De reine du narcotrafic... à romancière

Raquel de Oliveira a été la femme de Naldo,... (AFP, Tasso Marcelo)

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Raquel de Oliveira a été la femme de Naldo, le chef légendaire du trafic de drogue de la Rocinha, plus grande favela de Rio et du Brésil dans les années 80.

AFP, Tasso Marcelo

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Agence France-Presse

RIO DE JANEIRO - À 6 ans, elle sniffait de la colle pour tromper la faim, à 9 ans, sa grand-mère l'a vendue à un «capo» des jeux clandestins et à 11, on lui faisait cadeau de son premier revolver.

Elle fut la femme de Naldo, le chef légendaire du trafic de drogue de la Rocinha, plus grande favela de Rio et du Brésil dans les années 80. Et après la mort de son bien-aimé, abattu par la police dans un échange de tirs, elle est devenue trafiquante à son tour.

Sa dépendance à la cocaïne et l'alcool lui a fait perdre tout ce qu'elle avait.

Mais Raquel de Oliveira a tourné la page: en traitement depuis 10 ans pour contrôler sa dépendance, elle a découvert la poésie, fait des études secondaires, obtenu une bourse et étudié la pédagogie à l'université.

À 54 ans, elle vient de publier un roman intitulé La numéro Un. «C'est l'histoire de ma vie. C'est uniquement grâce à la littérature que j'arrive à affronter mon histoire depuis 30 ans. Écrire me donne du plaisir, cela remplace la cocaïne. J'arrive à fuir la douleur, ça m'anesthésie», confie-t-elle à l'AFP dans la favela de Babilonia, en marge de la Foire annuelle de littérature des périphéries (FLUPP) qui s'y tient, sur les hauteurs de Copacabana.

Il y a deux ans, la FLUPP a publié les premiers poèmes de Raquel. C'est dans les ateliers littéraires de cette foire qu'elle a puisé le courage d'écrire un roman.

Vendue par sa grand-mère

Sa mère, employée domestique, vivait chez ses patrons dans un appartement luxueux de Copacabana.

Elle a grandi avec son père - qu'elle se contente de qualifier de «pédophile» - dans une maison rudimentaire de la Rocinha, où le sol battu était recouvert de journaux. «Depuis toute petite, la boisson était un mélange de vin et d'eau sucrée. Tous les enfants buvaient ça pendant que les adultes s'enivraient et, jusqu'à aujourd'hui, je me rappelle de mon visage chaud» à cause de l'alcool, se remémore cette petite femme énergique à l'abondante chevelure noire.

Quand elle avait 6 ans, son père l'a enfermée dans la masure et l'a abandonnée. Raquel s'est échappée par les toits plats de la favela où plusieurs enfants passaient leur temps à jouer au cerf-volant et à sniffer de la colle. «Quand j'avais 9 ans, ma grand-mère m'a vendue. J'étais un poids pour elle. Elle était accro au jeu de la roulette et je lui ai servi à obtenir de l'argent», dit-elle. L'acquéreur était un chef de la loterie clandestine, déjà «parrain» de plusieurs fillettes.

«Il était très aimable et protecteur. Il achetait les fillettes en pensant qu'il aidait les familles. C'était une pratique courante, mais cela alimentait la prostitution. Quand je suis arrivée chez lui, trois étaient enceintes de lui.»

Mais Raquel échappe à ce triste sort quand un prêtre du culte afro-brésilien Umbanda déclare à son «parrain» : «Cette enfant ne sera pas pute, tu dois l'adopter!» Le mafieux l'élèvera comme sa propre fille et lui fait cadeau, à 11 ans, de son premier revolver «pour se protéger d'un tas de bandits».

«L'amour de ma vie»

Sa vie prend un tournant à 25 ans quand elle devient la femme de Naldo, charismatique chef du trafic de la Rocinha, le premier à donner des entrevues à la presse et à introduire des fusils dans la favela. «C'était l'amour de ma vie. On a vécu trois ans ensemble. J'aimais tout ce qu'il m'offrait : la sécurité, le plaisir d'être avec moi. On faisait tout le temps l'amour. Découvrir cela a été formidable, car j'avais déjà été mariée et cela avait été une merde», dit-elle.

Après la mort de Naldo, elle devient trafiquante à la Rocinha où elle vit toujours. Elle commence à boire et se drogue plus que jamais : «La cocaïne remplaçait tout ce que ne pouvait plus me donner mon mari.»

Jusqu'en 2005, quand un ami l'aide à entamer une cure de désintoxication.

Raquel ne se plaint pas de sa vie, considérant même qu'elle a eu de la chance. Elle a plein de projets : obtenir sa maîtrise en pédagogie, publier un autre roman et deux livres de poésie.

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