Une pénurie d'eau favorise Zika au Venezuela

L'obligation qu'ont les Vénézuéliens de stocker leur eau,... (AFP, Federico Parra)

Agrandir

L'obligation qu'ont les Vénézuéliens de stocker leur eau, qui devient rapidement stagnante, crée des conditions idéales pour la prolifération du moustique porteur du virus Zika.

AFP, Federico Parra

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Gerardo GUARACHE
Agence France-Presse
Caracas

Au pied de la montagne Avila qui entoure Caracas, Yurman Torres fait la queue pour remplir son bidon d'eau, une ressource devenue rare au Venezuela, obligeant les habitants à en stocker chez eux, ce qui pourrait accélérer la propagation du virus Zika.

«Que peut-on y faire? Nous devons venir tous les jours», raconte cet homme de 36 ans qui vient remplir ses deux bidons le matin, avant d'aller au travail.

Désabusé, il semble s'être habitué à cette pénurie qui s'ajoute à celles, quotidiennes, de biens aussi basiques que le café, l'huile ou le riz.

Mais alors que le Venezuela compte déjà 4700 cas suspects du virus Zika, une maladie qui touche 23 pays ou territoires du continent américain, le manque d'eau pourrait être un terreau fertile pour la propagation de la maladie.

Transmis par le moustique tigre et le moustique Aedes aegypti, également vecteurs de la dengue ou du chikungunya, le virus est en apparence bénin, s'accompagnant de symptômes grippaux, mais il est soupçonné de provoquer une grave malformation congénitale, la microcéphalie (taille réduite de la boîte crânienne, néfaste au développement intellectuel).

Selon le Dr Julio Castro, professeur à l'Institut de médecine tropicale de l'Université centrale, la difficulté de trouver de l'eau potable est un facteur de risque : nombre d'habitants se voient obligés de recueillir et de stocker de l'eau chez eux, créant ainsi le terrain idéal pour le moustique, qui prolifère dans les eaux stagnantes des zones humides et tropicales.

Il estime que les chiffres officiels sont largement inférieurs à la réalité, évaluant à au moins 250 000 le nombre de cas de Zika enregistrés au Venezuela ces derniers mois.

«Ma belle-fille s'est réveillée ce matin avec ce qui me semble les symptômes», raconte Maryori Magallanes, enseignante de 50 ans, tandis que les autorités procèdent à la fumigation de sa maison pour tuer les moustiques.

«J'ai une nièce qui est enceinte et ils disent que c'est assez risqué», s'inquiète-t-elle, dans ce pays en pleine crise économique où les médicaments font aussi cruellement défaut.

45 % de pluies en moins

La situation est telle que le Parlement, contrôlé depuis peu par l'opposition, vient de voter un accord pour chercher des solutions au manque d'eau, s'inquiétant que «les 18 plus grands réservoirs de fourniture d'eau potable du pays sont proches du niveau minimum».

Dans l'ouest de Caracas, des files de camions-citernes se forment face à un déversoir destiné normalement à l'arrosage des jardins publics, mais désormais consacré à la consommation.

«Nous mettons du temps à remplir et des queues se forment», se plaint l'un des camionneurs, qui ne veut pas donner son nom.

Le gouvernement impose un sévère rationnement d'eau, le justifiant par le retard pris par la saison des pluies, pour la troisième année consécutive, un effet du phénomène météorologique El Niño.

«Le volume de pluies depuis 2013 est inférieur de 45 % aux années antérieures», a expliqué le ministre de l'Eau Ernesto Paiva. «Il faut prendre des mesures dans l'attente de la saison des pluies, prévues pour avril».

Mais le problème n'est pas nouveau, rappelle José Maria de Viana, ex-président de Hidrocapital, gestionnaire public des aqueducs de la région nord.

L'État «a arrêté de faire les investissements nécessaires pour améliorer l'infrastructure qui permettrait de garantir la fourniture» d'eau potable, regrette-t-il.

Un fleuve, pas de réservoirs

Le Venezuela compte pourtant l'un des fleuves au débit le plus important du continent américain, le fleuve Orinoco, mais au cours des 18 dernières années, seuls deux nouveaux réservoirs ont été construits, un nombre insuffisant compte tenu de la croissance démographique.

«Les entreprises d'eau potable sont très faibles institutionnellement, avec un équilibre financier précaire qui les empêche d'investir», note José Maria de Viana.

La sécheresse frappe particulièrement le nord du pays, éloigné des sources principales, notamment l'État de Falcon, dans le nord-ouest, qui a d'ailleurs été placé en état d'alerte en juillet.

Restrictions pour certains donneurs de sang

En raison du virus Zika, le Canada et les États-Unis envisagent d'imposer sous peu des restrictions aux donneurs de sang qui ont récemment voyagé en Amérique du Sud. Au Canada, les autorités de la santé publique pourraient annoncer des mesures dès la semaine prochaine. En entrevue au Globe and Mail, la Dre Dana Devine, chef de la division des services médicaux et de l'innovation de la Société canadienne du sang, a précisé que les Canadiens qui ont séjourné dans les pays à risque dans les dernières semaines pourraient être empêchés de faire des dons de sang pendant une certaine période. La Dre Devine précise que les risques de contracter le virus Zika par le sang sont minimes, ajoutant que ce n'est toutefois pas «impossible». Aux États-Unis, la situation est à l'étude, a déclaré le docteur Anthony Fauci, chef de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses. La Presse Canadienne

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer