Quel avenir pour Schefferville? 

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Le quart des quelque 400 travailleurs de la mine de Tata Steel Minerals Canada viennent des Premières Nations.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

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Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Schefferville) À l'heure où Tata Steel Minerals Canada fait revivre l'arrière-pays de Schefferville en revisitant certaines des vastes propriétés ferreuses de la Compagnie minière IOC, les mêmes qui ont fait naître la ville dans les années 50, que réserve l'avenir pour ce point d'ancrage stratégique du Plan Nord?

Le Soleil s'est rendu sur place à l'invitation du géant minier pour marquer la signature d'un protocole d'entente sur la formation des Autochtones, nombreux à y vivre. À bord de l'autobus qui nous mènera à la mine en plein développement, un regard du voisinage suffit pour comprendre que Schefferville n'est plus ce qu'elle a déjà été.

La ville a perdu des plumes depuis 1981, année où la minière IOC a tiré un trait sur ses activités là-bas. La population a chuté de façon draconienne passant de 4500 à quelque 240 âmes aujourd'hui. Les lieux portent d'ailleurs encore les marques de cette époque bouillonnante de son histoire, qui a pris fin abruptement. 

«Schefferville ne reviendra jamais une ville industrielle comme on a connu», admet l'administrateur de la municipalité, Ghislain Lévesque. «Sauf qu'elle peut revivre d'une autre manière, je suis optimiste.» C'est que les terres rouges de l'endroit, en plein coeur de la généreuse fosse du Labrador, regorgent de richesses minières, rappelle-t-il. 

Le boum de 2011, lorsque la tonne de fer s'échangeait à 189 $US, a fait la preuve que Schefferville pourrait renaître, selon M. Lévesque. Les grandes et plus petites sociétés minières ont multiplié leurs activités, certaines comme Tata Steel Minerals Canada ou Labrador Iron Mines ont réussi à attacher leur projet, d'autres les ont précisés. 

Un vent de renouveau a soufflé sur Schefferville et la communauté de Matimekush Lac-John, contiguë à la municipalité, et celle de Kawawachikamach, la nation naskapie située à 15 kilomètres au nord-est. De nouvelles résidences, un dispensaire et même un hôtel, entre autres, ont été construits pendant l'embellie. 

Mais le marché a rechuté, refroidissant les ardeurs de certains joueurs. «Ce boum-là a mis beaucoup de pression sur nos services municipaux, même si les dépôts miniers étaient du côté du Labrador», explique Ghislain Lévesque. Assez pour apprendre que Schefferville devait se préparer à la relance du fer.  

Des projets et des défis 

La table de travail déborde de projets. Le principal défi sera de jongler avec la désuétude des infrastructures municipales. Dans les cartons, la municipalité, qui dessert Matimekush et ses quelque 600 résidents, doit procéder à la réfection prochaine de son usine d'eau potable et de celle de traitement des eaux usées, évaluées à 15 millions $. 

Un important projet pour brancher la fibre optique de Labrador City à Schefferville est également sur la planche à dessin et fait partie des priorités d'action 2015-2020 de la Société du Plan Nord. «Ça, ça serait un gros plus», affirme M. Lévesque. Les discussions se poursuivent aussi pour rajeunir la route intercommunautaire entre les communautés. 

«Quand on met toutes les pièces du casse-tête ensemble, on se prépare», illustre-t-il. Mais la liste ne s'arrête pas là. Schefferville a dans sa mire l'embellissement de ses lieux. Des maisons rougies par la poussière, des résidences construites en moins de deux pour accommoder les travailleurs et d'autres laissées vacantes n'aident en rien le paysage. 

«Un défi sera d'améliorer l'environnement visuel, l'esthétisme des maisons», explique l'administrateur. Des travaux de récupération de vieux pneus et de ferrailles ont été récemment lancés. «Il faut mettre ça, propre.» La municipalité entend s'attaquer au problème des poussières rouges transportées par les véhicules de la mine à la ville. 

