Le climat s'envenime à Percé

Les tensions vécues à Percé depuis dimanche surviennent... (Photothèque Le Soleil)

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Les tensions vécues à Percé depuis dimanche surviennent après une campagne référendaire houleuse au cours de laquelle se sont opposés les partisans d'un projet de rue commerciale et leurs adversaires.

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<p>Gilles Gagné</p>
Gilles Gagné

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Le Soleil

(Percé) Percé, le coeur touristique de la Gaspésie, vit d'intenses divisions, en particulier depuis les résultats du référendum tenu dimanche, une consultation populaire ayant débouché sur le rejet d'un projet de rue commerciale au centre de la petite ville de 3200 habitants.

Ce projet dépendait d'un règlement d'emprunt de 1,77 million $. Il a été rejeté par 953 voix contre 745 au terme d'une campagne vigoureuse de la part des deux camps, le oui et le non.

Le maire André Boudreau, qui militait pour le projet depuis son élection, en 2013, a démissionné dans les secondes suivant les résultats du 20 novembre.

Lundi, cinq conseillers de son camp sont aussi partis, laissant seulement trois conseillers en poste. La perte de quorum a débouché jeudi sur la nomination de la juge administrative France Thériault pour gérer les affaires courantes de Percé, comme le prévoit en pareilles circonstances la Commission municipale du Québec.

Deux des conseillers désireux de poursuivre leur mandat sont Robert Daniel, le meneur des Vigilants, un groupe suivant de près l'administration municipale depuis quelques années, et Michel Méthot.

Signe de la tension des derniers jours, le Jeep du conseiller Méthot a été saccagé dans la nuit de mercredi à jeudi, sur le terrain à l'arrière de sa maison. Des vitres et des feux du véhicule ont notamment été fracassés.

Jeudi soir, M. Méthot tentait de minimiser la portée de l'événement. «C'est seulement un vieux Jeep qui a été amoché. C'est rien de neuf. C'est un Jeep pour aller à la chasse [...] Je ne peux deviner la provenance [du méfait]. C'est quelqu'un qui ne m'aime pas. Il y a la moitié du monde qui ne m'aime pas, et la moitié du monde qui m'aime. En fait, il y a plus de monde qui m'aime, parce que le non au référendum a reçu 200 votes de plus.»

Michel Méthot dormait au sous-sol lorsque le ou les vandales ont frappé. Il dit ne pas être certain que le vandalisme a été commis par des gens frustrés par le résultat référendaire. «Le terrain est grand, et on demeure près de la forêt», dit-il.

Il voit néanmoins l'amplification de la tension dans Percé depuis dimanche. «Le fléau Facebook déforme tout. C'est facile de faire de la critique de cette façon», résume-t-il, faisant notamment allusion aux comptes anonymes affichant de faux noms.

«J'étais contre le référendum, et M. [Robert] Daniel aussi. J'ai voté contre sa tenue. M. Boudreau [l'ex-maire] a refusé de mettre de l'eau dans son vin. Il a mis toutes ses billes dans le même sac», ajoute Michel Méthot.

«Je n'étais pas contre la rue; je voulais que l'administration [...] baisse les coûts du projet. Ça fait 30 ans que je vis ici et je n'ai pas de trottoir devant chez moi. Ils allaient mettre du pavé uni là-bas [dans la rue commerciale]. Les vieux auraient dit qu'on voulait nous faire acheter un cochon dans une poche», note-t-il.

Les commerçants de Percé que Le Soleil a contactés n'ont pas retourné les appels.

De son côté, Kim Poirier, une citoyenne de Chandler, ville située à 40 km du coeur de Percé, a écrit un long message à Robert Daniel dans son blogue Choisir le bonheur. Plus de 14 000 personnes l'avaient lu vendredi.

«Percé, c'est le coeur touristique de la Gaspésie. On a de belles choses partout en Gaspésie. On a Nova Lumina à Chandler, mais quand les gens viennent en Gaspésie, ils disent : «Allons à Percé, et on arrêtera à Nova Lumina.» 

«Gérants d'estrade»

Sur un ton respectueux, elle questionne le conseiller sur ses motivations et ses actions au sein des Vigilants. Elle lui demande ce qu'il a à proposer, une fois qu'il a critiqué les projets tentant d'émerger à Percé.

«Il y a des gérants d'estrade qui ne font rien et qui ne proposent rien. Dans ce cas, ne dites rien et taisez-vous pour ne pas nuire à ceux qui travaillent ou qui proposent mieux», note Mme Poirier.

Dans son blogue, celle-ci n'a pas classé Robert Daniel dans la catégorie des gérants d'estrade. Par ailleurs, ce dernier n'a pas répondu à la question de Mme Poirier. En début de semaine, au Soleil, il assurait qu'il aurait souhaité que le projet de rue repose davantage sur des initiatives privées.

Questionné quant aux projets de développement pour sa ville, il se disait être «pour le développement de la réfection du quai et pour la promenade, des projets le long de la mer, la vocation de Percé».

Robert Daniel et Michel Méthot songent à se présenter de nouveau aux éventuelles élections de Percé, qui auront besoin d'une loi privée pour être tenues avant novembre 2017. «Je vais sonder qui sera là avant de décider», dit M. Méthot.

Un citoyen du secteur Anse-à-Beaufils, Roch Samson, 34 ans, a indiqué vendredi qu'il se présentera au prochain scrutin. Un ex-directeur général et ex-maire de Percé, Bruno Cloutier, a également exprimé sa disponibilité, mais simplement pour assurer l'intérim à la mairie jusqu'en novembre 2017.

Au-delà du référendum, l'expression d'un malaise

Percé revient de loin, sur le plan touristique. La ville vient de connaître en 2016 une saison extraordinaire, à l'image du reste de la Gaspésie. Cette saison suivait un lent déclin d'une trentaine d'années.

Les tensions vécues depuis dimanche suivent des semaines houleuses de campagne référendaire, mais le vote exprimé cache d'autres malaises, dont certaines racines remontent à 1971, quand l'État québécois a fusionné une dizaine de communautés, dont une demi-douzaine de municipalités, pour créer le Grand Percé, 70 km de bout en bout pour 3200 habitants.

«J'ai réalisé après mon message qu'il y avait plus qu'un référendum dans le choix de dimanche. Des gens ont besoin d'être entendus. Ils peuvent avoir voté non sans être Vigilants [un groupe de citoyens qui surveille de près  le travail du conseil municipal]», analyse Kim Poirier, une citoyenne de Chandler.

Le maire démissionnaire André Boudreau expliquait lundi être conscient que «des citoyens n'avaient pas digéré d'importantes hausses de taxes municipales», surtout dans le secteur est de la municipalité, plus éprouvé économiquement, et où la présence anglophone est significative. Robert Daniel représente d'ailleurs le secteur Barachois, où les anglophones sont nombreux.

Plusieurs citoyens des communautés périphériques de Prével, Saint-Georges, Belle Anse, Barachois, Bridgeville, Coin-du-Banc, Cannes-de-Roches, Val d'Espoir, Cap-d'Espoir et Anse-à-Beaufils ont aussi souvent l'impression que tous les investissements sont concentrés au coeur de Percé.

À cette remarque, André Boudreau répondait avant le référendum qu'investir au coeur de Percé «était le meilleur moyen de créer de la richesse, susceptible d'être ensuite redistribuée dans les autres secteurs». Son message n'a manifestement pas passé.

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