La saga «El Chapo» digne d'un film d'Hollywood

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Dimanche, les premières pages des journaux mexicains reprenaient la photo montrant Sean Penn et le trafiquant de drogue «El Chapo» se serrant la main.

AFP, Alfredo Estrella

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Sylvain Estibal
Agence France-Presse
Mexico

La capture du trafiquant de drogue Joaquin «El Chapo» Guzman, après sa spectaculaire évasion, était déjà digne d'un film hollywoodien. Elle en prend encore plus l'allure après la révélation de sa rencontre dans la jungle avec l'acteur américain Sean Penn, que le Mexique souhaite désormais interroger.

«C'est exact, bien sûr, [nous voulons les entendre] afin de déterminer les responsabilités» de chacun, a indiqué dimanche à l'AFP une source du gouvernement fédéral sous couvert d'anonymat.

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Le secrétaire général de la Maison-Blanche Denis McDonough a vertement critiqué l'initiative de Sean Penn.

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Le secrétaire général de la Maison-Blanche Denis McDonough a vertement critiqué l'initiative de Sean Penn, déclarant sur la chaîne de télévision CNN qu'elle posait «beaucoup d'intéressantes questions» concernant l'acteur oscarisé «et les autres personnes impliquées dans cette prétendue entrevue. Nous verrons ce qui va se passer.»

La rencontre a déclenché des réactions parfois courroucées sur les réseaux sociaux, tandis que le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Marco Rubio l'a qualifiée de «grotesque».

Un journaliste peut interviewer un trafiquant de drogue, or «ce ne sont pas des journalistes», a ajouté une autre source du gouvernement mexicain, sans toutefois affirmer que Sean Penn et l'actrice mexicaine Kate del Castillo, qui a aidé à organiser l'entretien, avaient commis une faute en allant rencontrer le chef du cartel de Sinaloa.

Le magazine rock américain Rolling Stone a diffusé samedi l'entrevue d'«El Chapo» - diminutif de chaparro («courtaud»), allusion à son mètre soixante-quatre - faite par l'acteur accompagnée d'une photo prise le 2 octobre de la poignée de main entre l'acteur et le trafiquant, moustachu et portant une chemise en soie.

«El Chapo» Guzman, 58 ans, a accueilli Sean Penn en un lieu isolé dans la jungle en l'appelant «compadre» («compagnon») et en lui faisant une grande accolade. La rencontre a duré sept heures.

«Je fournis plus d'héroïne, de méthamphétamines, de cocaïne et de marijuana que n'importe qui dans le monde», explique Guzman dans une surprenante confidence entre deux gorgées de tequila.

Le chef du cartel de Sinaloa ne se considère pas comme un homme violent. «Tout ce que je fais, c'est me défendre.»

«J'ai une flotte de sous-marins, d'avions, de camions et de bateaux», ajoute-t-il pendant l'entretien.

Le gouvernement mexicain «a eu connaissance de cette rencontre», ce qui a aidé à capturer vendredi le trafiquant, a déclaré samedi à l'AFP une source gouvernementale sous couvert d'anonymat.

Malgré les efforts de Sean Penn pour garder le secret, il est peu probable que celui-ci fasse l'objet de poursuites, estime Mike Vigil, un ancien responsable de l'agence américaine antidrogue (DEA).

«Je doute sérieusement qu'il soit poursuivi, même s'il a pris des précautions extraordinaires pour éviter que les autorités se servent de son portable afin de remonter jusqu'au Chapo», souligne M. Vigil.

La procureure générale mexicaine Arely Gomez avait déclaré vendredi que Guzman avait été en contact avec des acteurs et des producteurs dans l'optique de réaliser un biopic sur sa vie, ajoutant que ces échanges avaient permis de le localiser.

Dans une autre vidéo diffusée par Rolling Stone, le trafiquant apparaît cette fois sans moustache, expliquant qu'il s'est tourné vers le trafic de drogue à l'âge de 15 ans parce qu'«il n'y avait pas de travail».

«Malheureusement, j'ai grandi dans un endroit où il n'y avait, et il n'y a pas d'autre façon de survivre», affirme Guzman.

Interrogé sur sa responsabilité par rapport à l'ampleur de la toxicomanie dans le monde, il répond : «C'est faux. Le jour où je n'existerai plus, cela ne réduira pas le trafic de drogue.»

Procédure d'extradition

L'entrevue de Rolling Stone a été publiée quelques heures après que le gouvernement mexicain eut annoncé ouvrir la voie à l'extradition vers les États-Unis de ce baron de la drogue.

Le président Enrique Pena Nieto s'était jusqu'alors refusé à toute extradition de Guzman, mais son évasion rocambolesque en juillet dernier a porté un coup très dur à la crédibilité des autorités mexicaines et a changé la donne.

«Avec la nouvelle arrestation de Guzman, il faudra enclencher les différentes procédures d'extradition», a fait savoir dans un communiqué le ministère de la Justice, sans donner de date pour un possible transfert vers les États-Unis.

De son côté, un des avocats du trafiquant, Juan Pablo Badillo, s'est engagé à porter le cas jusqu'à la Cour suprême s'il le faut.

«Il ne devrait pas être extradé car le Mexique a une Constitution juste», a dit l'avocat aux journalistes.

La traque d'«El Chapo» s'est achevée vendredi dans la ville côtière de Los Mochis, dans l'État de Sinaloa, sa région natale, où les Marines mexicains ont effectué un raid au cours duquel cinq de ses hommes de main ont été tués et un militaire blessé.

Les médias américains réagissent

Sean Penn était dimanche la cible de critiques... (Agence France-Presse) - image 4.0

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Sean Penn était dimanche la cible de critiques aux États-Unis.

Agence France-Presse

L'acteur américain Sean Penn était dimanche la cible de critiques aux États-Unis après la publication dans le magazine Rolling Stone du récit de sa rencontre clandestine avec Joaquin «El Chapo» Guzman, arrêté vendredi au Mexique.

Côté journalistes, quelques critiques s'interrogeaient sur l'éthique d'avoir fait relire et approuver par Joaquin Guzman l'article lui-même, comme le magazine l'indique en haut de la page. Il est commun que les journalistes fassent approuver des citations, mais très inhabituel de faire approuver un article entier.

Un journaliste de The New Republic, Jeet Heer, et un journaliste présentateur de MSNBC, Chris Hayes, ont écrit que cette relecture était inacceptable. Mais d'autres ont pris la défense du magazine, au prétexte que le scoop en valait la peine.

C'est la première fois, a relevé lors d'un débat sur CNN le journaliste du New York Times Ravi Somaiya, qu'«El Chapo» parle candidement de son empire.

Le tabloïd new-yorkais New York Post a résumé la situation dans un titre sarcastique, en reprenant en une la photo des deux hommes se serrant la main, sous le titre : «El Jerko», un jeu de mots sur le mot jerk, qui signifie «pauvre type».

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