Morts mystérieuses de baleines noires: des questions sans réponses

Une des carcasses de baleines noires mortes mystérieusement... (Archives La Presse canadienne, Marine Animal Response Society)

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Une des carcasses de baleines noires mortes mystérieusement est examinée à l'Île-du-Prince-Édouard, le 29 juin.

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<p>Fanny Lévesque</p>

(Québec) Le mystère demeure entier après la découverte jeudi d'une septième carcasse de baleine noire dans le golfe du Saint-Laurent, du jamais-vu. Pourquoi autant de mortalités en si peu de temps? La «grande question» ronge les experts depuis un mois.

«C'est très préoccupant», n'hésite pas à dire le directeur du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud. Depuis la fin juin, sept baleines noires de l'Atlantique, au nombre des espèces en voie de disparition sur la planète, ont été retrouvées mortes. Leur population totale est estimée à 500. 

Pêches et Océans Canada, en collaboration avec la communauté scientifique, fait enquête pour trouver des réponses. Pour l'heure, trois nécropsies ont pu être exercées sur autant de carcasses. Les résultats préliminaires démontrent qu'une baleine se serait empêtrée dans les filets et que les deux autres seraient mortes après une collision. 

Rien d'anormal pour les baleines noires, qui s'alimentent près de la surface et qui se tiennent près des voies navigables. Ce qui tourmente, c'est le nombre de mortalités en si peu de temps. «Est-ce qu'il y aurait des conditions particulières [...] qui auraient eu un impact débilitant, augmentant leur vulnérabilité et habilité à naviguer», s'interroge-t-il. 

Algue toxique? 

Les événements de juin ne sont pas sans rappeler l'épisode de la «marée rouge» de 2008, lors de laquelle la floraison d'une algue toxique avait causé la mort de milliers de poissons, de centaines d'oiseaux et de mammifères marins. «Celle qu'on appelle l'algue rouge produit une neurotoxique qui rend les animaux inaptes à naviguer», ajoute l'expert. 

Si c'est le cas, pourquoi seules les baleines noires semblent être touchées? Selon Robert Michaud, des cas «unispécifiques» sont possibles comme en 1988, alors que 14 rorquals à bosse sont morts après avoir mangé du maquereau infecté. D'ailleurs, un résultat obtenu depuis le début des recherches «pointe» vers l'hypothèse de la présence d'une biotoxine.

Les baleines pourraient être victimes d'un empoisonnement, selon... (Archives La Presse canadienne, Pêches et Océans) - image 2.0

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Les baleines pourraient être victimes d'un empoisonnement, selon les hypothèses étudiées.

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L'enquête a permis de mettre en lumière que le mois de juin 2017 a été celui où «la couche de surface [du golfe] était la plus douce» depuis «qu'on enregistre les données dans le golfe Saint-Laurent». Et ce facteur, possiblement attribuable aux inondations printanières, offre des conditions favorables à la floraison d'algues toxiques. 

«Aucune piste ne doit être éliminée à cette étape», nuance néanmoins M. Michaud. L'analyse des prélèvements des nécropsies prendra des semaines. Vendredi, Pêches et Océans Canada n'avait pas encore donné le feu vert pour mener un examen complet sur la carcasse échouée jeudi aux Îles-de-la-Madeleine. 

Précieuse collecte 

Le professeur et vétérinaire de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard était d'ailleurs sur le pied d'alerte au moment de l'appel du Soleil à savoir s'il serait déployé aux îles. «Toute baleine noire, même si elle est en état de décomposition, il y a toujours beaucoup de pression pour essayer d'avoir de l'information», indique Pierre-Yves Daoust. 

«C'est une espèce très précaire, toute information qu'on peut avoir, ce n'est pas négligeable», poursuit celui qui a dirigé les trois autres nécropsies. Le défi est grand pour la précieuse collecte qui nécessite «le travail physique» d'une bonne dizaine de personnes et la contribution de machinerie lourde pour manipuler la baleine de plusieurs tonnes. 

«Il faut enlever la pellicule adipeuse, très épaisse, et la couche musculaire pour ne trouver presque rien dans l'abdomen ou la cavité thoracique, tout est décomposé. C'est un défi de passer tout ce temps et d'avoir vraiment des informations relativement minimes», ajoute-t-il, demeurant prudent à ce stade sur les causes pouvant élucider le mystère. 

Les carcasses des sept baleines noires, dont au moins une jeune femelle de 10 ans, ont toutes été localisées autour de la Gaspésie, du Nouveau-Brunswick, des Îles-de-la-Madeleine et de l'Île-du-Prince-Édouard. Vendredi, le radar des experts ne faisait pas état de nouvelles carasses à la dérive. La septième, au nord des îles, devait être remorquée.

Un «réfugié» climatique

Depuis 2010, de plus en plus de baleines... (Archives ASSOCIATED PRESS) - image 4.0

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Depuis 2010, de plus en plus de baleines noires de l'Atlantique sont observées dans le golfe du Saint-Laurent.

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Depuis 2010, de plus en plus de baleines noires de l'Atlantique sont observées dans le golfe du Saint-Laurent. L'hypothèse voudrait qu'elles aient délaissé la côte-est américaine pour se nourrir chez nous. 

«Les grands bouleversements climatiques ont entraîné des changements dans la distribution des proies [des baleines noires]», explique Robert Michaud. «C'est comme si on avait une nouvelle espèce, une espèce de réfugié qui vient maintenant trouver sa nourriture dans le golfe Saint-Laurent.» 

Et ce «nouvel arrivant» devra forcer les autorités à mettre en place des «stratégies de cohabitation» parce que le grand mammifère aime s'alimenter en surface et vit «dans le trafic maritime» à proximité des côtes. «Elles nagent aussi lentement, ce qui les rend vulnérables aux collisions», ajoute l'expert. 

Selon lui, le gouvernement et l'industrie maritime devront prendre exemple sur la baie de Fundy, où les baleines noires avaient l'habitude de se trouver, pour entre autres réduire la vitesse de navigation permise ou même interdire certains canaux aux bateaux. «C'est un nouvel arrivant et il faudra changer nos habitudes pour en prendre soin», dit-il. 

Pêches et Océans Canada mène d'ailleurs un examen scientifique portant sur l'efficacité des efforts de rétablissement de la baleine noire de l'Atlantique Nord, de l'épaulard et du béluga de l'estuaire du Saint-Laurent. «C'est vraiment d'actualité», affirme M. Michaud, qui soutient que les solutions durables devront être identifiées «après l'épisode» de juin.

***

Le mystère en dates

  • 6 juin : trois baleines à la dérive sont signalées 
  • 22 au 26 juin : trois autres carcasses à la dérive sont identifiées 
  • 29 juin au 3 juillet : exécution des trois nécropsies 
  • 6 juillet : une des carcasses à la dérive s'échoue aux Îles-de-la-Madeleine
  • 6 juillet : une septième baleine à la dérive est signalée




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