Rivière-au-Renard, 10 ans après les inondations

Les deux victimes des inondations de 2007 avaient... (Photothèque Le Soleil, Geneviève Gélinas)

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Les deux victimes des inondations de 2007 avaient été emportées avec la maison qu'ils louaient près de la rivière au Renard. Le corps d'Henri Dupuis avait été repêché quelques heures après la tragédie alors que le corps de sa femme, Marie-Paule Blanchette, avait été retrouvé plus d'une semaine plus tard au large de Shippagan, au Nouveau-Brunswick.

Photothèque Le Soleil, Geneviève Gélinas

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<p>Geneviève Gélinas</p>
Geneviève Gélinas

collaboration spéciale

Le Soleil

(Rivière-au-Renard) Il y aura dix ans le 9 août, les résidents de Rivière-au-Renard se réveillaient dans un village dévasté par une inondation, avec deux morts à pleurer. Aujourd'hui, les ex-sinistrés vivent dans un quartier protégé des soubresauts de la rivière, les services d'urgence se mobilisent plus tôt quand l'eau monte et un certain renouveau est visible dans le village. De quoi donner de l'espoir aux victimes des inondations du printemps dernier.

Dans la nuit du 8 au 9 août 2007, Gaétan et Paulette Boulay ont passé quatre heures juchés sur des chaises de patio en attendant les secours. Aujourd'hui, ils ne s'énervent plus quand il pleut. En haut de la colline où ils ont déménagé leur maison, l'eau ne peut pas les atteindre. Et leurs voisins sont pour la plupart des sinistrés de 2007.

«À 3h du matin, un voisin nous a réveillés. Il nous a demandé si on avait de l'eau dans la cave», se rappelle M. Boulay. Dans la demi-heure suivante, l'eau est montée très vite. Elle a rempli le sous-sol, a fait céder la porte d'entrée et s'est accumulée à hauteur d'un pied au rez-de-chaussée. «En 30 minutes, on a perdu tout ce qu'on avait bâti en 30 ans», dit M. Boulay.

Le couple est sorti sur sa terrasse et a grimpé sur des chaises. «On entendait les bateaux circuler sur la montée Morris [la principale route inondée]. Je criais, mais ils ne me voyaient pas», dit M. Boulay. Il a vu son voisin d'en face monter dans sa camionnette, dériver avec le courant et rester accroché dans un arbre. «J'ai appelé la SQ. Un "loader" est venu, on a embarqué dans la pelle.»

Au matin, Gaétan Boulay s'est mis en mode action. «Tout était plein de vase. Tu te dis : ''Je fais quoi?'' Mais il faut que tu fasses de quoi. J'ai pris ma "hose", j'ai nettoyé un coin de patio. J'ai déplacé les voitures au tracteur, j'ai gratté la vase.»

Les pompiers et les policiers fouillaient méticuleusement les... (Photothèque Le Soleil, Geneviève Gélinas) - image 2.0

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Les pompiers et les policiers fouillaient méticuleusement les débris laissés près du pont des Plourde afin de retrouver le corps d'une des deux victimes emportées par les eaux de la rivière.

Photothèque Le Soleil, Geneviève Gélinas

À 55 et 53 ans, Paulette et Gaétan Boulay pensaient avoir mis «les dernières cennes» dans leur maison. Il a fallu se remettre à l'ouvrage. M. Boulay a négocié un terrain sur une colline d'où l'on voit le port de Rivière-au-Renard. «Quand on montait ici, au printemps, Paulette me disait : on devrait monter la maison ici. Mais il n'y avait rien. Pas de chemin, pas d'aqueduc.»

C'est ce secteur que la municipalité a choisi de développer pour reloger les sinistrés. Les Boulay ont déménagé leur maison au sommet. Ils auraient eu juste assez d'aide publique pour se réinstaller comme avant, mais ont choisi de mettre de l'argent de leur poche pour améliorer leur sort, en ajoutant notamment un solarium pour jouir de la vue. Le 8 janvier 2008, les Boulay s'installaient chez eux, après cinq mois dans leur roulotte ou chez de la famille.

