Conduite dangereuse causant la mort: une famille trouve lentement la paix

La tante d'Érika St-Gelais, Diane St-Gelais, a accepté... (Collaboration spéciale, Fanny Lévesque)

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La tante d'Érika St-Gelais, Diane St-Gelais, a accepté de se confier au Soleil pour honorer la mémoire de sa nièce, qu'elle considérait comme sa fille.

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Fanny Lévesque

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Sept-Îles) Il y a deux ans, dans la nuit du 4, la noirceur de novembre a pris racine chez les proches d'Érika St-Gelais. La jeune mère de famille de 28 ans a perdu la vie quand le véhicule à bord duquel elle prenait place est entré en collision avec une voiture qui venait en sens inverse, sur la route 138, près de Port-Cartier.

Érika St-Gelais, maman de deux petits garçons, est... (Photo fournie par la famille) - image 1.0

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Érika St-Gelais, maman de deux petits garçons, est décédée tragiquement dans un accident de voiture, la nuit du 4 novembre 2014, à Port-Cartier.

Photo fournie par la famille

L'histoire dira plus tard qu'il s'agissait d'une voiture volée. Le conducteur, un jeune de 22 ans maintenant, plaidera coupable à des accusations de conduite dangereuse causant la mort. Le contrevenant prendra le chemin du pénitencier pour purger une peine de 33 mois. La sentence est tombée il y a deux semaines.

Aujourd'hui, le conjoint d'Érika et sa tante ont accepté de se confier au Soleil, pour clore ce chapitre sombre de leur vie et espérer reprendre une vie plus sereine.

«Je lui ai dit: "Dors, on va déjeuner à Baie-Comeau." C'est la dernière fois que je lui ai parlé», confie calmement Sébastien Gagnon, qui était au volant le soir du drame. Lui et Érika St-Gelais étaient partis de Sept-Îles aux petites heures avec leur dernier, Thoma, âgé d'un peu plus de cinq mois à l'époque, pour un suivi médical à Québec.

Vers 3h45, le destin a frappé. «Ça ne sortira jamais de ma tête. Le son, l'odeur», poursuit-il. Sa femme, endormie, décède sur le coup. Le poupon est blessé gravement. Il subit un traumatisme crânien et une commotion cérébrale. Les heures suivantes s'enchaînent. Le père quitte pour le CHU Sainte-Justine pour être aux côtés de son fils.

«T'es sur le pilote automatique, tu réalises pas.» À Sept-Îles, le noyau familial s'organise et prend soin de l'aîné, Luka, qui avait deux ans. «J'ai dit à mon frère: "Dis-lui rien, je vais m'en occuper à mon retour"», ajoute M. Gagnon. «Je lui ai dit: "Maman est partie avec les anges. Elle va rester dans ton coeur..." Il a fini par comprendre, plus vite que moi.»

Les semaines s'écoulent et le jeune père sombre dans la dépression. «Ça m'a pris un an à réaliser tout ça. Je faisais beaucoup de déni, j'ai été sur un stress post-traumatique un bon gros six mois», raconte-t-il. «Il y avait beaucoup de colère, d'incompréhension dans la famille», renchérit la tante d'Érika, Diane St-Gelais.

Marraine de Luka, Mme St-Gelais quitte son emploi du moment pour aider Sébastien et les enfants. «On avait besoin de moi ailleurs», dit-elle. S'est aussi ouvert un long processus judiciaire dont chacune des étapes a replongé les proches dans la nuit tragique. «J'ai jamais manqué une journée, j'y suis peut-être allée 25 fois», estime-t-elle.

«Que je suis contente que ce soit fini», soupire la femme. «On tourne la page», rajoute M. Gagnon qui, lui, n'a jamais voulu assister au tribunal. «Je voulais rien savoir, ça me remettait toujours dans le contexte. Même, je savais que ça se passait et je feelais pas bien de la maison. J'en ressentais pas le besoin, c'était pas mon procès à moi.»

Pour ne pas oublier

S'ils acceptent aujourd'hui de parler publiquement, c'est aussi pour honorer la mémoire d'Érika, une maman calme et douce, selon leurs dires. «Sans exagérer, c'est la meilleure mère que j'ai jamais vue de ma vie», assure avec grande conviction sa tante. «Elle avait tellement d'amour à donner à ses enfants, elle les appelait ses trésors.»

Les anecdotes de voyages, de concerts s'enchaînent autour de la table de Mme St-Gelais. «C'est une fille qui vivait à 200%», résume son conjoint, «son premier amour» avec qui elle aura partagé près de 13 ans de vie. «Érika? Elle serait sûrement encore enceinte aujourd'hui», lance-t-il. «Elle voulait trois, quatre enfants, c'était ça, sa vie», confirme sa tante.

Rituels de souvenir

L'ambiance n'est pas lourde. Le souvenir d'Érika leur fait du bien. «J'ai pris un coffre de cèdre et j'y ai mis ses bijoux, son parfum... pour les enfants», raconte-t-il. Chez lui, des photos d'elle sont bien présentes. «Il achète des fleurs régulièrement», révèle Mme St-Gelais. «Elle aimait ça, explique M. Gagnon. Je les place à côté de ses photos.»

La tempête qu'a traversée la famille d'Érika a perdu de la force au fil du temps, mais relance parfois ses remous. Sébastien Gagnon n'a pas repris le travail et le bébé, qui a maintenant deux ans, poursuit toujours sa réadaptation. Il fait de grands progrès, paraît-il. «Ça va mieux, assure le papa. Mais j'ai hâte de retrouver une vie plus stable.»

Diane St-Gelais a aussi une pensée pour les proches du jeune conducteur fautif. «Ça n'a pas juste blessé notre famille, je suis capable d'empathie. Cette famille a aussi vécu des moments difficiles et j'aimerais que les gens comprennent ça. Je n'ai pas mis mes énergies dans la haine, j'ai choisi d'aider les petits et Sébastien.»

La mère d'Érika, qui n'était pas présente lors de l'entretien, tenait tout de même à exprimer «qu'elle retrouve tranquillement la paix intérieure», a témoigné en son nom Mme St-Gelais, sa soeur. Un peu comme toute la famille? «Oui, on se reconstruit.»

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