Après un assaut spectaculaire, incertitude sur Abaaoud

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Les membres de Raid, une unité spéciale d'intervention de la police française, prennent position durant l'assaut dans Saint-Denis, au nord de Paris, mercredi.

AFP, Eric Feferberg

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Agence France-Presse
Paris

Abattu par la police française ou en fuite? Le sort d'Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des attentats de Paris, reste incertain, alors que les députés français doivent examiner jeudi un projet de loi renforçant l'état d'urgence instauré après les tueries.

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Le procureur François Molins, en charge de l'enquête sur les attentats de Paris

AFP, Alain Jocard

Sur le front extérieur, les bombardements français en Syrie, accentués depuis dimanche, se poursuivent contre le groupe djihadiste État islamique (EI), qui a revendiqué les 129 tués et 352 blessés de Paris.

L'arrivée en fin de semaine en Méditerranée orientale du porte-avions nucléaire «Charles-de-Gaulle» triplera la capacité aérienne française, qui disposera alors de 38 avions dans la région, selon le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Depuis dimanche, les chasseurs français ont largué «une soixantaine de bombes sur le centre névralgique [de l'EI] à Raqa», dans le nord de la Syrie, a affirmé M. Le Drian. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les raids aériens français et russes ont causé en trois jours la mort de 33 djihadistes.

En Syrie, ravagée par plus de quatre ans d'une guerre très complexe, la coopération inédite contre l'EI entre Moscou et Paris, qui s'opposent sur le sort du président syrien Bachar al-Assad, est la conséquence des attentats de Paris et contre l'avion russe dans le Sinaï égyptien.

À New York, la Russie, qui soutient le régime de Damas, a présenté mercredi au Conseil de sécurité de l'ONU une nouvelle version de son projet de résolution antiterroriste. La France continue de son côté de peaufiner un texte «court, fort et centré sur la lutte contre» l'EI, selon l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre.

L'EI a diffusé une nouvelle vidéo menaçant New York, et plus spécifiquement Times Square. La police locale a indiqué être au courant, mais qu'il «n'y a pas de menace actuelle et spécifique».

Huit arrestations

En France, l'assaut mené mercredi avant l'aube par la police antiterroriste contre un appartement à Saint-Denis, au nord de Paris, visait spécifiquement Abdelhamid Abaaoud, surnommé Abou Omar al-Baljiki («le Belge» en arabe) au sein de l'EI et soupçonné d'être l'organisateur des plus sanglants attentats de l'histoire française.

Huit personnes ont été arrêtées, mais ni Abdelhamid Abaaoud, ni Salah Abdeslam, autre suspect-clé, n'en font partie, a déclaré le procureur de Paris, François Molins.

Les enquêteurs doivent désormais identifier les corps retrouvés sur place, sévèrement abîmés par des fusillades nourries et des explosions.

M. Molins a évoqué «au moins deux morts» dans l'appartement: un «corps criblé d'impacts», non identifiable visuellement, et une personne qui s'est fait exploser à l'arrivée des policiers - vraisemblablement une femme «mais ce point devra cependant être vérifié», a-t-il précisé.

Le ministère français de l'Intérieur n'a «pas exclu» qu'un «troisième terroriste» ait pu être tué, au vu des morceaux de corps retrouvés.

La possible présence en France d'Abdelhamid Abaaoud, tête d'affiche du contingent des djihadistes francophones de l'EI, inquiète.

Son nom avait été évoqué par les services de renseignement américains dans un rapport en mai, qui mettait en garde contre une possible attaque structurée de l'EI en Europe. Le document émettait l'hypothèse qu'Abaaoud avait tenté de faire croire à sa mort fin 2014 sur le front syrien, afin que les autorités belges relâchent leurs efforts pour l'appréhender.

Selon François Molins, les enquêteurs français avaient recueilli lundi un témoignage «faisant état de la présence d'Abaaoud» en France. Ce témoignage, «qui a fait l'objet de nombreuses vérifications téléphoniques et bancaires», a abouti à l'assaut contre l'appartement de Saint-Denis.

La traque se poursuit également contre Salah Abdeslam, 26 ans, membre présumé du groupe qui a mitraillé vendredi les terrasses de cafés et restaurants parisiens, avec son frère Brahim Abdeslam qui s'est fait exploser.

Il est activement recherché, notamment en Belgique où, selon les autorités françaises, les attaques ont été organisées et où il aurait été exfiltré samedi matin depuis Paris. Deux complices présumés de cette fuite, Mohammed Amri (27 ans) et Hamza Attou (20 ans), ont été arrêtés à Bruxelles et inculpés par la justice belge pour «attentat terroriste». Un autre djihadiste, non identifié, serait peut-être aussi en cavale.