«Il reste toujours des séquelles. Quand c'est arrivé, la maison, le char et le pick-up étaient payés. Mais c'était un bel âge pour que ça nous arrive», dit M. Boulay.

Dans les mois qui ont suivi l'inondation, Mme Boulay a développé un cancer, qu'elle a combattu avec succès. Elle est convaincue que les tracas de l'inondation en sont responsables. Les Boulay ont aussi vu des suicides et des séparations de couples parmi les sinistrés. Dix ans plus tard, M. Boulay dit aux victimes d'inondations d'ailleurs au Québec : «Gardez le moral, foncez et ne restez pas à genoux.»

En sécurité

Les voisins des Boulay sont en grande majorité des sinistrés, comme Madeleine Cotton et Roger Poirier. La nuit de l'inondation, M. Poirier est descendu dans sa chambre froide, au sous-sol, où l'une de ses pompes venait de tomber en panne. L'eau s'est engouffrée par la fenêtre et sous la pression, la porte s'est refermée derrière lui. Le niveau a monté, et monté encore. Il avait la tête collée au plafond quand les gonds de la porte ont cédé.

Paulette et Gaétan Boulay jouissent de la vue... (collaboration spéciale Geneviève Gélinas) - image 3.0

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Paulette et Gaétan Boulay jouissent de la vue sur la mer et sur le port de Rivière-au-Renard, de la colline où ils ont déménagé leur maison.

collaboration spéciale Geneviève Gélinas

«Ça a été un miracle que la porte lâche. J'ai rêvé souvent que j'étais pris dans le sous-sol», dit M. Poirier.

À leur ancien emplacement, les inondations étaient un problème récurrent. «Certains sont restés nostalgiques, mais moi je dis que [l'inondation de 2007] a été un mal pour un bien. On avait de l'eau dans la cave de plus en plus souvent», dit Mme Cotton.

«On s'est réinstallés, on a eu de l'aide de la Croix-Rouge et de la Sécurité civile, poursuit-elle. On a une vue splendide et il a beau pleuvoir, ça nous coule dessus comme sur le dos d'un canard.»

Mme Cotton a vu les actualités sur les inondations dans le sud du Québec ce printemps. «Ce qui m'inquiète pour eux, c'est qu'ils sont sur des terres inondables et n'ont nulle part où aller. Nous, on est restés dans notre village.»

Si M. Poirier et Mme Cotton ont pu relocaliser leur maison, ce n'est pas le cas de Réal Cloutier. «L'eau avait monté de quatre pieds sur le plancher. Tout était fini.» Il a reçu 112 000 $ d'aide, et a allongé le reste pour construire une résidence neuve et la remeubler. «On avait quelques piastres, on les a mises là-dedans», dit M. Cloutier, qui a trouvé dur de repartir à zéro à 68 ans.

***

Hommage aux deux disparus ce dimanche

Paule Blanchette et Henri Dupuis étaient revenus dans... (fournie par famille) - image 5.0

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Paule Blanchette et Henri Dupuis étaient revenus dans leur région natale depuis quelques années quand la rivière au Renard les a emportés.

fournie par famille

Ce dimanche, des membres de la famille d'Henri Dupuis et Marie-Paule Blanchette rendront hommage au couple décédé en 2007, quand sa maison a été emportée par la rivière. Leur fils aîné, Richard, revient sur les événements, où il a bien failli perdre aussi son frère et sa belle-soeur.

Les Gaspésiens Henri et Marie-Paule Dupuis ont élevé leurs cinq enfants à Montréal où Henri travaillait dans un chantier maritime, puis en Ontario où il a gagné sa vie dans des mines. À 77 et 73 ans, ils étaient de retour depuis quelques années à Rivière-au-Renard, le village natal d'Henri.

