Paris: travail de fourmi sur des scènes de cauchemar

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Les équipes scientifiques sont rapidement intervenues sur les scènes des attentats, notamment au Bataclan. En une semaine, 2000 prélèvements ont déjà été traités.

AP, Christophe Ena

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Pauline TALAGRAND
Agence France-Presse
Paris

Six scènes de crimes cauchemardesques, 130 victimes à identifier, les cadavres en charpie des kamikazes, des centaines de projectiles de kalachnikov, des dizaines de perquisitions: depuis les attentats de Paris, la police scientifique effectue un travail de fourmi capital pour la suite de l'enquête.

«Lorsque les terroristes passeront devant la justice, on aura oublié l'émotion du 13 novembre, les mares de sang et les hurlements, on jugera une procédure. Aujourd'hui, cela paraît secondaire, mais c'est la solidité des investigations techniques qui fera foi», explique à l'AFP le directeur de l'Institut national de police scientifique (INPS), Frédéric Dupuch.

L'INPS, chargé des analyses en laboratoire, a déjà traité en une semaine pour les attaques à Paris (130 morts, 350 blessés) près de 2000 prélèvements, soit autant que pour toute l'enquête sur les précédents attentats de janvier, contre le journal Charlie Hebdo, des policiers et le magasin Hyper Cacher (17 morts). «Et c'est loin d'être fini», estime-t-il.

Quand éclatent à Paris, le 13 novembre, les pires attentats jamais commis en France, tous les experts de la police nationale se bousculent pour travailler. «On savait que plus on irait vite pour traiter cette volumétrie hors norme de prélèvements, plus vite on aiderait les enquêteurs», raconte un agent scientifique, sous le couvert de l'anonymat.

Au siège de l'Identité judiciaire à la Police judiciaire parisienne, le rappel général au service des 180 membres du personnel est lancé. «Il a fallu calmer les bonnes volontés et organiser des relèves pour être sur le pont» 24 heures sur 24, explique un responsable du service.

«Tu ne sens plus l'odeur du sang»

Lorsqu'il arrive avec une petite dizaine de collègues devant la salle de concerts du Bataclan, où près de 90 personnes ont été tuées méthodiquement par des djihadistes kamikazes, il attend que les forces d'intervention sécurisent la salle de spectacle et que les secours soignent les blessés.

«On trépigne sur le trottoir puis on enfile notre combinaison blanche isolante, nos deux paires de gants en latex, nos surchaussures et notre charlotte. Ce rituel, qui vise à ne pas polluer la scène de crime, nous permet de rentrer dans notre bulle», explique-t-il.

À l'intérieur, pataugeant dans le sang, il leur faut «absorber le choc, l'horreur pour figer la scène et dérouler comme sur n'importe quelle scène de crime le protocole, car la moindre trace peut être déterminante», raconte ce responsable. «Tu ne sens plus l'odeur de sang et de fumée, tu ne vois plus l'horreur, tu vois ce qu'il reste à faire»: quadriller le Bataclan avec des rubans rouge et blanc de la police, se répartir le travail et tout photographier.

Pourtant, ce sont bien des images d'horreur qui ont gravé sa rétine. «Des dizaines de corps enchevêtrés d'une jeunesse fauchée. Certains ne présentent pas de blessure apparente et lorsqu'on les bouge, c'est tout un pan de visage qui manque», se souvient-il, la voix fatiguée.

Des sonneries de téléphone à travers le silence

Chaque équipe d'experts est penchée sur son carré, discutant à voix basse des prélèvements et photos à faire. «Les murmures des enquêteurs ne sont troublés que par le bruit déchirant des sonneries de dizaines de portables» des victimes.

«Nous mettons un point d'honneur à manipuler les corps avec douceur. Nous ne cessons pas d'être des humains, assure-t-il. C'est un peu notre façon de leur rendre hommage.»

Ce sont les scènes de fusillade sur des bars et restaurants qui ont été les plus pénibles, «parce qu'on reconstitue dans notre tête le déchaînement de violences», explique un technicien du laboratoire d'Ecully dans la banlieue de Lyon.

Absorbés par leur travail, ils en perdent la notion du temps, tout comme leurs collègues en laboratoire chargés de faire parler les étuis de cartouche, téléphones, passeports et voitures saisis «pour retrouver les complices et éradiquer le mal au plus vite».

«On est encore dans l'adrénaline de l'action. Après, quand le calme reviendra, il faudra accompagner ceux qui sont allés sur des scènes de crime effroyables», estime M. Dupuch. Après les attentats de janvier, des groupes de parole avaient permis aux agents de la Police technique et scientifique (PTS) parisienne d'encaisser collectivement le choc.

C'est notamment le travail des experts qui a conduit mercredi les enquêteurs dans un appartement de Saint-Denis, dans la banlieue nord parisienne où se trouvait un organisateur présumé des attentats. «Assister aux tirs nourris de fusils d'assaut lors d'une perquisition puis ramasser les étuis de balles par centaines, c'est le moment où j'ai compris l'ampleur de la menace», souffle l'un des techniciens, encore «sonné».

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