L'Europe, une «passoire»

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La police scientifique investigue pour trouver des preuves sur les lieux de l'assaut, à Saint-Denis.

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Agence France-Presse
Paris

Six jours après les plus sanglants attentats de son histoire, la France a annoncé la mort du cerveau présumé du carnage, Abdelhamid Abaaoud, dont le corps déchiqueté lors de la vaste opération policière mercredi a été formellement identifié. Mais la nouvelle de sa mort soulage autant qu'elle inquiète. Comment cet homme, qu'on pensait en Syrie et qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international, a-t-il pu entrer en Europe?

«Nous ne savons pas», a reconnu le premier ministre français Manuel Valls. 

D'autant que, selon lui, certains des auteurs des attentats sanglants de Paris ont «profité de la crise des réfugiés [...] pour se glisser» en France, a-t-il affirmé jeudi sur la chaîne de télévision France 2. Il a ajouté que «d'autres étaient en Belgique, déjà. D'autres, je veux le rappeler, étaient en France», a-t-il précisé.

«Il faut l'admettre, Schengen [le système de libre circulation au sein de l'UE] est une passoire», assure à son tour un ancien haut responsable de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui demande à ne pas être identifié. «Ce gars [Abdelhamid Abaaoud], avec un CV et des antécédents pareils, où qu'il soit entré dans Schengen, cela aurait dû provoquer un drapeau rouge.»Les ministres européens de l'Intérieur et de la Justice se réunissent vendredi à Bruxelles pour «renforcer la réponse européenne» à cette menace djihadiste, dont les attentats de Paris (129 morts et 352 blessés) ont révélé d'importantes failles sécuritaires sur le Vieux Continent.

Infos venues du Maroc

Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a regretté qu'«aucune information émanant de pays européens» n'ait été transmise à Paris sur le sujet.

Les enquêteurs ont été alertés de la présence d'Abaaoud en France par des renseignements venant notamment du Maroc, dont le roi Mohammed VI rencontrera M. Hollande vendredi. «Il est urgent que l'Europe se reprenne, s'organise et se défende contre la menace terroriste», a estimé Bernard Cazeneuve. «Si l'Europe n'assume pas ses responsabilités, alors c'est tout le système Schengen [de libre circulation au sein de l'UE] qui sera remis en cause», a insisté Manuel Valls. 

Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar al-Baljiki (le Belge), 28 ans, était un djihadiste endurci, récemment monté dans la hiérarchie de l'EI. «Mon nom et ma photo étaient partout à la une et je suis parvenu à rester chez eux, à planifier des opérations, puis à partir sans problème et à rentrer en Syrie quand ça a été nécessaire», a-t-il plastronné dans les colonnes de Dabiq, le magazine en ligne de l'EI.

Autre raté dans le dispositif de contrôle de l'espace Schengen, composé de 26 pays européens, la présence, parmi les tueurs du Bataclan, de Samy Amimour. Ce Français de 28 ans avait été mis en examen en octobre 2012 pour «association de malfaiteurs terroristes» et placé sous contrôle judiciaire. Ce qui ne l'a pas empêché de rejoindre un an plus tard la Syrie, provoquant le lancement d'un mandat d'arrêt international. Malgré cela, il est parvenu à rentrer en France incognito pour prendre part au pire attentat jamais commis dans le pays.

Substitutions d'identité

«Contrairement à ce qu'on pense, il est très facile d'entrer et de sortir de l'UE sans se faire repérer», assure le criminologue Christophe Naudin, spécialiste de la fraude documentaire. «On peut considérer les contrôles à l'entrée de Schengen comme quasi inexistants.»

«Le plus probable, c'est que ces djihadistes ont recours à des substitutions d'identité : c'est la méthode dite du "look alike". Il suffit de substituer au passeport de quelqu'un de recherché à celui de quelqu'un qui ne l'est pas et qui lui ressemble. Il va passer les contrôles sans problème», dit-il.

La première chose que les groupes djihadistes font quand ils reçoivent de nouvelles recrues (on estime que près de 30 000 volontaires étrangers ont rejoint leurs rangs) est de confisquer leurs papiers d'identité. «On ne touche pas à la photo, c'est le nouveau porteur du passeport qui va tout faire pour y ressembler le plus possible», précise Christophe Naudin.