Point stratégique 

Malgré les défis devant lui, Ghislain Lévesque n'en démord pas, le futur de Schefferville sera beau en raison de sa position stratégique, citant que la ville, en plus de ses ressources, est reliée au chemin de fer QNS&L, le seul qui relie Sept-Îles, et qu'elle possède un aéroport. «On est à une heure trente de Kuujjuaq en avion, dit-il. Les infrastructures sont là. 

«On peut rêver que le secteur minier va reprendre du poil de la bête, qu'il y aura des entreprises intéressées à développer les mines du Québec et que Schefferville est voué à un bel avenir. Il faut être prêt pour ce moment-là.»

La relève autochtone

Si l'avenir de Schefferville tient à son fort potentiel minier, sa renaissance pourrait bien venir du dynamisme de sa relève autochtone. 

Jean-Philip Charron-Eineish est retourné vivre à Kawawachikamach pour travailler à la mine de Tata Steel Minerals Canada, en développement dans la cour arrière de Schefferville. «Quand j'ai entendu qu'ils offraient des cours au monde local, je voulais avoir l'opportunité d'être dans les premiers», raconte le jeune opérateur minier. 

Lui, comme des dizaines d'autres, a pu être formé grâce à la mise en place, depuis 2011, de nombreux projets, réalisés en collaboration avec la minière et les institutions en place. «Tout le monde est content d'avoir du travail et de la formation, poursuit-il. Ceux avec qui j'ai grandi travaillent dans les mines à l'heure où l'on se parle.»

Alors que les moins de 19 ans de Matimekush Lac-John et de Kawawachikamach composent près de la moitié des populations des deux nations, le potentiel de main-d'oeuvre est plus qu'enviable à Schefferville, mais les défis sont nombreux. Le taux de diplômés est de moins de 50 % chez les Naskapis et de 35 % chez les Innus. 

L'accès à de la formation adaptée est souvent le principal frein à l'éducation, une problématique à laquelle s'intéresse particulièrement la Commission de développement des ressources humaines des Premières Nations du Québec, qui vient de mettre en oeuvre avec Tata Steel, un projet pilote axé sur la préparation à l'emploi dans l'industrie. 

«Quand il y a des initiatives ou des possibilités d'accéder à du travail, [les jeunes] sont extrêmement motivés. C'est faux de penser qu'en milieu isolé, ils ne sont pas assoiffés de travail», assure la directrice aux partenariats et aux communications de la commission, Odile Joannette. «Ils veulent le faire, mais les opportunités sont extrêmement limitées.»

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Jean-Philip Charron-Eineish, qui pose avec sa soeur, Marie-Céline, est retourné vivre à Kawawachikamach pour travailler à la mine de Tata Steel.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Formé chez lui

Jean-Philip a notamment pu se former chez lui, dans sa communauté, grâce à une initiative du genre. «Il n'y a pas beaucoup de travail. Dans le Nord ici, les gens vivent de la chasse et de la pêche. En grandissant, les jeunes se demandent quoi faire dans la vie, [la mine] arrive à un moment parfait pour les entraîner», dit-il. Tata Steel multiplie d'ailleurs les actions pour se rapprocher des Autochtones, souvent déchirés entre la protection des terres ancestrales et les retombées qu'apporte l'exploitation des ressources. L'équilibre est possible selon le travailleur de 28 ans, qui est ambassadeur culturel dans ses temps libres. 

«Je représente la culture, je la partage aux autres et j'apprends aussi d'elle. [...] Les jeunes après avoir appris leur culture apprennent aussi à vivre dans un monde moderne», conclut-il. 

La minière estime que le quart de ses quelque 400 employés sont issus des Premières Nations, une proportion que la société veut faire grimper à 40 %. 

Schefferville en cinq dates

1895

Un géologue montréalais décèle la présence d'importants gisements de fer.

1947

L'Iron Ore Compagny (IOC) décide de lancer ses activités pour répondre à la demande d'acier d'après la Seconde Guerre mondiale.

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La municipalité de Schefferville a perdu des plumes après la crise du fer des années 80, qui a entraîné la fermeture du site minier de la compagnie IOC.

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1955

La ville s'incorpore.

1980

La ville foisonne de quelque 4500 habitants.

1981

IOC ferme le site minier de Schefferville.

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