Cinq jours après les attentats de Paris, le mystère Abaaoud 

Le cerveau présumé des attentats de Paris, Abdelhamid... (AP)

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Le cerveau présumé des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud (photo), ne figure pas parmi les huit personnes interpellées, et on ignore s'il figure parmi les personnes décédées, a déclaré le procureur François Molins, en charge de l'enquête, lors d'une déclaration à la presse.

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Agence France-Presse
Paris

Présenté comme possible inspirateur des attentats de Paris, les plus graves commis en France, le djihadiste belge Abdelhamid Abaaoud est-il en Europe, est-il en vie? L'assaut donné mercredi sur un appartement de Saint-Denis n'a pas permis de répondre à cette question.

La cellule à l'origine des attentats du 13 novembre, qui ont fait 129 morts, semble plus étendue qu'initialement envisagé. Elle était très coordonnée et sa genèse est à chercher en Syrie.

Où est Abdelhamid Abaaoud?

Lundi soir, les enquêteurs ont reçu un témoignage, «pris avec autant de sérieux que de précautions compte tenu des risques de manipulation», selon lequel le djihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, «inspirateur de très nombreux projets d'attentats ou attentats terroristes en Europe», serait en France, selon le procureur François Molins.

Si le retour en Europe d'une tête d'affiche des djihadistes francophones de l'État islamique serait stupéfiant, Abaaoud était bel et bien la cible principale de l'assaut à l'appartement de Saint-Denis. Des médias ont annoncé tantôt son interpellation, tantôt son identification parmi les morts, informations démenties par la justice.

Il ne figure pas parmi les huit personnes arrêtées à Saint-Denis. Pas plus que Salah Abdeslam, 26 ans, considéré comme un des trois membres du commando qui a mitraillé des terrasses de cafés à Paris, qui reste introuvable.

Quelle est la composition de la cellule?

Sur les trois kamikazes du Bataclan, deux ont été identifiés : Samy Amimour, 28 ans, et Omar Ismaïl Mostefaï, 29 ans. Parmi les tireurs des terrasses, les frères Abdeslam, Salah et Brahim, morts en kamikazes. Reste un troisième homme, non identifié.

Au Stade de France, un Français vivant à Bruxelles, Bilal Hadfi, 20 ans, s'est fait exploser, ainsi qu'un homme en possession d'un passeport syrien, arrivé sur le sol européen début octobre dans le flot des migrants, mais dont l'identité reste inconnue. L'identification d'un troisième kamikaze est en cours.

Une organisation militaire et minutieuse

Les attaques de Paris ont fait l'objet d'une préparation minutieuse. François Molins a donné deux éléments qui en attestent: le 12 novembre, soit la veille des attaques, les trois voitures utilisées pour les attaques arrivent «quasiment en convoi depuis la Belgique à 10 minutes d'intervalle».

Déclenchées en à peine plus d'une demi-heure, les attaques ont été précisément minutées et orchestrées, comme en atteste le texto envoyé d'un portable retrouvé près du Bataclan et utilisé par le commando: «On est parti, on commence.»

Autre élément: la détermination guerrière et meurtrière de ce commando, démontrée le 13 novembre et confirmée par la violence des combats de Saint-Denis: ce sont 5000 munitions qu'ont dû tirer les policiers donnant l'assaut sur l'appartement.

La Syrie

Les attaques ont été très vite revendiquées par l'État islamique, notamment par un message audio lu par Fabien Clain, 37 ans, un pilier du djihadisme français depuis les années 2000.

Plusieurs des membres du commando sont allés en Syrie: Mostefaï, Amimour et le détenteur du passeport syrien à coup sûr, et Hadfi sans doute, les frères Abdeslam peut-être même si selon la justice belge, Brahim Abdeslam a seulement tenté le voyage. Mais lui comme son cadet connaissent de longue date Abaaoud, avec qui ils partagent un passé de délinquance à Bruxelles.

À mesure que prend corps l'hypothèse d'un commando au moins en partie composé de vétérans du djihad, des questions se posent. Par où sont-ils arrivés? Comment Amimour, objet d'un mandat d'arrêt français, est-il revenu dans l'espace Schengen sans être repéré? La question vaudra encore plus pour Abaaoud si sa présence en Europe devait se confirmer. Comment Mostefaï, fiché comme islamiste radical depuis 2010, a-t-il pu partir en Syrie sans attirer l'attention? Pourquoi la police belge n'a-t-elle pas averti les Français qu'un de leurs ressortissants (même s'il vivait à Bruxelles), Salah Abdeslam, était dans leurs fichiers? Lequel Abdeslam a pu se rendre en septembre en Autriche.

Qui est entre les mains de la justice?

En Belgique, Hamza Attou et Mohamed Amri sont écroués, soupçonnés d'avoir exfiltré Salah Abdeslam. Deux hommes et une femme, qui auraient joué un rôle dans la fourniture de la planque de Saint-Denis au commando, sont en garde à vue. L'un des hommes a été blessé lors de l'assaut.

Cinq autres hommes arrêtés mercredi à Saint-Denis sont plus centraux: trois arrêtés dès le début de l'assaut mercredi, deux autres plus tard, retrouvés sous des gravats. Ils ne sont pas identifiés, selon le procureur François Molins.

Y a-t-il encore des fuyards?

Difficile de se prononcer tant que les dépouilles n'ont pas de nom et que la présence en Europe d'Abaaoud est incertaine. Ce qui semble certain, c'est que Salah Abdeslam a été exfiltré vers la Belgique samedi matin.

Le risque d'attaques a-t-il disparu? Personne ne se risque à l'affirmer. Mais le commando neutralisé mercredi dans un appartement de Saint-Denis «pouvait passer à l'acte», selon le procureur Molins. Même si aucun projet concret n'a été mis au jour.

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