Par ailleurs, les enquêteurs recherchent toujours Salah Abdeslam, soupçonné d'appartenir au «commando des terrasses» qui avait mitraillé des cafés et restaurants parisiens le 13 novembre.

Si la solidarité continue à se faire sentir à l'étranger, l'inquiétude  règne aussi : les États-Unis ont évoqué des menaces d'attentats en Italie, notamment à Rome et à Milan. New York a aussi été ciblé dans une vidéo en ligne.

Djihadiste aguerri objet d'un mandat d'arrêt européen et... (PHOTO ARCHIVES AFP) - image 2.0

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Djihadiste aguerri objet d'un mandat d'arrêt européen et international, Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar al-Baljiki (le Belge), 28 ans, a été tué dans l'assaut donné mercredi par les forces de l'ordre contre un appartement de Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris

PHOTO ARCHIVES AFP

Une planque à deux pas des lieux des attentats

Sa planque n'était pas la Syrie, mais un appartement à deux pas des lieux des attentats à Paris, dont il est le cerveau présumé. Apparemment prêt à repasser à l'attaque, le djihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, traqué par les services de renseignement, a terminé son sanglant parcours mercredi à Saint-Denis.

«Abdelhamid Abaaoud vient d'être formellement identifié, après comparaison de traces papillaires, comme ayant été tué au cours de l'assaut [...] Il s'agit du corps découvert dans l'immeuble, criblé d'impacts», a annoncé le procureur de Paris François Molins, mettant fin à un suspense de plus de 24 heures sur le sort advenu à l'homme de 28 ans, tué lors d'un assaut des forces de police.

Sa présence à quelques encablures de la capitale française, alors que beaucoup le pensaient sur le théâtre de guerre syrien, illustre les multiples loupés des services de renseignements européens. 

«C'était un petit con»

Outre les attaques de Paris, qui ont fait au moins 129 morts et dans lesquelles Abdelhamid Abaaoud a «joué d'évidence un rôle déterminant», ce dernier a été «impliqué dans quatre» des six attentats «évités ou déjoués par les services français depuis le printemps 2015», selon M. Cazeneuve.

Né en 1987 dans la commune bruxelloise de Molenbeek, Abaaoud se faisait appeler Abou Omar al-Baljiki («le Belge», en arabe). «C'était un petit con», harcelant ses condisciples et ses professeurs ou volant des portefeuilles, avait raconté un ex-camarade de classe au tabloïd populaire belge La Dernière Heure. En mai, un rapport des services de renseignement américains émettait l'hypothèse qu'Abaaoud avait tenté de faire croire à sa mort fin 2014 sur le front syrien, afin que les autorités belges relâchent leurs efforts pour l'appréhender.

Abou Omar al-Baljiki avait déjà fait la une des journaux belges début 2014 après avoir emmené en Syrie son petit frère Younès, 13 ans, surnommé «le plus jeune djihadiste du monde» par certains médias.

Début janvier, il était apparu, fine barbe et bonnet de style afghan sur la tête, dans une vidéo de l'EI réalisée un an plus tôt où il se vantait de commettre des atrocités, s'adressant à la caméra au volant d'un véhicule qui tire des cadavres mutilés vers une fosse commune.

«Avant, on tractait des jet-skis, des quads, des grosses remorques remplies de cadeaux, de bagages pour aller en vacances au Maroc. Maintenant, on tracte les infidèles, ceux qui nous combattent, ceux qui combattent l'islam», se vantait-il, sourire aux lèvres, dans un mélange de français et d'arabe.

Dans une autre vidéo, il déclarait : «Ça fait plaisir de voir de temps en temps du sang d'infidèle couler.»

Son père Omar Abaaoud, dont la famille est arrivée en Belgique il y a 40 ans, s'était exprimé en janvier sur le parcours de son fils. «Abdelhamid a jeté la honte sur notre famille. Nos vies sont détruites», avait-il déclaré à La Dernière Heure.  AFP

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