Aung San Suu Kyi sur les marches du pouvoir en Birmanie

Une jeune supporteur de Aung San Suu Kyi... (AP, Mark Baker)

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Une jeune supporteur de Aung San Suu Kyi porte un bandeau aux couleurs du parti de l'opposante birmane.

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Agence France-Presse

RANGOUN - Des millions de Birmans ont pris le chemin des bureaux de vote pour participer à des législatives historiques, en mesure de propulser au pouvoir l'opposante Aung San Suu Kyi.

«Les gens sont si excités» par ces premières élections nationales promises démocratiques depuis 25 ans, s'enthousiasme Myint Aung, un électeur de 74 ans. Toute l'attention médiatique était tournée vers celle qui a passé plus de 15 ans en résidence surveillée et vote elle-même pour la deuxième fois dans son propre pays, à 70 ans, Aung San Suu Kyi.

Des régions reculées du nord à Rangoun, la députée attire les foules de tous les âges, vêtues de rouge, la couleur de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). 

Elle rêve aujourd'hui de voir son pays définitivement tourner la page d'une junte qui a laissé le pays en ruines, opprimé la population pendant des décennies et l'a enfermée pendant 15 ans.

En cas de victoire, «je dirigerai le gouvernement» et «je serai au-dessus du président» élu par les parlementaires, a lancé Suu Kyi jeudi devant la presse internationale, défiant les lois imposées par la junte. Elle ne peut en effet prétendre devenir présidente à cause d'un article de la Constitution qui bloque l'accès à la fonction suprême pour les personnes ayant des enfants de nationalité étrangère. Or ses deux enfants sont britanniques.

«Cette élection est une grande chance de changement pour notre pays. Le genre de chance qui n'arrive qu'une fois ou deux dans l'histoire», a confié quelques jours plus tôt la Prix Nobel de la paix lors d'un grand meeting à Rangoun.

Pour des Birmans soumis aux duretés de la vie sous une junte ayant coupé le pays du monde, Suu Kyi incarne encore aujourd'hui «leurs espoirs d'un retour à la démocratie», estime Phil Robertson, représentant de l'ONG Human Rights Watch en Asie.

Le pays a connu de grands changements depuis l'ouverture du pays en 201, mais «deux grands facteurs n'ont pas changé: l'aura charismatique de Suu Kyi et l'emprise durable de l'élite militaire», explique le politologue Nicholas Farrelly.

«Pour de nombreux électeurs de Birmanie, elle est la figure de la lutte contre l'autoritarisme dans leur pays. Ils imaginent que le destin démocratique interrompu dans les années 90 est maintenant à portée de main», ajoute-t-il.

Lors des dernières élections nationales jugées libres, en 1990, la junte s'était laissée surprendre et avait laissé la LND concourir et gagner. Mais les résultats n'avaient pas été reconnus et Aung San Suu Kyi, alors en résidence surveillée, n'avait pas pu voter. Et en 2010, la LND avait boycotté les élections.

Ce scrutin est donc considéré comme révélateur du succès de la transition démocratique amorcée il y a quatre ans, avec l'autodissolution d'une junte ayant régné d'une poigne de fer depuis 1962. En 2012, avancée démocratique significative, la LND avait fait une entrée fracassante au Parlement, à la faveur d'une élection partielle. 

La plupart des 30 millions de Birmans appellés à s'exprimer ce dimanche n'ont jamais voté de leur vie.

Aung San Suu Kyi a voté à Rangoun.... (AP, Khin Maung Win) - image 2.0

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Aung San Suu Kyi a voté à Rangoun.

AP, Khin Maung Win

Fille du héros de l'indépendance

La récente mue en femme politique de Suu Kyi - elle est entrée au Parlement en 2012 à l'occasion d'élections partielles - a pourtant terni sa réputation d'icône des droits humains, notamment à l'étranger.

Pragmatique, elle évite de s'avancer sur le sort des Rohingyas, minorité musulmane persécutée en Birmanie.

Au sein de son parti, certains lui reprochent aussi son autoritarisme et le peu de place laissé aux jeunes.

L'entrée en politique de Suu Kyi n'avait rien de programmé. Après la mort de son père, assassiné en 1947 quand elle avait deux ans, la première partie de sa vie s'est déroulée en exil, d'abord en Inde puis en Grande-Bretagne.

Elle y mène d'abord la vie d'une femme au foyer modèle, femme d'un universitaire spécialiste du Tibet à Oxford et mère de deux petits garçons.

Mais en 1988, se rendant en Birmanie au chevet de sa mère, elle arrive en plein soulèvement contre la junte, réprimé dans le sang et décide de s'impliquer dans le destin de son pays.

«Je ne pouvais pas, en tant que fille de mon père, rester indifférente à tout ce qui se passait», dit-elle lors de son premier discours, à la pagode Shwedagon, en 1988, resté comme le moment où l'icône Suu Kyi est née.

Elle est autorisée à former la LND mais est rapidement placée en résidence surveillée. Elle assiste ainsi, à distance, à la victoire de son parti aux élections de 1990, dont la junte refuse de reconnaître les résultats.

Les années de résidence surveillée passent, dans sa maison au bord d'un lac en plein Rangoun, où de rares émissaires sont autorisés à lui rendre visite, ainsi que parfois ses deux garçons, restés vivre en Angleterre avec leur père. Celui-ci mourra d'un cancer sans que sa femme n'aille lui dire adieu, de crainte de ne plus être autorisée à rentrer en Birmanie.

En 2010, elle est libérée après 15 ans de résidence surveillée, dont sept consécutifs, affichant toujours une détermination sans faille.

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