Un premier bar parisien visé par les attentats rouvre ses portes

Au-dessus de la devanture d'À la bonne bière,... (AFP, Kenzo Tribouillard)

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Au-dessus de la devanture d'À la bonne bière, une grande banderole noire et blanche sonne comme un défi aux terroristes: «Je suis en terrasse.»

AFP, Kenzo Tribouillard

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Fabian Erik Schlüter, Joris Fioriti
Agence France-Presse
Paris

Les lumières sont revenues, les impacts de balles ont disparu: trois semaines après les attentats de Paris, À la bonne bière, l'un des bars touchés, a rouvert ses portes vendredi, pour «refaire vivre» ce quartier meurtri.

«Luis, un petit café!» «Voilà monsieur, cela fera 50 euros... pardon 5 euros». Les blagues des barmen, quelques bribes de conversation, des histoires de fuite d'eau, un client jouant sur son téléphone intelligent: le quotidien semble avoir repris ses droits au café À la bonne bière.

Inscrits à la craie blanche, sur un tableau cerclé de bois habituellement réservé au menu du jour, des mots simples ont accueilli les premiers clients: «Il est temps pour nous de nous retrouver ensemble, unis, et d'avancer pour ne pas oublier.»

L'établissement, dans lequel cinq personnes ont été tuées, a «effacé les stigmates de ce cauchemar» et a décidé de rouvrir «pour faire revivre le quartier», explique sa gestionnaire, Audrey Bily, sous une forêt de micros et de caméras.

«On veut leur montrer qu'on est plus fort qu'eux, donc on veut le faire repartir et on veut refaire vivre ce quartier, rebondir, repartir».

Dix-neuf tués à La Belle Équipe, 15 à l'angle des rues Bichat et Alibert, devant le bar Le Carillon et le restaurant Le Petit Cambodge, cinq autres devant À la bonne bière et la pizzeria voisine, Casa Nostra.

Tous ces sites de l'Est parisien devenus des lieux de pèlerinage. Autant d'endroits où la jeunesse allait s'amuser, avant d'être fauchée par les rafales de kalachnikov du «commando des terrasses», l'une des trois équipes des tueurs.

Devant chaque lieu, le même spectacle: des bouquets par milliers, des coulées de cire blanche échappée des bougies, des photos, des petits mots, des drapeaux tricolores, une guitare.

«Je suis en terrasse»

À la bonne bière, la devanture a été refaite, les fleurs, bougies et messages de soutien ont été écartés de la terrasse pour permettre d'y réinstaller les tables et chaises en rotin beige.

«Nous avons effectué quelques travaux, repeint les murs, effacé les stigmates de ce cauchemar. Le café À la bonne bière est un lieu de rencontres, d'échanges et de partage. Tel est notre objectif aujourd'hui», a souligné Mme Bily.

Les habitués, souriants, s'agglutinent déjà autour du zinc pour un expresso matinal, sous l'oeil de nombreuses caméras. Les bruits de machine à café, de tasses qui s'entrechoquent, rappellent le train-train de toute brasserie parisienne.

Mais très vite, les conversations dévient. Des «c'est très dur» ou «c'est ignoble» se font entendre. Visiblement, la clientèle reste ébranlée, les séquelles des attentats sont là.

«Quand un événement se passe loin, vous le regardez de loin. Là, vous vous sentez plus concerné», explique MC1, un DJ travaillant dans le quartier.

«Le boulanger d'en face, chez qui j'achète mon pain et mes croissants, a pris une balle. Son ouvrier est arrivé 10 minutes en retard, sinon il serait peut-être mort. C'est vraiment pesant», poursuit cet homme chapeauté.

«Ça fait du bien d'être entre nous, avec les gens qui vont au même café, chez le même fleuriste, au même boulanger», raconte David, 45 ans et cheveux longs.

«Ici, c'est comme si c'était le hall de ma maison. Donc on sent quelque chose. C'est un effet de proximité. Tout ça n'a rien d'abstrait», explique ce voisin et habitué des lieux, absent du quartier le soir de la tuerie.

«Les gens ont besoin de se retrouver, le besoin de se sentir unis. Il ne faut pas céder à la peur, il faut se battre. [...] La vie doit reprendre», lance-t-il comme une bravade.

Au-dessus de la devanture d'À la bonne bière, une grande banderole noire et blanche sonne comme un défi aux terroristes: «Je suis en terrasse.»

Les autres bars et restaurants visés par le «commando des terrasses» le soir des attentats, les plus graves jamais commis en France avec 130 morts, restent fermés.

La salle de spectacle du Bataclan, théâtre de la tuerie la plus massive (avec 90 morts), est à deux minutes à pied. Ses propriétaires espèrent la rouvrir fin 2016.

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