Le casse-tête de la paix en Syrie

Des enfants syriens marchent à travers les ruines... (AFP, Abd Doumany)

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Des enfants syriens marchent à travers les ruines des édifices de Douma, à l'est de la capitale syrienne, Damas, détenue par les rebelles.

AFP, Abd Doumany

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(Québec) Pour la première fois depuis le début de la guerre en Syrie, en 2011, un timide espoir de paix semble apparaître. À Vienne, le 14 novembre, une vingtaine de pays et d'organisations ont établi un calendrier de discussions pour en arriver à un ­cessez-le-feu dans... six mois, le 14 mai 2016.

Jusqu'ici, toutes les tentatives pour mettre fin au conflit ont achoppé sur le sort du président Bachar al-Assad. Doit-il partir? Rester? Mais le flot continu de réfugiés fuyant les zones de guerre, l'inefficacité des frappes aériennes contre l'État islamique et une série d'attentats sanglants ont peut-être changé la donne.

Bien sûr, la paix apparaît encore très lointaine. La guerre de Syrie est devenue une guerre internationale, dans laquelle une vingtaine de pays s'affrontent par groupes interposés. Un véritable casse-tête dont Le Soleil vous invite à examiner quelques pièces maîtresses...

Six «parrains» à surveiller

RUSSIE

› Le discours officiel : Il n'y a pas de solutions en Syrie sans le maintien au pouvoir du gouvernement du président Bachar al-Assad, notre principal allié au Moyen-Orient. L'ennemi principal, c'est le terrorisme. Les Occidentaux ne comprennent pas bien ce qui se passe sur le terrain.

› Le non-dit: Malgré nos com-muniqués triomphalistes, notre intervention militaire en Syrie se déroule moins bien que prévu. Pas question de se laisser entraîner dans une guerre interminable, comme en Afghanistan (1979-1989). Les opérations nous coûtent 5 millions $ par jour. L'important, c'est de préserver nos intérêts, notamment notre accès à un port sur la Méditerranée.

ÉTATS-UNIS

› Le discours officiel: La solution au conflit est politique, pas militaire. Le président Bachar al-Assad doit quitter le pouvoir. Après tout, son armée a tué trois fois plus de civils que l'État islamique (chiffre de l'Observatoire syrien des droits de l'homme). Le président ne se maintient au pouvoir que grâce à l'aide des Russes et des Iraniens.

› Le non-dit: Au début, nous rêvions que l'opposition «modérée» prenne le pouvoir en Syrie. Mais elle n'existe plus guère. Nos frappes aériennes ne suffiront pas à éliminer l'État islamique. Un compromis semble donc inévitable. Comme le dit Matthew Rojanski, expert au Wilson Center : «Le départ du président syrien Assad, la défaite de l'État islamique et la paix en Syrie demeurent l'objectif ultime. Mais peut-être qu'il n'est pas nécessaire de les atteindre tous en même temps.»

IRAN

 Le discours officiel: Nous ne laisserons pas tomber notre allié Bachar al-Assad, le président syrien. Sans lui, les minorités ethniques et religieuses du pays vont se faire massacrer par l'État islamique et les groupes radicaux financés par l'Arabie Saoudite ou le Qatar. 

› Le non-dit: La guerre coûte cher. De plus, notre soutien à Bachar al-Assad compromet notre retour dans les bonnes grâces de la communauté internationale. Officiellement, nous n'avons pas de soldats sur le terrain, seulement des «conseillers». Dans les faits, tout le monde sait que des volontaires iraniens combattent en Syrie, sous diverses bannières. 

ARABIE SAOUDITE

 Le discours officiel: Le président syrien Bachar al-Assad doit quitter le pouvoir, pour espérer une paix définitive. La communauté internationale fait preuve de complaisance en fermant les yeux sur les interventions massives de l'Iran chiite pour déstabiliser la Syrie et le Yémen. 

› Le non-dit: Même si l'État islamique n'est pas un allié, il épuise les ressources de l'Iran, notre ennemi juré. Vue sous cet angle, la guerre civile en Syrie est peut-être utile, après tout. Il importe peu que notre argent et nos armes se retrouvent entre les mains de rebelles qui ne sont pas des enfants de choeur. L'important, c'est qu'ils nous laissent tranquilles. Un célèbre professeur britannique a résumé la règle : «Faites pipi à l'extérieur de la tente. Jamais à l'intérieur.»

FRANCE

 Le discours officiel: Bachar al-Assad doit partir. L'an dernier, nous avions même refusé de bombarder l'État islamique en Syrie, pour ne pas que ses armées en profitent pour conquérir de nouveaux territoires. Mais les attentats de Paris changent tout. Désormais, la lutte contre l'État islamique passe avant tout le reste.

› Le non-dit: La France n'a pas les moyens de mener toute seule une offensive majeure en Syrie, d'autant plus qu'elle mène déjà d'autres opérations en Afrique, notamment au Mali. Il faudra l'appui de la Russie ou des États-Unis. Autre source d'inquiétude : plus de 800 djihadistes français combattent à l'étranger, principalement en Syrie... 

TURQUIE

 Le discours officiel: Dès qu'il se sent menacé, notre ennemi, le président Bachar al-Assad s'écrie : «C'est moi, ou bien l'État islamique va gagner!» Alors, la communauté internationale prend peur. Elle le ménage. Sinon, il y a longtemps qu'elle aurait interdit à ses avions de guerre de survoler le nord de la Syrie, afin de protéger les populations civiles.

› Le non-dit: Combattre l'État islamique? D'accord. Mais pour nous, il a toujours été plus important d'empêcher la création d'un embryon d'un état kurde en Syrie. Une question de sécurité nationale. Et si cela donnait des idées à la minorité kurde en Turquie? À la fin août, nous avions lancé un total de 300 frappes aériennes contre des positions kurdes. À peine trois avaient été dirigées contre l'État islamique.

Les forces en présence sur le terrain

 

Pour la première fois depuis le début de la guerre en... (Infographie Le Soleil) - image 4.0

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Infographie Le Soleil

L'État islamique 

L'organisation contrôle près de la moitié du territoire syrien. Les bombardements ont limité sa progression, mais ils ne lui ont pas fait perdre beaucoup de terrain. Il pourrait compter sur 60 000 combattants, dont 20 000 combattants étrangers. L'État islamique a aboli les frontières entre la Syrie et l'Irak, qui séparaient artificiellement les populations sunnites depuis la fin de la Première Guerre mondiale. 

Le gouvernement de Bachar al-Assad

Il y a un an, personne n'aurait parié une vieille paire de chaussettes sur la survie du président syrien, que les États-Unis et la France accusaient de crimes de guerre. Les interventions de l'Iran et de la Russie ont probablement sauvé le président, qui contrôle environ le quart du territoire. Son jeu consiste à se présenter comme un moindre mal, par rapport à l'ÉI. 

Les Kurdes

Les Kurdes sont souvent présentés comme les meilleurs alliés des Occidentaux pour lutter contre l'État islamique. Mais ils n'ont aucun intérêt à voir rétablir un pouvoir central fort en Syrie, qui menacerait leur autorité chèrement acquise. De plus, leur popularité apparaît limitée, en dehors des régions (du nord), où existent d'importantes populations kurdes.

Les rebelles syriens

La révolution syrienne a éclaté en dizaines de groupes, que la Turquie, l'Arabie Saoudite et le Qatar financent sans trop essayer de distinguer le bon du méchant. Plusieurs groupes sur lesquels les Occidentaux fondaient leurs espoirs ont été évincés par des islamistes, comme ceux du Front al-Nosra, affilié à Al-Qaida.

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