Le magasin général de Barachois bien vivant

Harris Thompson, natif de Barachois en Gaspésie, a... (Collaboration spéciale, Geneviève Gélinas)

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Harris Thompson, natif de Barachois en Gaspésie, a racheté le magasin général Robin du village pour s'assurer qu'il survive.

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Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Barachois) Quand il avait huit ans, Harris Thompson descendait à pied au magasin général Robin de Barachois pour acheter un gallon de kérosène à 7 ¢. Soixante ans plus tard, il a racheté le commerce pour que ce «coeur du village» survive. Pas sous forme de musée, mais comme un magasin bien en vie, qui continue à vendre de tout, de la soupe en boîte aux chaudrons en passant par les matelas et les clous à la livre.

Âgé de 74 ans, M. Thompson se souvient comme si c'était hier de ses visites d'enfance au Robin. «Je descendais la rue de l'Église avec mon gallon de kérosène. Maman me donnait 10 ¢. Je remplissais mon contenant, ça coûtait 7 ¢. J'avais le droit de m'acheter quelque chose avec 1 ¢ et je lui ramenais 2 ¢.» La récompense qu'il s'accordait : un bonbon pigé dans un pot.

Barachois, situé entre Gaspé et Percé, compte aujourd'hui 350 habitants. Mais M. Thompson se rappelle de l'activité intense des années 40 et 50. «Assis sur le bord du pont, j'ai déjà compté 50 bateaux qui faisaient la pêche. On avait au moins cinq magasins généraux, trois moulins à scie...»

À l'âge de 9 ans, la vie du jeune Harris à Barachois prend fin abruptement. «Maman est morte en avril. En juillet, le curé nous a amenés au Nouveau-Brunswick, avec mes deux soeurs. Ensuite, je suis allé dans un foyer pour garçons dans le Maine.»

Il sera recueilli par une famille d'Acadiens du Maine, les Cyr, des cultivateurs qui parlent français. Mais Barachois est toujours resté «mon chez-nous», dit M. Thompson. Enfant et adolescent, il revient passer l'été chez ses grands-parents. Adulte, il fonde en Ontario une entreprise de légumes déshydratés, qu'il a vendue il y a cinq ans.

Un symbole et bien plus

En décembre 2004, la compagnie Robin, Jones and Whitman, la plus vieille compagnie au Canada après celle de la Baie d'Hudson, se place sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers. Fin 2005, le syndic ordonne la fermeture du magasin de Barachois, après presque cent ans de services, apprend M. Thompson. «Je savais que si on ne faisait rien, c'était la fin du village, parce que le magasin est le coeur du village.»

«Je l'ai acquis en 2006 parce que c'est un symbole d'une période importante, un lieu de rencontre pour la communauté et un lieu de souvenirs de mon enfance», ajoute-t-il.

Des rénovations de 400 000 $ en 2013-2014 permettent de refaire la façade comme l'originale, en bois crème et vert. L'année de construction, 1909, est toujours inscrite sur le fronton. Mais les mots Magasin général Thompson ornent maintenant la façade. Le cachet du commerce attire l'attention des touristes en plus des locaux.

«On a le monde de la place, mais aussi beaucoup d'étrangers et des gens de Gaspé, de Val-d'Espoir et même de plus loin, dit M. Thompson. Ils viennent parce qu'ils peuvent acheter de presque tout : des poêles, des frigidaires, du bois, du baloney. On vend assez de baloney, c'est pas croyable!»

Des fruits et des clous

Le rez-de-chaussée est occupé par l'épicerie et la quincaillerie. Fruits, biscuits, conserves, peinture, moulures, poignées de porte... «On est peut-être les derniers à vendre des clous à la livre», s'amuse l'homme d'affaires.

Dans l'entrepôt adjacent, où des générations de commis ont inscrit leurs calculs sur les murs, on peut se procurer des matériaux de construction. Un grand escalier en bois mène au deuxième étage, où s'alignent notamment des matelas, des chaises berçantes et un duo laveuse-sécheuse.

M. Thompson nous montre des archives du Robin empilées près d'une fenêtre. Un trésor où se trouvent plusieurs livres de comptes datés de 1912 ou de 1915. Les marchandises vendues y sont inscrites d'une écriture soignée, en anglais : barils de semoule de maïs, mélasse, porc salé ou orge.

L'homme d'affaires vit cinq mois par an à Barachois et passe le reste de l'année à Mississauga, en Ontario. Quand il est en Gaspésie, il vient presque tous les jours au magasin pour s'occuper de l'administration, «un hobby».

Le reste du temps, M. Thompson peut compter sur quatre employés d'expérience. Le gérant Carl Bond travaille au Robin depuis près de 50 ans. L'employée la plus récemment embauchée compte 24 ans de service.

M. Thompson souhaite que le magasin lui survive. «Le bâtiment fait partie du patrimoine. Il doit continuer à exister. J'ai deux fils et une fille. Ils ont leurs propres affaires, mais je pense qu'ils seront capables de le reprendre.» Et si le magasin devait être vendu, les employés auront la priorité pour l'acheter, ajoute-t-il.

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