche à assurer sa propre sécurité, il ne doit pas altérer les intérêts sécuritaires des autres pays», a déclaré à ce sujet le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hua Chunying, ajoutant que de telles initiatives pouvaient porter préjudice à la stabilité de la région.

L'état-major sud-coréen interarmées a lui expliqué que les exercices militaires menés chaque année avec les États-Unis, décriés par Pyongyang, seraient les plus importants jamais menés.

Moment bien choisi 

Les États-Unis, Tokyo et Séoul avaient averti la Corée du Nord qu'elle payerait un prix très lourd pour tout lancement de fusée mais, d'après les analystes, Pyongyang a soigneusement choisi son moment pour minimiser les répercussions.

«La Corée du Nord a vraisemblablement fait le calcul qu'avec un lancement aussi rapproché de son essai nucléaire, les sanctions consécutives à cet essai ne seraient renforcées qu'à la marge», a commenté Alison Evans, analyste chez IHS Jane's.

La Chine s'est bornée à «exprimer ses regrets».

L'entêtement nucléaire nord-coréen contrarie vraisemblablement Pékin. Mais l'idée qu'un effondrement du régime nord-coréen permette l'avènement d'une Corée réunifiée alignée sur les États-Unis lui est plus intolérable encore.

Le dernier tir de fusée nord-coréen datait de décembre 2012.

Les spécialistes estiment que la Corée du Nord est encore loin de pouvoir développer un programme crédible de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM).

D'après eux, mettre une fusée en orbite est plus simple que maîtriser la technologie nécessaire à la rentrée dans l'atmosphère, après la phase de vol balistique, d'un missile équipé d'une charge nucléaire.

Selon John Schilling, ingénieur en aérospatiale, «la Corée du Nord n'a jamais démontré qu'elle était capable de construire un véhicule pouvant rentrer dans l'atmosphère et survivre».

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