La «bombe météo» dévoile les vestiges d'une forge

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Un riverain a aperçu une structure en brique rouge, révélée par l'érosion dans le secteur est de Moisie, qui proviendrait de la première percée industrielle de Sept-Îles, il y a 150 ans.

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<p>Fanny Lévesque</p>
Fanny Lévesque

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Le Soleil

(Sept-Îles) La «bombe météo» du 30 décembre n'aura pas eu que du mauvais à Sept-Îles. Les humeurs de dame Nature ont permis la découverte des vestiges de la toute première percée industrielle de la Côte-Nord, il y a 150 ans.

Les puissantes vagues de la tempête hivernale ont donné du fil à retordre aux berges de la région, érodant, parfois dangereusement, le littoral. Mais, dans le secteur plus à l'est de Moisie, situé à quelques kilomètres de Sept-Îles, l'érosion a révélé une partie de ce qui semble être une structure composée de briques réfractaires, de couleur rougeâtre.

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«Ça nous renvoie aux Forges», explique sans équivoque l'anthropologue du Musée régional de la Côte-Nord, Steve Dubreuil, à la vue des photos qu'a fait circuler un riverain sur les réseaux sociaux. Les Forges, c'était le nom populaire donné à la Moisie Iron Company, une usine de lingots de fer ouverte en 1867. 

«C'est un cas d'espèce, c'est le premier village industriel relié au domaine minier sur la côte. C'est le premier effort d'exploitation industrielle», explique M. Dubreuil, qui connaît bien l'histoire fascinante, mais trop peu connue de ce lieu historique. Une poignée d'écrits lui font référence et pourtant, «il y a un scénario de film qui se cache là». 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la naissance des Forges n'est pas étrangère à une série de trois pillages de banque, que quatre sudistes avaient perpétrés au Vermont en pleine guerre de Sécession. «On les appelait les raiders», poursuit-il. «Ils ont été emprisonnés à Montréal et se sont liés d'amitié avec un policier.» 

Les quatre hommes ont été relâchés rapidement, soi-disant parce que leur crime était excusable en temps de guerre, et ils ont trouvé refuge aux Escoumins, à l'époque «un village forestier tranquille», raconte l'anthropologue. «Ils ont voulu se rendre en Nouvelle-Écosse par bateau, et c'est pendant le trajet qu'ils ont fait escale à Moisie.» 

L'histoire voudrait que le capitaine ait demandé à l'un des raiders, qui s'y connaissait en minéralurgie, de jeter un oeil au sable ferrugineux de couleur noire que l'on trouve d'ailleurs encore aujourd'hui sur les plages de la Côte-Nord. Les analyses révéleront un potentiel ferreux et deux ans après, la Compagnie des Mines de Moisie était créée. 

L'ex-policier a même fait partie des premiers dirigeants de l'entreprise. Un incendie lors de la première année a ralenti les ardeurs des investisseurs et c'est à ce moment que William Molson, des brasseries qu'on connaît, devient l'actionnaire principal. Il renommera l'usine, Moisie Iron Company, qui sera en exploitation pendant huit ans.

Protégées par le sable

«Soixante-quinze ans avant [le boum minier des années 50], il y a eu cette bulle-là. Il n'y a rien de comparable à ça», assure M. Dubreuil. Le village a bouillonné de quelques centaines de personnes, estime-t-il. Puis, après la fermeture, les travailleurs sont retournés à la pêche et au trappage. «Ce site-là est unique. On parle d'il y a 150 ans.»

Le Musée régional de la Côte-Nord promet «certainement» de se rendre à l'endroit de la découverte, accessible seulement par motoneige l'hiver, d'ici le printemps. Steve Dubreuil évalue qu'il pourrait s'agir d'un fourneau, où était produit le charbon de bois ou où était fondu le sable ferrugineux, avant d'être transformé en lingots. 

«Sur le site, c'est clair et net qu'il y a des vestiges, et la preuve vient d'être faite», dit-il. «Ce qui m'a étonné sur les photos, c'est de voir à quel point ils sont creux sous la surface. Ça s'explique parce qu'il y a beaucoup de vents et les dunes sont très mobiles. D'une certaine façon, le sable est venu protéger les ruines.»

Encore maintenant, il arrive que des citoyens trouvent des parties de briques sur les plages ou encore de la scorie, un résidu métallurgique, mais rien d'aussi complet que ce que la mer a mis au jour au lendemain de la tempête, prétend M. Dubreuil. «Le plus drôle c'est que mère Nature nous révèle ça et c'est en 2017, le 150e anniversaire des Forges.»

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