Moroses célébrations du cinquième anniversaire de la révolution tunisienne

Les Tunisiens se sont rassemblés au centre de... (AP, Hassene Dridi)

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Les Tunisiens se sont rassemblés au centre de Sidi Bouzid, là où le 17 décembre 2010, un vendeur ambulant de 26 ans excédé par la précarité et les brimades policières, s'était immolé par le feu.

AP, Hassene Dridi

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Akim REZGUI
Agence France-Presse
SIDI BOUZID -

La Tunisie a marqué jeudi sans faste le cinquième anniversaire du déclenchement de la révolution qui a renversé la dictature de Ben Ali et marqué le point de départ du Printemps arabe, bouleversant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

«La Tunisie a définitivement rompu avec la tyrannie, sans retour possible», a dit dans un communiqué le premier ministre tunisien Habib Essid.

Le 17 décembre 2010, un vendeur ambulant de 26 ans, Mohamed Bouazizi, excédé par la précarité et les brimades policières, s'immolait par le feu à Sidi Bouzid, dans le centre défavorisé du pays. Le geste du jeune homme - finalement décédé le 4 janvier 2011 - avait provoqué une onde de choc.

Des manifestations réprimées par le régime (plus de 300 morts en un mois) s'étaient propagées à toute la Tunisie, pour culminer le 14 janvier 2011 avec la chute, après 23 ans au pouvoir, du président Zine El Abidine Ben Ali. Ce dernier s'était alors envolé pour l'Arabie Saoudite, où il est toujours exilé.

L'euphorie postrévolutionnaire est toutefois loin. En raison de la morosité ambiante, notamment due à la persistance du chômage et de la misère ainsi qu'à la menace djihadiste, de modestes festivités ont été organisées à Sidi Bouzid, sous forte protection.

Un spectacle équestre s'est déroulé au centre-ville devant un public clairsemé. La ministre de la Culture, Latifa Lakhdhar, a annoncé qu'un musée de la révolution serait construit en ville.

Quelques dizaines de personnes ont manifesté devant le siège du gouvernorat en scandant «travail, liberté, dignité nationale», un des slogans phares de la révolution.

«Cinq ans ont passé, et nos revendications n'ont pas été réalisées», a dit avec amertume Ramzi Hamzaoui, en tête de cortège, reflétant la désillusion et le ressentiment de nombreux habitants.

«Nous sommes passés par une période très difficile, on gérait le quotidien», a justifié le gouverneur de la région, Mourad Mahjoubi. «Maintenant, on a mis [en place] une stratégie de développement et on va travailler. C'est difficile, mais les jeunes doivent être patients», a-t-il enchaîné.

La Tunisie fait malgré tout figure de rescapée du Printemps arabe. Alors que la Syrie, le Yémen et la Libye se débattent dans la guerre ou le chaos, et que l'Égypte réprime toute opposition, elle a organisé des élections libres en 2011 et en 2014 et adopté une nouvelle Constitution l'an dernier.

Le Prix Nobel de la paix 2015 a en outre été décerné à un quartette d'organisations tunisiennes pour avoir sauvé la transition démocratique par le dialogue.

Instabilité et attentats

En visite jeudi à Sidi Bouzid, Houcine Abassi, le secrétaire général du syndicat UGTT, un des lauréats du Nobel, a lui-même déploré qu'«à part la liberté, aucun des slogans des jeunes de Sidi Bouzid ne s'est concrétisé». «Cinq ans [après], Sidi Bouzid souffre encore de la pauvreté et de l'injustice», a-t-il regretté.

L'économie tunisienne est en grande difficulté, affectée par l'instabilité qui a suivi la révolution, les mouvements sociaux et une progression de la mouvance djihadiste, qui a notamment atteint les investissements et le tourisme.

Des dizaines de personnes, en majorité des policiers, des militaires et des touristes étrangers, ont été tuées depuis 2011 par des djihadistes.

Le groupe État islamique a revendiqué trois attentats majeurs cette année. Le dernier, le 24 novembre, a tué 12 agents de la garde présidentielle en plein coeur de la capitale, Tunis.

«Notre patrie fait face aujourd'hui à d'énormes défis et de nombreux dangers, en premier lieu celui du terrorisme», a averti le premier ministre Essid. «Nous menons une guerre féroce contre ce fléau, ce qui impose de s'attacher à l'union nationale sacrée», a-t-il ajouté.

Dans la foulée de l'attaque du 24 novembre, l'état d'urgence a été proclamé pour la deuxième fois en 2015. 

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