Au moins 95 morts dans l'attentat le plus meurtrier de l'histoire turque

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Un expert en desarmoçage de bombes marchent près des corps des victimes de l'attentat, recouverts de drapeaux.

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Susan Fraser
Associated Press
Ankara

Deux explosions survenues presque simultanément samedi à Ankara, près du lieu d'un rassemblement pour la paix organisé par des militants de gauche et des activistes kurdes, ont fait au moins 95 morts et 245 blessés, dont 48 reposent dans un état critique, selon le plus récent bilan des autorités.

Les déflagrations se sont produites à quelques minutes d'intervalle à l'extérieur de la principale gare de la capitale de la Turquie, alors que des centaines de participants s'étaient réunis en prévision de la manifestation lancée par le syndicat de la fonction publique du pays et d'autres groupes de la société civile.

Le but de l'événement était de réclamer davantage de démocratie ainsi que la fin des affrontements entre les rebelles kurdes et les forces de sécurité turques.

Aucun groupe n'a revendiqué la responsabilité des explosions, qui se sont déroulées à 50 mètres l'une de l'autre, mais le premier ministre, Ahmet Davutoglu, a affirmé qu'il y avait des «signes forts» indiquant qu'il s'agissait d'attentats-suicides. Les autorités ont dit avoir ouvert une enquête à ce sujet. Les explosions ont eu lieu à un moment difficile pour la Turquie, qui doit tenir des élections anticipées le 1er novembre.

M. Davutoglu a aussi laissé entendre que les rebelles kurdes ou le groupe armé État islamique pourraient être responsables.

Le gouvernement turc est sur le qui-vive depuis qu'il a accepté de jouer un rôle plus actif dans la lutte contre le groupe État islamique (ÉI). Le pays, qui est membre de l'OTAN, a notamment autorisé les avions américains à utiliser ses bases militaires pour mener leurs raids aériens contre l'organisation terroriste, en plus d'effectuer lui-même des frappes contre l'ÉI. La Turquie est en outre le pays qui accueille le plus de réfugiés syriens au monde.

Les chasseurs turcs ont aussi bombardé à de multiples reprises les positions des rebelles kurdes dans le nord de l'Irak. Quelque 150 policiers et soldats turcs, de même que des centaines d'insurgés du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ont péri depuis la reprise des hostilités, en juillet.

Au rassemblement de samedi, certains disaient croire que les rebelles du PKK déclareraient un cessez-le-feu temporaire - ce qu'ils ont fait, quelques heures après l'attentat - pour assurer que les élections du 1er novembre se passent dans le calme et la sécurité.

Des images diffusées par l'agence de nouvelles turque Dogan montrent des manifestants près de la gare d'Ankara, chantant et exécutant une danse traditionnelle en se tenant par la main, lorsqu'une immense explosion derrière eux les surprend. Par la suite, un photographe de l'Associated Press a vu plusieurs corps recouverts de drapeaux ensanglantés et de bannières apportées par les manifestants.

L'une des craintes déjà évoquées pour la Turquie est que ces attentats attisent les tensions ethniques déjà sensibles. Selon Soner Cagaptay, un analyste à l'Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, c'est ce qui pourrait se produire avec ce «massacre, qui vise une foule pro-kurde mais surtout turque».

D'après l'expert, ce pourrait être l'oeuvre de groupes «qui espèrent inciter le PKK ou ses éléments plus jeunes et radicaux à continuer de combattre la Turquie». Il ajoute que c'est le groupe État islamique qui profiterait le plus d'un conflit à grande échelle entre la Turquie et le PKK.

«Ce développement pourrait faire de l'ÉI un problème secondaire aux yeux de plusieurs Turcs et du PKK», a-t-il fait valoir par courriel.

Des petites manifestations antigouvernementales se sont formées sur les lieux du drame et à l'extérieur d'hôpitaux d'Ankara, pendant que le ministre de l'Intérieur, Selami Altinok, visitait les blessés. Plus tard, des milliers de personnes se sont rassemblées à Istanbul, près de la place principale, dénonçant les attaques et accusant le gouvernement d'être responsable de l'intensification des tensions dans le pays.

Le gouvernement turc a temporairement interdit aux médias de diffuser des images du moment des explosions, des images horribles ou sanglantes «qui créent un sentiment de panique», a-t-il estimé.

Le premier ministre a décrété un deuil national de trois jours.

Des millers de manifestants prennent la rue pour... (Agence France-Presse) - image 2.0

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Des millers de manifestants prennent la rue pour protester contre l'attentat qui a fait plus de 86 morts. 

Agence France-Presse

Trêve du PKK

Comme M. Davutoglu, le ministre de l'Intérieur Selami Altinok a démenti toute «faiblesse du service de sécurité» prévu pour la manifestation.

Le HDP a pointé du doigt la similitude entre l'attentat d'Ankara et celui survenu le 20 juillet dernier à Suruç, près de la frontière syrienne, où 33 militants de la cause prokurde ont été tués dans une attaque attribué à l'EI.

Dans la foulée de cette attaque, les affrontements ont repris entre l'armée et la police turques et les rebelles du PKK, qui ont fait voler en éclat un fragile cessez-le-feu qui tenait depuis mars 2013.

Plus de 150 policiers ou soldats ont été tués depuis dans des attentats attribués aux rebelles kurdes, alors que les autorités turques affirment avoir «éliminé» plus de 2.000 membres du PKK lors de leurs opérations de représailles.

Sans en faire mention, le PKK a annoncé samedi quelques heures après l'attentat d'Ankara la suspension de ses activités avant les élections.

«Notre mouvement a décrété une période d'inactivité pour nos forces de guérilla, sauf si nos militants et nos forces de guérilla étaient attaqués», a publié sur son site internet l'Union des communautés du Kurdistan (KCK), qui chapeaute la rébellion. «Nous ne feront rien qui peut empêcher une élection équitable», a ajouté le mouvement.

Lors du scrutin législatif du 7 juin dernier, le parti du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans au Parlement, notamment en raison du bon score réalisé par le HDP.

Après l'échec des négociations pour la formation d'un gouvernement de coalition, il a convoqué des élections anticipées pour le 1er novembre.

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