Les Taïwanais tournent le dos à Pékin

La chef du Parti démocratique progressiste, Tsai Ing-wen,... (AFP, Philippe Lopez)

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La chef du Parti démocratique progressiste, Tsai Ing-wen, a été élue avec quelque 60 % des voix, devenant ainsi la première femme présidente de Taïwan.

AFP, Philippe Lopez

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Benjamin Yeh, Michelle Yun
Agence France-Presse
Taipei

La candidate de l'opposition à Taïwan, Tsai Ing-wen, a enregistré samedi une victoire électorale écrasante pour devenir la première femme présidente de l'île, infligeant une défaite cinglante au parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), artisan du rapprochement avec Pékin.

D'après les chiffres communiqués par la télévision, la victoire de Mme Tsai, du Parti démocratique progressiste (PDP), prenait la forme d'un raz-de-marée, avec quelque 60 % des voix contre 30 % à Eric Chu, dont le KMT enregistre une déroute historique, qui se traduisait aussi par la perte - historique - de sa majorité au parlement.

La victoire de Mme Tsai va inévitablement compliquer, voire dégrader, les relations entre Taïwan et la Chine, selon des experts.

Censure

Dès que sa victoire a été connue, le nom de Tsai Ing-wen a été censuré sur Weibo, le principal réseau social de Chine, Pékin tentant de limiter le traitement médiatique de son élection et les discussions en ligne.

Cette victoire historique était dans l'immédiat rapportée a minima par l'écrasante majorité des sites chinois, qui parlaient d'«élections du dirigeant de la région de Taïwan», en évitant soigneusement le terme de «président» qui entérinerait la souveraineté de facto de l'île.

Plus tôt dans la journée, c'était le nom de la chanteuse taïwanaise Chou Tzu-yu, 16 ans, qui avait été banni de Weibo. Cette membre d'un groupe de pop sud-coréenne avait été contrainte de s'excuser pour avoir agité le drapeau taïwanais dans une vidéo. L'affaire, révélée le jour même des élections, a fait grand bruit à Taïwan, en ravivant la fierté identitaire de nombreux électeurs et en suscitant l'indignation des candidats à la présidentielle.

Message clair

En votant massivement pour la candidate du PDP, principal parti d'opposition, les Taïwanais ont clairement exprimé leur souhait de tourner le dos à des années de rapprochement avec Pékin. Le KMT a mené depuis depuis huit ans une politique inédite de réchauffement avec le régime communiste chinois sous l'égide de Ma Jing-jeou.

Le KMT a rapidement reconnu sa défaite samedi soir. «Je suis désolé... Nous avons perdu. Nous n'avons pas travaillé assez dur et nous avons déçu les attentes des électeurs», a déclaré Eric Chu, au siège du Kuomintang, alors que le comptage se poursuivait, cinq heures après la clôture du scrutin.

M. Chu a également annoncé que le KMT avait perdu sa majorité au Parlement, «un changement drastique et sans précédent» pour son parti. Le PDP a remporté pour la première fois la majorité des 113 sièges au parlement monocaméral aux législatives qui se déroulaient samedi également.

Eric Chu a annoncé sa démission comme chef du parti dans la foulée, s'inclinant profondément en signe de contrition devant les sympathisants en plein désarroi du KMT.

Mme Tsai va offrir à son parti sa deuxième présidence depuis les deux mandats de Chen Shui-bian (2000-2008). 

L'ancienne universitaire de 59 ans a bénéficié du malaise croissant suscité par les relations bilatérales avec Pékin et de la frustration d'une partie des 18 millions d'électeurs face à la stagnation économique.

Samedi soir, la foule s'était rassemblée à Taipei au quartier général du PDP. «La Chine n'a pas le droit de revendiquer Taïwan, et c'est ce que nous voulons dire au monde», a lancé Angela Shi, une électrice venue spécialement de San Francisco, où elle habite, pour voter.

Le dégel des relations avec Pékin avait culminé fin novembre avec le premier sommet depuis la séparation de la Chine continentale et de l'île de Taïwan il y a plus de 60 ans.

Mise en garde de Pékin

Malgré la signature d'accords commerciaux et un boom touristique à Taïwan, nombre d'habitants estiment qu'en étant devenue dépendante économiquement de Pékin, l'île a perdu de son identité et de sa souveraineté.

Beaucoup estiment aussi être les laissés-pour-compte d'une politique qui n'a profité qu'aux grandes entreprises.

Le territoire vit sa propre destinée depuis 1949, lorsque les nationalistes du KMT s'y étaient réfugiés après avoir été vaincus par les communistes.

Mais la Chine considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire qu'elle peut reprendre par la force le cas échéant.

Mme Tsai a expliqué que Taipei devait mettre fin à la dépendance économique envers Pékin, et qu'elle écouterait l'opinion publique en ce qui concerne les relations bilatérales.

Signe de son pragmatisme, elle a pris soin de souligner que le «statu quo» serait maintenu, mettant beaucoup d'eau dans le vin du discours traditionnellement indépendantiste du PDP.

Un consensus tacite conclu en 1992 entre Pékin et Taipei veut qu'il n'y ait qu'«une seule Chine» et laisse à chaque partie le loisir d'interpréter cela comme elle l'entend.

Il s'agit de tranquilliser Pékin, mais aussi les États-Unis, principal allié de Taipei, qui craignent pour la stabilité de la région.

Mme Tsai sait que la grande majorité des électeurs veulent aussi la paix, alors que le PDP n'a jamais reconnu ce consensus.

La Chine a d'ores et déjà averti qu'elle ne traiterait pas avec un dirigeant qui ne reconnaîtrait pas que Taïwan fait partie d'«une seule Chine».

La plupart des experts estiment inévitable une certaine dégradation des relations. Mais ils pensent que s'aliéner Taïwan irait à l'encontre du but ultime de Pékin, la réunification.

«Les relations vont être plus compliquées, moins prévisibles. Elles vont se détériorer, mais l'intérêt de Pékin, c'est de maintenir Taïwan dans la dépendance économique», estime Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.

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