Québec place la cimenterie de Port-Daniel sous surveillance

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Le mégaprojet de Ciment McInnis à Port-Daniel fait face à un dépassement de coûts de 444 millions $.

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Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Carleton) Le gouvernement du Québec place le mégaprojet de Ciment McInnis sous la surveillance d'experts et lui impose des conditions strictes après la révélation d'un nouveau dépassement de coût de 444 millions $ pour porter le coût de construction de la cimenterie à 1,55 milliard $.

La ministre québécoise de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, n'est «pas contente du tout» de la situation ayant cours à Port-Daniel, en Gaspésie, situation qu'elle attribue notamment à des problèmes d'ingénierie entre ce qui était prévu à l'origine du chantier et la façon avec laquelle la construction s'est développée.

La cimenterie, en construction depuis mai 2014, devait coûter 1,1 milliard $. Elle produira 2,2 millions de tonnes de ciment annuellement, une production qui sera surtout exportée par navire.

La ministre a appris à la fin de mai ce dépassement de coût. Elle dit s'être engagée dès lors à investiguer «avec l'entreprise» sur les causes de ce dépassement «énorme» et d'en rendre compte publiquement. C'est toutefois un article du Globe and Mail qui a révélé ce dépassement mardi soir.

La surveillance sous laquelle est placée Ciment McInnis «reste du [domaine] privé. On n'a pas physiquement quelqu'un sur place», a indiqué la ministre Anglade. La Caisse de dépôt et placement et Investissement Québec, deux bailleurs de fonds du projet, ont eu leur mot à dire sur l'expert ou les experts qui suivront l'évolution du chantier au cours des prochains mois.

Le lien de confiance entre Ciment McInnis d'une part, l'État québécois, Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement d'autre part, est encore suffisamment bon pour que l'évaluation du dépassement de coût, «précisément 444 millions $», note la ministre, «vienne de l'entreprise».

Dominique Anglade précise que dans les investigations menées à compter de mai, «on a établi un processus qui va nous assurer de la rentabilité du projet à terme et [...] que le gouvernement n'ait pas à débourser davantage». 

Controverse dès 2013

Le projet a soulevé la controverse à compter de 2013 parce qu'Investissement Québec, avec un prêt de 250 millions $ et une participation de 100 millions $ dans l'équité, et la Caisse de dépôt et placement, avec une somme de 100 millions $ dans l'équité, y ont ainsi injecté un total de 450 millions $, dans un contexte de surplus de production pour les autres cimenteries québécoises.

La rentabilité du projet demeure, assure la ministre, «en raison de la faiblesse du dollar canadien et de la reprise de la construction aux États-Unis». Elle concède que ce sont deux facteurs conjoncturels, mais qui semblent «soutenus».

Le degré de réalisation de la cimenterie constitue l'autre facteur alimentant la confiance de Mme Anglade. «On est rendus à 75 % d'achèvement du projet [mais] il faut qu'il y ait des changements au niveau du management

La ministre exige des rapports hebdomadaires portant sur le paiement des fournisseurs, le paiement des travailleurs, qui sont présentement 800 sur le chantier, et sur l'état d'avancement des travaux.

«On va regarder la façon avec laquelle le gouvernement va faire ses investissements», a aussi dit Mme Anglade, en parlant des décaissements représentant les contributions d'Investissement Québec. «Ce Projet placé sousn'est pas consenti d'un bloc. Ça arrive à la fin du projet surtout, pas au début.»

L'entreprise parle plutôt «d'ajustements budgétaires»

La porte-parole de Ciment McInnis, Maryse Tremblay, parle d'abord «d'ajustements budgétaires, pas de dépassements de coûts» pour expliquer le bond de 450 millions $, un chiffre qu'elle ne confirme pas, touchant la construction de la cimenterie de Port-Daniel.

«On a fait des choix technologiques différents. On a bonifié les équipements du port, des équipements plus flexibles, plus efficaces pour le déchargement des additifs et le chargement du ciment», dit-elle.

Des changements ont aussi été apportés au réseau de distribution du ciment, «dans le choix des terminaux à construire aux États-Unis [...] Ça emmène aussi une plus grande valeur au projet [...] Nous maintenons le début de production pour mars ou avril 2017».

Elle concède qu'il y a eu modification des coûts de construction entre 2012 et maintenant, à mesure que le projet s'est précisé. «Comme nouvelle entreprise, ça arrive [une sous-estimation des coûts], mais on s'en occupe.»

Parmi ces coûts sous-estimés, il y a «la liste des engagements environnementaux extrêmement contraignants auxquels nous avons souscrit et des facteurs imprévus, comme la poursuite de Lafarge», dit-elle à propos de ce concurrent qui a essayé de soumettre le projet de Ciment McInnis à l'examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

Souvenir douloureux ravivé

Dans la MRC du Rocher-Percé, l'annonce du dépassement de coût de 40,9 % a ravivé le souvenir douloureux de l'arrêt en janvier 2004 du chantier de modernisation de la papeterie Gaspésia de Chandler, à 30 kilomètres de Port-Daniel. La préfète Nadia Minassian remet les choses en perspective.

«Comme élue, ce n'est jamais une nouvelle qu'on veut entendre. Quand on va plus loin, on voit qu'il n'y a jamais eu autant de travailleurs sur le chantier, et il n'y a jamais eu autant de camions sur le chantier. On n'a pas du tout le même projet. La conjoncture est complètement différente et le contexte est différent. On a un investissement dans lequel une part très importante de fonds privés a été injectée», souligne Mme Minassian.

Ligne du temps

1981: Premières évaluations du gisement calcaire de Port-Daniel.

1995: Cimbec Canada, menée par l'homme d'affaires Guy Rousseau, présente un projet de cimenterie de 350 millions $.

1998: Des travaux de nivellement et de préparation du quai sur pilotis sont amorcés, mais le projet stagne.

2012: En janvie, Beaudier, le conglomérat des familles Beaudoin et Bombardier, annonce la prise de contrôle du projet de Cimbec Canada. Le projet de ce qui alors est appelé Gisement McInnis est évalué à 800 millions $.

2014: En mai, début de la construction de la cimenterie. Entre décembre 2012 et maintenant, le coût passe graduellement à 1 milliard $, à 1,055 milliard $, à 1,1 milliard $ et maintenant à 1,55 milliard $. Ciment McInnis et ses sous-traitants créeront 153 emplois.

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