Pont fermé sur la route 132: le ministère informé du problème en 2015

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Si les réparations se déroulent comme prévu, le pont de la rivière Grande-Cascapédia aura été fermé environ 400 jours.

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Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(New Richmond) Le ministère des Transports du Québec a été informé en octobre 2015 que le pilier 9 du pont enjambant la rivière Grande-Cascapédia était miné par le dessous, et que la firme ayant réalisé l'inspection recommandait de corriger la situation. Il s'agit du même pont fermé depuis le 8 mai 2017, et sur lequel ces travaux recommandés en 2015 n'ont pas été réalisés.

Ce pont ne sera rouvert qu'en juin 2018. Selon des documents obtenus par l'avocat gaspésien Nérée Cormier, documents que Le Soleil a pu consulter, Transports Québec a reçu en octobre 2015 un rapport d'inspection de la firme CIMA+ rapportant un «affouillement local» du pilier 9, le même qui a penché au point de mener à la fermeture immédiate du pont, en mai.

C'est la force de la crue printanière qui a miné davantage le dessous de la semelle, ou support, du pilier. La turbulence a été accrue par la présence de débris flottant, dont des arbres, créant un tourbillon. Un affouillement, ou minage, est un vide créé par l'érosion.

Des débris avaient aussi été notés par CIMA+ en 2015. La firme-conseil avait recommandé de les enlever, de corriger la situation d'affouillement à l'aide d'un empierrement. La firme avait aussi conseillé de consolider la fondation avec des sacs de sable/ciment/empierrement et avec du béton.

Le Soleil a demandé à Transports Québec pourquoi le ministère n'a pas réalisé ces travaux entre octobre 2015 et avril 2017.

«L'inspection sous-marine de 2015 faisait état d'un affouillement [phénomène d'érosion causé par le mouvement de l'eau] de faible ampleur sous la pile 9. Ainsi, les travaux de consolidation proposés par CIMA+ consistaient seulement à intervenir du côté amont de la semelle et non sur toute la longueur de la semelle de la pile 9 [...] Cette intervention ne revêtait pas d'un caractère urgent [...] Un projet qui consistait à réaliser des travaux préventifs de réfection des piles et de protection contre l'affouillement, incluant la consolidation de la pile 9, était en élaboration depuis 2016.Ce projet était planifié pour 2018», répond par écrit Alexandre Bougie, porte-parole de Transports Québec.

Il répond après avoir recueilli les précisions des experts du ministère, assurant qu'ils n'ont pas pris de risque en reportant la réparation du pilier 9 à 2018.

«Il est important de préciser qu'en aucun temps, le pont de la rivière Cascapedia ne représentait un risque pour la sécurité des usagers qui l'empruntaient et l'intégrité structurale de celui-ci n'a jamais été compromise», répond la direction du ministère.

De plus, «le projet [en élaboration depuis 2016] s'avérait beaucoup plus complet que les corrections proposées par CIMA+», dit Transports Québec.

Le 12 juillet, ce ministère a indiqué que les réparations au pont, qui débuteront en octobre, coûteront entre 5 millions et 10 millions $. C'est 10 fois plus que l'estimation que le ministère avait réalisée au sujet des travaux qui devaient avoir lieu en 2018, un projet «entre 500 000 $ et 1 million $.»

Compressions

Le budget du ministère des Transports en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine a subi d'importantes compressions depuis 2011. Il est passé de 141 millions $ par an en 2010-2011 à 49 millions $ en 2016-2017. C'est une perte de 65 %. L'austérité a-t-elle joué un rôle dans la décision de Transports Québec de retarder des réparations identifiées en 2015 par CIMA+?

L'avocat gaspésien Nérée Cormier croit que le ministère... (collaboration spéciale Gilles Gagné) - image 2.0

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L'avocat gaspésien Nérée Cormier croit que le ministère des Transports a été négligent entre octobre 2015 et mai 2017. Il tient ici une partie des documents obtenus il y a un mois de ce même ministère.

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«Il n'y a aucun lien entre une diminution des investissements et la réalisation du projet de réparation des piles du pont de la rivière Cascapédia. Les enveloppes régionales sont déterminées en fonction de la priorisation des différents projets et de l'atteinte d'objectifs globaux. Celles-ci ne sont pas, par exemple, déterminées au prorata de la population. Ainsi, les investissements sont appelés à varier d'une année à l'autre», répondent les gens de Transports Québec.

Dans un autre rapport, déposé le 7 juin, la firme Tétra-Tech relève une contradiction entre les plans originaux, datant de 1961, et la fiche d'inspection actuelle. Le pilier 3 aurait dû être appuyé sur des pieux. Le ministère répond toutefois qu'après «discussion avec l'auteur du rapport d'inspection, ce constat a été clarifié et il s'avère qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation des plans par la firme».

Le ministère précise aussi que le pilier 9 «devait initialement reposer sur des pieux. Le pont a été construit en 1961. En raison du nombre d'années qui nous sépare du moment de la conception et de la construction du pont, nous ne connaissons pas les motivations justifiant cette modification aux plans initiaux [...] De plus, l'absence de pieux sous la pile 9 n'affecte en rien la sécurité de l'infrastructure.»

L'avocat Nérée Cormier tire bien peu de satisfaction des réponses fournies par le ministère. «C'est politique. On n'admet rien. Je pense qu'ils ne veulent pas s'impliquer juridiquement», dit-il.

«Ça prendrait un avis d'expert indépendant pour répondre à la question suivante : ''Est-ce que ça aurait pu être évité?'' Sachant que cette situation était fragile, et que ça arrivait depuis 2015, il est difficile de comprendre qu'ils n'aient pas placé une grue sur le pont pour enlever au fur et à mesure les débris qui se trouvaient depuis un bout de temps, des jours. Ils l'ont fait ailleurs à New Richmond, sur un autre pont», ajoute l'avocat.

Me Cormier avale difficilement l'argument soutenu depuis mai par les autorités du ministère, à l'effet que la crue de la Grande-Cascapédia était «centenaire», donc imprévisible. «Ce n'est pas un cas fortuit, un accident qu'on ne peut prévoir. Il y a eu des crues comparables dans le passé et il y en aura dans l'avenir. Il suffit de regarder l'actualité. Je pense qu'il y a eu négligence du ministère.»

***

724 tours de Terre et 45,8 ans au volant!

Les usagers affectés par la fermeture du pont de la route 132 doivent emprunter un détour de 11,5 kilomètres, ce qui représente en gros 11 kilomètres de plus que passer sur le pont. Il y a en moyenne 6600 véhicules par jour passant par cette portion de la route 132. Le pont est fermé depuis le 8 mai et il s'écoulera 400 jours, en gros, avant sa réouverture, prévue pour juin 2018. Il faut compter un minimum de 10 minutes et demie pour parcourir le détour en respectant la vitesse légale, soit 10 minutes de plus que circuler sur le pont et ses approches. Si on additionne tous les kilomètres parcourus par tous les conducteurs à cause de l'imposition du détour, on arrive au joli total de 29 040 000 kilomètres, l'équivalent de 724,64 tours de Terre! Le temps perdu au volant par tous les automobilistes passant dans le détour s'établit à 26,4 millions de minutes, soit 45,83 ans. On ne compte pas ici le temps perdu par les passagers des véhicules et le carburant brûlé inutilement.




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