Trump et Le Pen: si près et si loin

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Donald Trump et Marine Le Pen

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Ivan Couronne
Agence France-Presse
Washington

WASHINGTON - La récession de 2008, la crise des réfugiés et la montée du risque terroriste ont nourri la montée, des deux côtés de l'Atlantique, d'un populisme isolationniste incarné par Donald Trump et Marine Le Pen, mais les mouvements ne sont pas parfaitement alignés.

Premier point commun : la désaffection des électeurs pour les classes dirigeantes traditionnelles. La cote du Congrès américain est au plus bas depuis 40 ans. Le mouvement ultraconservateur du Tea Party a explosé en 2010 d'abord comme mouvement anti-système, anti-establishment, pour «virer les sortants» démocrates et républicains, complices des dérives étatiques de Bush et Obama.

En France, Marine Le Pen incarne l'opposition à «l'établissement», comme son père Jean-Marie, fondateur du Front national. En Italie, ce fut en 2013 le mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo, deuxième force politique italienne.

Donald Trump n'est pas vraiment le Tea Party, mais il est le candidat anti-système par excellence. Il se moque ouvertement des «politiciens» faiblards et incompétents dont il achetait autrefois les faveurs.

Se présenter comme un «outsider» est tellement en vogue aux États-Unis que même Hillary Clinton, dans les cercles du pouvoir depuis des décennies, tente maladroitement de s'approprier l'étiquette, comme première femme à potentiellement diriger la nation.

Autre similitude : Donald Trump relie la situation économique à une invasion étrangère. Un message qui touche la classe moyenne américaine, toujours pas remise de la récession.

«Comme Le Pen en France, il accuse les gens de venir prendre les emplois des Américains traditionnels, les plombiers, les électriciens...» analyse Christopher Arterton, professeur de politique à la George Washington University. «Cet instinct anti-immigrés chez les partisans de Trump a été exploité après les attentats de Paris et de San Bernardino afin de montrer du doigt toutes les communautés immigrées.»

Les mots sont les mêmes. Au «nous n'avons plus de pays, nous n'avons plus de frontières» de Donald Trump répondent les appels de Marine Le Pen, depuis des années, à rétablir les frontières françaises ouvertes par Schengen.

Trump est tout seul

Les dirigeants de l'extrême droite européenne, de la Ligue du Nord italienne à l'Ukip du Britannique Nigel Farage, avertissaient depuis des mois sur d'éventuelles infiltrations djihadistes.

Aujourd'hui Matteo Salvini, de la populiste Ligue du Nord, est omniprésent dans le débat politique italien et semble ne parler que des migrants. Même la Suède, longtemps généreuse pour les réfugiés, se raidit : la formation d'extrême droite, les Démocrates de Suède, troisième force du pays, est arrivée en tête de quelques sondages ces derniers mois.

Aux États-Unis, c'est tout le parti républicain, majoritaire au Congrès, qui veut fermer les frontières aux réfugiés syriens et irakiens. Donald Trump est allé plus loin en déclarant tous les musulmans, réfugiés et touristes, persona non grata.

«Quand ça va mal, je vais bien», dit-il.

Mais les parallèles des situations s'arrêtent là.

Protégés par un océan

En pratique, les États-Unis sont protégés du chaos syrien par un océan. Ils n'ont accepté depuis le début de la guerre civile qu'un peu plus de 2000 réfugiés.

«Les Américains sont au niveau des institutions et des moyens plus avancés que l'Union européenne, où on voit bien que le système Schengen et le règlement de Dublin ne sont plus adaptés», observe Simond de Galbert, ancien du Quai d'Orsay aujourd'hui au centre de réflexion CSIS à Washington.

Le chercheur relève que si le tabou de l'envoi de soldats américains au front n'est plus aussi fort dans l'opinion, Barack Obama n'entend absolument pas changer de stratégie contre le groupe État islamique.

Politiquement, la différence entre l'extrême droite européenne et Donald Trump est que le milliardaire est seul. Il captive près d'un tiers de l'électorat républicain, mais n'a pas de parti, pas d'allié au Congrès. Il est isolé dans sa surenchère islamophobe.

Il est plus opportuniste qu'idéologique, protectionniste un jour, social un autre, va-t-en-guerre au besoin.

Au-delà de Trump, «l'extrême droite» américaine n'a pas de socle idéologique unificateur. Une aile du mouvement conservateur est libertaire, individualiste et rejette l'État-providence. Une autre est focalisée sur la religion, l'avortement et le mariage homosexuel.

«Notre extrême droite a une forte dose de libertaire», dit Jonathan Laurence, professeur de science politique à l'université Boston College. Cette méfiance de l'État empêche selon lui la droite américaine de suivre «l'impulsion centralisatrice des mouvements fascistes» européens. Le chercheur appelle ça «la grâce salvatrice des républicains conservateurs».

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