Le couple louait une petite maison près de la rivière au Renard, leur «petit Miami», disaient-ils à leurs amis. Le soir du 8 août, leur fils Mario et son épouse étaient en visite. 

C'est d'ailleurs de son frère Mario que Richard tient le fil des événements. «Il s'est mis à mouiller. L'eau est montée jusqu'au petit perron. Ma mère a dit : "Il faudrait peut-être partir". Mon père a dit : "C'est correct, on va attendre". Ce n'était pas la première fois que la rivière montait.» 

Cette fois, l'eau est montée plus haut et plus vite que d'habitude. Quand les Dupuis ont décidé de partir, le courant était trop fort, rapporte Richard Dupuis. «Ils sont retournés dans la maison. Ma mère a appelé les secours. Ça ne répondait pas. L'eau s'est mise à rentrer. Les objets tombaient. La maison est partie comme un bateau, vers le pont des Plourde.»

La maison s'est appuyée au pont. «Ils se sont dits : "Enfin, on est sauvés!" Je sais que des personnes ont vraiment tenté de sauver ma famille. Un homme a dit : "On va vous sortir, M. Henri". Il avait la main tendue.» Cet homme, c'était André Chouinard, un voisin qui revenait de travailler.

Trop tard, la maison s'écroulait. «Mon frère a senti qu'il virevoltait dans l'eau. Il a vu de la clarté, il s'est poussé avec les pieds et s'est accroché à un gros drain agricole. Les gens les ont sortis de l'eau, lui et sa femme.»

Le corps d'Henri a été repêché le jour même et celui de Marie-Paule, une semaine plus tard. «Ça a été une grosse perte, c'était des gens généreux, accueillants. On se disait : "Voyons donc, ça se peut pas".»

«Je tiens à dire que mon frère a sauvé mes parents d'une certaine façon. Il y a des choses qui se sont passées dans la maison que je ne peux pas raconter. Mais il les a protégés jusqu'à la fin. Il est resté près d'eux et les a sécurisés», rapporte Richard Dupuis.

«Dix ans plus tard, ajoute-t-il, je me demande ce qui s'est passé dans le système pour que mes parents n'aient pas le secours à temps, alors qu'ils étaient au bord du gouffre. Je le dis sans jugement et sans reproche. Ça m'a toujours tracassé.»

Secouriste

Gilles Mathurin, un employé municipal, a dû se muer en secouriste cette nuit-là. Il était sur les routes de Rivière-au-Renard depuis 20h la veille. «On faisait des tournées, il fallait mettre des barricades et surveiller parce qu'ils annonçaient beaucoup de pluie.»

Pendant la nuit, «on était allés pour faire sortir les Dupuis. M. Dupuis [Henri] ne voulait pas, il disait qu'il était correct. Il y avait de l'eau tout autour de la maison. Une heure et demie à deux heures après, ça avait monté de trois à quatre pieds. Comme on arrivait avec le "loader", la maison venait de partir. On a viré de bord. Quand on est arrivés au pont, elle était déjà là. On entendait parler, crier. Il faisait noir. On était trois. On a sauté la garde du pont, on se tenait. On a vu la main de Mario, on a tiré. Lui tenait sa femme de son autre main. Je n'ai rien entendu des deux autres.»

M. Mathurin est ensuite reparti sur son chargeur pour aller secourir d'autres sinistrés coincés chez eux.

La population est invitée à une cérémonie commémorative à 11h30 ce dimanche au parc de la rue Gauthier à Rivière-au-Renard, où sont affichés des panneaux qui rappellent l'inondation et ses impacts. 

***

Les inondations en chiffres...

  • pertes de vie
  • 250 personnes évacuées
  • 91 résidences inondées
  • 38 résidences relocalisées
  • 19 commerces sinistrés
  • 114 millimètres de pluie en 24h




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