Des rescapés du Bataclan racontent

Le groupe de rock Eagles of Death Metal... (PHOTO ARCHIVES AFP)

Agrandir

Le groupe de rock Eagles of Death Metal au Bataclan vendredi, quelques minutes avant que les assaillants ne pénètrent dans la salle.

PHOTO ARCHIVES AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Eve Szeftel
Agence France-Presse
Paris

L'incompréhension, d'abord. Puis les corps qui chutent, les cris, le face-à-face avec des tueurs, «kalach» en bandoulière et baskets aux pieds, déterminés à venger dans le sang leurs «frères de Syrie». Sous le choc, quatre rescapés du massacre du Bataclan racontent leur soirée de terreur à l'AFP.

Musicien à ses heures, Loïc Wiels était content d'avoir réussi à acheter à la dernière minute une place pour le concert des Eagles of Death Metal, qui affichait complet.

Dans la salle bondée, qui peut accueillir jusqu'à 1500 spectateurs, le concert du groupe californien est commencé depuis 45 minutes quand des explosions retentissent.

Pas de panique, quelqu'un lance même: «c'est des pétards».

«Je me retourne et je vois deux mecs avec des kalach en bandoulière. Ils étaient habillés normalement, jean baskets. J'ai d'abord cru qu'ils tiraient en l'air. Puis j'ai vu des gens tomber», raconte Sylvain Raballant, 42 ans.

Tous ceux, comme Loïc et Sylvain, qui se trouvent dans la fosse, se jettent par terre.

«J'ai vu trois assaillants, dont deux distinctement. L'un avait l'air d'un jeune type, une petite barbe de trois jours. L'autre était rasé de près, portait des petites lunettes et une sorte de béret jaune. Il portait aussi ce que j'ai pris pour un gilet pare-balles: c'était en réalité une ceinture explosive», témoigne Loïc Wiels.

Avec le recul, cet informaticien de 33 ans est frappé par «l'incompréhension qui régnait dans la salle : je sentais le sang qui coulait par terre, l'onde de choc des gens qui tombaient autour de moi, je recevais des copeaux de bois à cause des balles qui avaient ripé, mais au balcon, les gens n'avaient pas l'air de réaliser ce qui se passait».

«Ils ont tiré dans le tas, des gens essayaient de s'enfuir par la scène, mais ils disaient: "si vous bougez, on vous tue"», raconte Philippe, 35 ans. Ce juriste qui a souhaité garder l'anonymat a entendu les assaillants déclarer: «Ce qui vous arrive, c'est de votre faute. On vient venger nos frères de Syrie.»

Comprenant qu'ils sont pris au piège, les spectateurs n'ont qu'une idée en tête: se faire le plus discret possible.

«Des portables sonnaient, alors ils tiraient: "paf". Toutes les 15 secondes: "paf".» Voyant des gens se lever pour tenter de gagner la porte, Sylvain les imite. Une nouvelle rafale le cloue au sol, «la tête dans les bras, près de la console de son».

«J'attendais la balle fatale»

«Je n'ai plus bougé, je cherchais même à ne pas respirer. À côté de moi, il y avait un mec bourré qui n'arrêtait pas de dire: "on va tous crever". On était plusieurs à lui chuchoter de la fermer. Il y avait aussi des gens qui gémissaient... C'était l'horreur.»

Anthony, lui, était «au fond de la salle : c'est ce qui m'a sauvé».

Un mouvement de foule le précipite sur le sol. Quand il relève la tête, au bout d'un moment qui dure «entre 30 secondes et 20 minutes...», il voit, le dominant de toute sa hauteur, un «gars barbu, pas cagoulé, une arme à la main», qui tire, méthodiquement. «J'attendais la balle fatale.»

«Et puis quelqu'un a crié qu'ils étaient partis, tout le monde a voulu sortir, j'ai glissé dans une mare de sang très épaisse, on a rampé, on se montait les uns sur les autres...»

Quand il voit lui aussi les policiers, Sylvain court vers le bar, les mains sur la tête, pour ne pas être pris pour un tireur.

Entre-temps, Loïc et Philippe, profitant du fait que les assaillants sont montés à l'étage, se précipitent, l'un vers la sortie de secours, qui est prise d'assaut, l'autre vers l'entrée principale.

«Du balcon, ils se sont remis à tirer vers la fosse. Quand ils se sont reculés pour recharger leur arme, je me suis levé et j'ai couru, j'ai couru jusqu'à la sortie et je me suis pas arrêté de courir jusqu'à la station» de métro.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer