«Le futur est malheureusement rouge»

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Appelé à commenter et à tenter d'expliquer le drame qui a frappé la capitale du Burkina Faso vendredi, revendiqué par Al-Qaida au Maghreb islamique, Noomane Raboudi, professeur à l'Université d'Ottawa, a vivement critiqué les politiques occidentales dans la lutte contre le terrorisme, et ce, depuis le 11 septembre 2001.

Associated Press

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(Québec) «J'aurais aimé vous dire le contraire, mais je pense qu'il va y avoir encore plus de sang, de violence et de morts. Nous sommes arrivés au stade où il est trop tard pour trouver une solution. Le processus est engagé.»

Ces mots sombres sont de Noomane Raboudi, professeur à l'Université d'Ottawa, spécialiste des questions sur le terrorisme islamiste au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Appelé à commenter et à tenter d'expliquer le drame qui a frappé la capitale du Burkina Faso vendredi, revendiqué par Al-Qaida au Maghreb islamique, ce dernier a vivement critiqué les politiques occidentales dans la lutte contre le terrorisme, et ce, depuis le 11 septembre 2001.

«On refuse de regarder le problème dans sa globalité», a-t-il tranché d'entrée de jeu. «On fait du cas par cas et on regarde le problème seulement comme une pathologie sociale.»

Selon lui, les pays occidentaux qui mènent la guerre contre le terrorisme pointent exagérément vers une structure, un groupe organisé comme Al-Qaida ou l'État islamique (EI). En 2001, la cible était presque uniquement Oussama ben Laden.

Mais d'après le professeur, il faut plutôt s'attaquer à une idée véhiculée allègrement par les groupes terroristes, qui instrumentalisent les interventions militaires occidentales pour faire du recrutement ou encourager de nouveaux attentats.

Il voit le terrorisme comme le produit de deux dynamiques qui s'opposent, dont une est culturelle et l'autre est le fruit «des politiques étrangères occidentales qui sont désastreuses», particulièrement au Moyen-Orient.

Dans cette optique, il voit l'EI et Al-Qaida comme des «multinationales d'idées», dont l'une d'entre elles est le terrorisme. Le discours anti-occidental des terroristes partirait du constat que «l'Occident fait la guerre à l'islam». «Il propage, légitime et essaie de convaincre ceux qui sont plus ou moins ouverts à ce type de discours de passer à l'acte. Ben Laden l'a déjà dit dans une entrevue avant le 11 septembre à Al-Jazeera. "Ils tuent nos innocents, alors on va tuer les leurs."»

Et comme ces groupes «n'ont pas les moyens technologiques de l'Occident», ils font plutôt appel à des méthodes non conventionnelles, comme des attentats.

Rendant la chose encore plus «macabre», l'expert voit même, depuis l'arrivée de l'EI, une forme «de concurrence» chez les groupes terroristes. «Il y a une sorte de concurrence entre Al-Qaida et l'EI. Qui sera le plus efficace dans la destruction du mode de vie occidental?»

France, Canada, Tunisie, Turquie, Mali, Indonésie, tous ces pays ont vécu des attaques qui sont le fruit de cette «multinationale», croit M. Raboudi. Et tant et aussi longtemps que les pays engagés dans la guerre au terrorisme refuseront, tous ensemble, d'envisager le problème «de façon globale», il n'y aura pas de victoire contre le terrorisme, plaide-t-il.

Déplorant que ses propos ne soient pas très populaires chez ses interlocuteurs au gouvernement canadien, M. Raboudi est convaincu que le terrorisme actuel, très actif, ne ralentira pas sans changement d'approche. «Le futur est selon moi malheureusement rouge.»

États vulnérables

S'il voit le terrorisme comme un problème sans frontières, M. Raboudi convient que certains enjeux locaux favorisent de telles attaques. L'attentat qui a fait 29 morts au Burkina Faso, dont six Québécois, en est un exemple.

«C'est un État faible qui n'a pas les moyens de faire une lutte acharnée et bien institutionnalisée contre le terrorisme islamiste. C'est aussi une région qui souffre de pas mal de problèmes identitaires. C'est le genre de contexte que le terrorisme adore», a-t-il analysé.

Ces crises peuvent se produire sur différents éléments : partages de pouvoir ou de richesse, frontières artificielles, minorités ethniques, etc. «C'est très compliqué. Et c'est là l'explication que trouvera toute la communauté internationale, à vraiment combattre ce nouveau cancer du XXIe siècle.»

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