Clinton et Trump chancelants

Au lendemain de sa victoire extrêmement serrée face... (AP, Elise Amendola)

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Au lendemain de sa victoire extrêmement serrée face à Bernie Sanders (49,8 % c. 49,6 % des voix) dans l'Iowa, la candidate démocrate Hillary Clinton a pris la pose avec des employés d'un supermarché de Manchester (New Hampshire), en compagnie de son mari Bill Clinton.

AP, Elise Amendola

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Ivan Couronne, Anne Renaut
Agence France-Presse
Des Moines

Après le vote en Iowa et à une semaine de celui du New Hampshire, la course aux primaires présidentielles apparaissait mardi plus ouverte que jamais, avec les favoris Donald Trump et Hillary Clinton désormais vulnérables face à un électorat visiblement en colère contre les élites.

Le milliardaire et favori des sondages Donald Trump a subi un net revers en terminant deuxième de la primaire républicaine lundi dans l'Iowa, tandis qu'Hillary Clinton a gagné sur le fil du rasoir face à son rival «socialiste démocrate» Bernie Sanders.

Le grand vainqueur républicain est le sénateur ultraconservateur du Texas Ted Cruz, qui obtient 27,7 % des voix et devance Donald Trump (24,3 %). Le sénateur de Floride Marco Rubio, fils d'immigrés cubains, a surpassé les pronostics en raflant 23,1 % des voix, à un cheveu du milliardaire. Jeb Bush est quasiment inexistant, terminant sixième avec 2,8 % des voix.

Chez les démocrates, Hillary Clinton l'a emporté avec une infime avance (0,2 point) sur Bernie Sanders, avec 49,8 % des voix, contre 49,6 % pour son rival, faisant de l'Iowa le scrutin le plus serré jamais vu pour ce parti. Elle obtient juste quatre délégués de plus que Sanders.

L'enjeu de cette première étape était d'abord symbolique, car le nombre de délégués en jeu est négligeable, seulement 1 % du total pour l'investiture.

Mais c'était la première fois que Donald Trump, qui a tenu des propos polémiques contre les immigrés et les musulmans, tentait de concrétiser dans les urnes la cote exceptionnelle qui est la sienne depuis l'été dernier dans les sondages.

L'air invincible

Le nouveau venu en politique n'a pas réussi aussi bien que Ted Cruz à mobiliser ses partisans lundi. Le vote de protestation, anti-élites, s'est divisé entre lui et le sénateur texan, qui a aussi bénéficié du soutien des chrétiens évangéliques.

«Bien qu'il ait jusqu'à présent eu l'air invincible, la réalité est qu'une majorité de républicains ont une mauvaise impression de lui», estime David Redlawsk, politologue à l'Université Rutgers.

Trump a fait profil bas, restant 15 heures sans tweeter avant de se féliciter de terminer quand même deuxième et de douter de l'efficacité de sa décision d'autofinancer sa campagne.

«La leçon pour Donald Trump est qu'il doit apprendre à ménager les attentes», ajoute David Redlawsk. «Il a tellement basé sa campagne sur le fait qu'il est un gagnant et qu'il fera gagner l'Amérique, que lorsqu'il perd, il est moins crédible.»

Hillary Clinton a laissé éclater sa joie mardi après sa victoire, très courte pourtant, dans l'Iowa, où elle avait essuyé une cinglante défaite en 2008 face au sénateur Barack Obama.

«Je suis tellement heureuse de venir dans le New Hampshire après avoir gagné l'Iowa! Je peux vous le dire, j'ai gagné et j'ai perdu là-bas. Et c'est tellement mieux de gagner!» a déclaré Mme Clinton mardi dans le New Hampshire.

Mais dans le camp de Bernie Sanders, quasi inconnu au niveau national avant son entrée en campagne, on considérait qu'égaler l'ex-favorite Hillary Clinton était un succès.

Sanders a évoqué mardi sur CNN «l'une des nuits [les plus] importantes de [sa] vie», rappelant avoir commencé sa campagne «à 40, 50 points derrière» Hillary Clinton.

Rude bataille

Reste à savoir si les gagnants de l'Iowa seront aussi performants dans le New Hampshire, où se trouvaient déjà quasiment tous les candidats mardi. «La bataille sera rude jusqu'au bout» dans cet État du nord-est des États-Unis, car il est le «jardin» de Sanders, sénateur du Vermont voisin, a reconnu un conseiller en stratégie de Clinton, Joel Benson.

Il a d'ailleurs défendu les arguments d'Hillary Clinton auprès des jeunes, un électorat davantage séduit par Sanders.

Mais la suite des primaires semble plus propice à la candidate. Onze États voteront le 1er mars pour répartir 21 % des délégués démocrates pour l'investiture. Or, beaucoup se situent dans le Sud, où l'électorat noir lui est acquis.

Quant à l'avance de l'homme d'affaires Donald Trump dans les sondages, qui le placent loin devant dans le New Hampshire, on ne sait pas si elle s'effritera après sa deuxième place dans l'Iowa.

«Demain, nous serons dans le New Hampshire [...] et nous nous battrons», avait-il lancé dans un discours sobre lundi soir. Il devait y tenir une rencontre à Milford mardi soir.

Ted Cruz y tenait également deux rencontres mardi, ainsi que Marco Rubio, qui a fait une étonnante percée et pourrait devenir le favori de l'establishment du parti républicain, se présentant comme le seul capable de rassembler les ailes conservatrices et centristes du parti.

«Quand je serai le candidat investi, nous unifierons ce parti», a déclaré Marco Rubio, 44 ans.

Quant à Ted Cruz, 45 ans, sa victoire a été éclatante dans l'Iowa pour un homme considéré avant cette campagne comme trop extrême au sein de son propre parti.

Plus de 90 % des votants républicains de lundi se disaient «en colère» ou insatisfaits de l'État fédéral, selon les sondages réalisés à l'entrée des bureaux de vote de l'Iowa.

Les leçons du scrutin de l'Iowa

Les électeurs de l'Iowa ont accompli leur mission lundi en resserrant la course des primaires présidentielles à une poignée de candidats. Voici les principaux enseignements du scrutin à l'approche des prochains rendez-vous du calendrier électoral, à commencer par le New Hampshire le 9 février.

Trump, géant aux pieds d'argile

Le milliardaire Donald Trump était en tête de tous les sondages réalisés depuis deux semaines dans l'Iowa, mais il a terminé deuxième du scrutin avec 24 % des voix, contre 28 % pour Ted Cruz, car ses partisans ne se sont pas autant mobilisés que ceux du sénateur du Texas.

«Bien qu'il ait jusqu'à présent eu l'air invincible, la réalité est qu'une majorité de républicains ont une mauvaise impression de lui», estime David Redlawsk, politologue à l'Université Rutgers. «L'attention médiatique portée sur lui allait bien au-delà de la réalité, et la réalité des électeurs l'a rattrapé.»

Mais, tempère Cary Covington, professeur de sciences politiques à l'Université de l'Iowa, la forte proportion de chrétiens évangéliques dans l'État était depuis le départ un obstacle pour le milliardaire, pas vraiment connu pour sa foi. «La suite des primaires lui est plus favorable», dit-il, notamment les primaires du 9 février dans le New Hampshire.

La colère des électeurs est réelle

Plus de 90 % des votants républicains de lundi se disaient «en colère» ou insatisfaits de l'État fédéral. Les deux hommes en tête du scrutin républicain, Donald Trump et Ted Cruz, ont bâti leurs candidatures sur le rejet des élites politiques et des dirigeants actuels des deux partis, et le message a payé. «Ces voix sont les voix dominantes», analyse Cary Covington. «Et Bernie Sanders, dans une autre direction, est alimenté par cette impatience du changement du côté démocrate.»

Le sénateur socialiste démocrate du Vermont, avec son discours révolutionnaire anti-élites, a raflé 84 % des voix des moins de 30 ans pour se hisser à quasi-égalité avec Hillary Clinton, qui était autrefois la grande favorite de l'investiture. «Son message fonctionne, les gens sont venus voter. Sanders a montré qu'il y avait une faim dans l'électorat démocrate de l'Iowa pour ce genre de message», constate David Redlawsk.

Rubio, l'homme du consensus?

C'est la surprise du scrutin républicain : le sénateur de Floride a obtenu 23 % des voix, surpassant les 15 ou 17 % que lui accordaient les sondages. Excellent orateur, il a conquis dans la dernière semaine, à force de rencontres, les électeurs en quête d'un candidat plus rassurant que l'ultraconservateur Ted Cruz ou que Donald Trump.

Sa troisième place pourrait l'aider à devenir le favori de l'establishment du parti républicain.

«L'establishment ne veut pas de Trump ou de Cruz», dit Cary Covington, mais les barons et les grands donateurs du parti ne savaient pas qui sauraient leur tenir tête. «Rubio est leur réponse», prédit-il.

Conséquence : une mauvaise place des autres candidats naturels de l'establishment, les gouverneurs John Kasich, Jeb Bush et Chris Christie aux primaires du New Hampshire pourraient signifier la fin de l'aventure.

Jeb Bush, en particulier, est en péril. «Le New Hampshire est une question de vie ou de mort pour lui», lâche Joseph Cammarano, professeur au Providence College.

Hillary Clinton, vivement mars

La candidate démocrate a revendiqué une très courte victoire dans l'Iowa, bien que les résultats soient quasiment à égalité. Mais l'important est d'avoir évité une redite de 2008, quand Barack Obama et John Edwards l'avaient battue dans l'Iowa.

Le New Hampshire, le 9 février, s'annonce comme un mauvais moment à passer : Bernie Sanders est sénateur de l'État voisin et a une forte avance dans les sondages.

La démocrate devrait donc faire le dos rond et attendre une pluie de délégués qui viendront du Nevada (20 février), de la Caroline du Sud (27 février) et surtout de la dizaine d'États qui voteront le 1er mars, notamment dans le Sud où l'électorat noir peut dépasser la moitié des votants. Ce «super mardi» d'élections attribuera, à la proportionnelle, environ 21 % des délégués pour l'investiture.

«Son mari Bill Clinton a tissé des liens très forts avec les électeurs noirs pendant les années 1990», dit Cary Covington.

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