Quatre kamikazes ont déjà été identifiés, tous des Français, âgés de 20 à 31 ans. Il reste à mettre un nom sur un cinquième homme passé par la Grèce cet automne, auprès duquel a été retrouvé un passeport syrien à l'authenticité douteuse.

État d'urgence renforcé 

Dans ce contexte pesant, les députés français votent jeudi un projet de loi renforçant l'état d'urgence, décrété par le président François Hollande au moment des attaques.

Le texte devrait recevoir un large assentiment de l'Assemblée, avant d'être soumis vendredi au vote du Sénat en vue d'une adoption définitive.

Il prévoit la prolongation de l'état d'urgence pour trois mois à compter du 26 novembre, soit jusqu'à fin février, et élargit le régime des assignations à résidence à toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l'ordre publics. Jusqu'à présent, la loi prévoyait, pendant l'état d'urgence, la possibilité d'assigner à résidence une personne «dont l'activité s'avère dangereuse» pour l'ordre public.

Alors que se multiplient les appels à fermer les mosquées et lieux de prières radicalisés et à expulser les imams étrangers extrémistes, le texte intègre aussi dans l'état d'urgence la dissolution de groupes et associations extrémistes participant à des actes portant une atteinte grave à l'ordre public, les facilitant ou y incitant.

Conférence de presse de François Molins

Le cerveau présumé des attentats de Paris, Abdelhamid... (AP) - image 3.0

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Le cerveau présumé des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud (photo), ne figure pas parmi les huit personnes interpellées, et on ignore s'il figure parmi les personnes décédées, a déclaré le procureur François Molins, en charge de l'enquête, lors d'une déclaration à la presse.

AP

Le film de l'assaut

Voici le déroulé de l'assaut policier lancé mercredi avant l'aube à Saint-Denis.

De nombreuses inconnues demeurent, le procureur de Paris, François Molins, ayant déclaré mercredi soir n'être pas en mesure de donner un bilan précis:

Vers 4h20 (heure locale): l'assaut est lancé par la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire et l'unité d'élite du RAID contre un appartement dans le centre piétonnier de St-Denis (au nord de la capitale). Une fusillade se produit. Les enquêteurs se sont orientés vers la piste de cet appartement après avoir recueilli un témoignage faisant état de la présence du jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, suspecté d'être l'inspirateur des attentats du 13 novembre, sur le territoire français, expliquera plus tard François Molins. Le Stade de France, une des cibles des attentats de vendredi, est situé à une vingtaine de minutes à pied de l'appartement.

4h30: les pompiers interviennent en soutien du RAID face à «un groupe armé retranché dans un appartement». «La porte blindée de l'appartement a résisté dans un premier temps aux charges explosives du RAID, ce qui a permis aux terroristes de préparer leur riposte. Des tirs très nourris et quasi ininterrompus se produisent pendant près d'une heure, plus de 5000 munitions ont été tirées du côté de la police», racontera François Molins. Puis «a retenti une explosion», une femme ayant vraisemblablement «activé son gilet explosif», ce qui devra «être vérifié», toujours selon le procureur.

Vers 4h45: le RAID parvient à interpeller dans l'immeuble trois personnes, dont l'une blessée par balles au bras, selon le procureur.

Vers 5h: les tirs reprennent selon des riverains. Le quartier est complètement bouclé par les forces de l'ordre.

6h20: métros, bus et tramways desservant St-Denis sont à l'arrêt.

7h21: la préfecture annonce la fermeture des écoles et collèges du centre-ville de St-Denis.

7h30: de fortes détonations sont entendues, trois heures après le début de l'opération ponctuée d'intenses fusillades.

7h40: la préfecture recommande aux habitants de rester chez eux.

7h58: une cinquantaine de militaires sont déployés à St-Denis.

8h05: le président François Hollande suit l'opération dans son bureau à l'Élysée, avec le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

8h30: poursuite de l'opération antiterroriste qui mobilise également un hélicoptère.

10h: un Conseil des ministres est maintenu à l'Élysée, alors que l'opération se poursuit.

11h26: une source policière annonce la fin de l'assaut. Huit personnes ont été interpellées au total dont trois près de l'appartement visé, deux dans les gravats de l'immeuble et les autres sur la voie publique. Cinq policiers ont été légèrement blessés.

19h: lors de l'opération, «une nouvelle équipe de terroristes a été neutralisée et tout laisse à penser que, au regard de leur armement, leur organisation structurée et leur détermination, ce commando pouvait passer à l'acte», déclare François Molins lors d'une conférence de presse. Au moins deux des individus ont été tués. Des vérifications sont en cours pour savoir si Abdelhamid Abaaoud, et Salah Abdeslam, suspect-clé traqué par la police, ont été tués dans l'assaut. «Abaaoud et Salah Abdeslam ne font pas partie des gardés à vue», a en tout cas indiqué François Molins.

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