Avion russe abattu: Moscou envisage des sanctions contre la Turquie

Des partisans du parti ultranationaliste bulgare Ataka qui... (AFP, Dimitar Dilkoff)

Agrandir

Des partisans du parti ultranationaliste bulgare Ataka qui appuient la Russie, ont manifesté hier en face de l'ambassade turque de Sofia.

AFP, Dimitar Dilkoff

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Suzan Fraser, Vladimir Isachenkov
Associated Press

ANKARA - Le bras de fer entre Moscou et Ankara relativement à l'avion de combat russe abattu par la Turquie à la frontière avec la Syrie a connu une escalade, jeudi, Moscou s'attardant à des sanctions économiques contre la Turquie et le président turc martelant que son armée récidiverait si une autre intrusion du genre devait survenir.

La Turquie a diffusé jeudi une bande audio qui fait entendre, selon elle, les avertissements lancés par l'armée à un pilote de l'avion russe. L'enregistrement démontre que le pilote a été averti à de nombreuses reprises qu'il s'approchait de l'espace aérien turc et qu'on lui a demandé de changer de trajectoire.

La Turquie a abattu le bombardier Su-24, mardi. L'un des pilotes russes, qui a survécu et a été secouru par l'armée syrienne, nie maintenant avoir reçu de multiples avertissements. L'autre pilote a été abattu par des rebelles après s'être éjecté de l'appareil, avant d'avoir touché le sol.

Ce serait la première fois en près de 50 ans qu'un pays membre de l'OTAN abat un avion russe.

Le président russe, Vladimir Poutine, a dénoncé le geste de la Turquie comme un «coup traître dans le dos», et a soutenu que l'avion avait été abattu au-dessus du territoire syrien en violation du droit international.

Le pilote russe ayant survécu à l'écrasement de l'appareil a nié avoir dévié dans l'espace aérien turc «même pour une seconde». La Turquie affirme que l'avion russe s'est trouvé dans son espace aérien durant 17 secondes.

M. Poutine a dénoncé que la Turquie ne se soit toujours pas excusée ou qu'elle ait même promis que les «responsables de ce crime» seraient punis. Son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, ne semblait toutefois pas d'humeur à s'excuser, et il a plutôt reproché à Moscou de profiter de sa campagne contre le groupe armé État islamique pour affaiblir les insurgés qui menacent le régime de Bachar Al-Assad en Syrie.

M. Erdogan a ajouté que la Turquie ne ciblait pas expressément la Russie quand elle a abattu l'avion, déclarant qu'il s'agissait d'une «réponse automatique» en respect avec ses règles d'engagement.

Bandes audio dévoilées

«Confrontée à la même violation aujourd'hui, la Turquie offrirait la même réponse, a-t-il assuré. Le pays responsable de la violation est celui qui devrait se questionner et adopter des mesures pour empêcher que cela ne se reproduise, et non le pays victime de la violation.»

L'enregistrement a été diffusé par le bureau du premier ministre turc et attribué aux forces armées du pays. On y entend un homme prévenir le pilote, dans un mauvais anglais, qu'il s'approche de l'espace aérien turc et lui demander de tourner vers le sud.

La qualité de l'enregistrement est très mauvaise et les propos presque incompréhensibles. La voix du responsable turc se fait toutefois de plus en plus agitée, quand ses avertissements demeurent apparemment sans effet. On n'entend jamais la voix du pilote russe, soit parce qu'il n'a pas répondu ou parce que la Turquie a choisi de ne pas dévoiler cette portion de l'enregistrement.

Une porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a laissé entendre que la bande audio est possiblement une supercherie. 

Par ailleurs, l'agence de presse russe officielle RIA Novosti rapporte jeudi que la Russie a déjà déployé un système sophistiqué de missiles de défense aérienne S-400 en Syrie. Ce déploiement avait été annoncé par Moscou mercredi, en réaction à l'incident avec la Turquie.

En plus de ces actions militaires, le Kremlin a aussi agi, jeudi, pour nuire économiquement à la Turquie.

Depuis mardi, la Russie avait déjà bloqué à la frontière des camions turcs et annoncé la confiscation de grandes quantités d'importations alimentaires turques.  Jeudi, le premier ministre russe Dimitri Medvedev a ordonné l'élaboration de sanctions formelles contre la Turquie au cours des deux prochains jours, qui incluront des «restrictions et interdictions sur les structures économiques turques opérant en territoire russe et d'autres sur la livraison de produits, incluant des produits alimentaires», de même que sur les services et la main-d'oeuvre.

France et la Russie vont «coordonner» leurs frappes en Syrie

La France et la Russie ont décidé jeudi de «coordonner» leurs frappes aériennes en Syrie contre les djihadistes de l'État islamique, mais n'ont pu trouver d'accord ni sur la «coalition large» voulue par François Hollande ni sur le sort du président syrien, Bachar Al-Assad.

Après plus de 90 minutes d'entretien au Kremlin, Vladimir Poutine et le président français François Hollande, qui poursuivait à Moscou son marathon diplomatique pour unir les forces contre l'EI, sont apparus devant la presse pour annoncer des mesures visant à «intensifier» la lutte contre le «terrorisme». Principale annonce : les militaires français et russes, déjà engagés dans des raids aériens en Syrie, vont «coordonner» leurs frappes contre l'État islamique.

Les frappes russes et françaises cibleront en priorité le transport de produits pétroliers, dont la vente est la principale source de financement de l'EI, ont expliqué les deux chefs d'État.

Soutien traditionnel du régime de Bachar Al-Assad, la Russie est accusée par les Occidentaux et par les pays arabes de privilégier les raids aériens sur les groupes de combattants islamistes et nationalistes qui luttent autant contre l'EI que contre l'armée loyale à Bachar Al-Assad.

Mais les divergences habituelles n'ont pas tardé à refaire surface. À un François Hollande qui martelait que «Bachar Al-Assad n'a pas sa place dans l'avenir de la Syrie», Vladimir Poutine a répondu qu'il revenait aux Syriens de choisir. Le président russe rappelait aussi qu'à ses yeux, l'armée syrienne est son «allié naturel dans la lutte contre le terrorisme».

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer