Les changements climatiques coûteront cher à l'Est-du-Québec

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L'érosion ravage des falaises et rapproche la mer des maisons.

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<p>Gilles Gagné</p>
Gilles Gagné
Le Soleil

(Maria) Au cours des 50 prochaines années, les dommages à prévoir dans les trois principales régions côtières du Québec, Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent et Côte-Nord, s'élèvent à un peu plus de 1,5 milliard $ en raison de la hausse du niveau des océans et des changements climatiques qui intensifient l'occurrence des tempêtes dans le temps, et leur gravité.

La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine constituent la région où les dommages potentiels sont les plus élevés, avec 772 millions $. Le Bas-Saint-Laurent suit avec 493,4 millions $ alors que la Côte-Nord risque de subir des dégâts de 242 millions $.

Ces conclusions sont tirées des travaux effectués depuis plusieurs années par Ouranos, le consortium de recherche sur la climatologie régionale et l'adaptation aux changements climatiques. Le groupe a notamment pour but de faire vivre au Québec la transition la plus douce possible entre la situation actuelle et celle qui prévaudra dans un demi-siècle.

Ces changements seront physiques, dans le paysage comme dans les infrastructures, «mais ils toucheront aussi les communautés, la culture des gens, la forêt et les pêcheries», précise François Morneau, l'un des chercheurs ayant participé aux travaux d'Ouranos.

«Le niveau de la mer monte depuis des centaines d'années, mais depuis 100 ans, il monte de plus en plus vite [...] Il y a une autre accélération en cours [...]. La mer montera de 80 centimètres d'ici 2100», ajoute M. Morneau.

La submersion de certains secteurs, la disparition de certaines plages, l'érosion des falaises en raison de l'alternance gel-dégel, le déménagement de certains bâtiments et l'interdiction de construire dans un nombre grandissant de territoires constituent les conséquences les plus évidentes de la hausse du niveau des océans et des changements climatiques, eux-mêmes dérivés de l'augmentation des températures.

«Les tempêtes sont cinq fois plus fréquentes qu'avant. On en prévoit 16 cet été au Québec», souligne François Morneau.

Si la facture des dommages à prévoir est connue, 1,5 milliard $, le coût d'évitement des dégâts, ou d'une partie d'entre eux, reste à déterminer.

«Nous sommes rendus à [la question suivante] : Qu'est-ce qu'on fait avec les 5400 bâtiments menacés par les eaux [...]? Qu'est-ce qu'on fait avec les routes nationales 138, 132 et 199, qui vont subir des dommages?» note l'économiste Laurent da Silva, également d'Ouranos.

Le coût éventuel sera calculé en fonction du critère suivant : «Quelles sont les mesures qui en donnent plus pour notre argent? Nous sommes pour une approche englobante, par rapport à une simple analyse financière», dit-il.

Une tempête inoubliable

Gaspésiens, Madelinots, Bas-Laurentiens et Nord-Côtiers se souviennent bien des conséquences de la tempête du 6 décembre 2010 et d'un épisode de pluies diluviennes ayant marqué la semaine subséquente. Au Bas-Saint-Laurent, 60 maisons ont été déplacées par la suite.

Que faire maintenant? François Morneau, qui compte plus de 30 ans d'expérience dans diverses disciplines comme la sécurité civile et les transports, est un partisan des solutions douces et adaptatives.

«Les côtes sont en réajustement. Il faut être très prudent dans les interventions [...]. Les murs sur une plage, ce n'est pas une bonne idée. [...] L'énergie des vagues est réfléchie par un mur de béton, des pales-planches ou des pierres, et les vagues repartent avec le sable de la plage», dit-il.

Ce sable de plage représente l'amortisseur des tempêtes. Plus il y en a épais, moins les dommages au littoral sont importants. La recharge de plages en sable pour des endroits ciblés constitue un exemple de solution douce. Il est acquis que tout ne pourra être sauvé au cours du prochain demi-siècle, dit-il, se servant de l'exemple de la route 132, à Maria, en Gaspésie, route protégée sur six kilomètres par un mur de béton où les vagues frappent souvent.

«À Maria, on [le ministère des Transports] laisse la route où elle est : c'est un choix de société. Il faudra la déplacer ailleurs», note M. Morneau.

Les dommages prévus au cours des 50 prochaines années

Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine :

- 163 millions $ pour les bâtiments

- 609 millions $ pour les routes et le rail

Total : 772 millions $

Bas-Saint-Laurent :

- 384,4 millions $ pour les bâtiments

- 109 millions $ pour les routes et le rail

Total : 493,4 millions $

Côte-Nord :

- 185 millions $ pour les bâtiments

- 57 millions $ pour les routes et le rail

Total : 242 millions $

Population des trois régions : 400 000

Longueur du littoral : 3500 kilomètres

Des solutions proposées aux citoyens

Le 6 décembre 2010, une tempête hors-norme a... - image 3.0

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Le 6 décembre 2010, une tempête hors-norme a inondé la rue des Tourne-pierres à Maria, causant une inquiétude encore palpable aujourd'hui.

François Morneau se sert de sa vaste expérience dans divers domaines pour donner aux citoyens de diverses communautés visitées par Ouranos quelques conseils utiles. Cette semaine, l'équipe a présenté ses travaux aux Îles-de-la-Madeleine, à Carleton et à Maria, en Gaspésie. À Maria, il a agrémenté sa présentation des citations suivantes, entre autres. 

«Il faut faire de la gestion adaptative. C'est aux municipalités d'avoir un plan. Le gouvernement est toujours en réaction [à des crises].»

«Il faut des solutions gérables, à coût moindre, et être capables de les entretenir. Souvent, le gouvernement arrive à coups de millions de dollars, mais ne prévoit pas comment entretenir.»

«Faire du dragage dans un havre et vider le sable au large, c'est sortir le sable du système, c'est une aberration [le sable servant d'amortisseur]. Maintenant, on recharge les plages. En région, les gens du ministère de l'Environnement comprennent, mais ça ne se rend pas à Québec.»

«Il faut remettre du sable chaque année [dans les zones d'érosion ciblées pour des interventions]. Ça se fait partout ailleurs, en Europe, aux États-Unis, mais on n'a pas encore cette culture-là.»

«Laissez les troncs d'arbres sur les plages. Ils accumulent le sable autour d'eux. Une plage "propre" est une plage qui s'érode.»

En rafales...

  • Si des interventions de protection, à déterminer, sont réalisées à Percé, ce sont 700 millions $ de retombées économiques qui continueront d'être générées dans l'industrie touristique gaspésienne au cours des 50 prochaines années. Environ 62 % des visiteurs venant en Gaspésie passent à Percé.
  • La protection du secteur de la Grave, aux Îles-de-la-Madeleine, assurera des retombées de 40 millions $ pour l'archipel, dont 30 millions $ dans le seul secteur de cette partie de l'île du Havre-Aubert d'ici 2066
  • L'étude d'Ouranos a mobilisé des dizaines de chercheurs, dont l'océanographe gaspésien Christian Fraser. Il voit des secteurs prendre de l'avance en matière de modernité d'intervention. «Maria est citée en exemple : le niveau de sensibilisation [aux effets des changements climatiques] est plus grand ici que dans d'autres communautés». Il est vrai que quelques centaines de citoyens de Maria ont été touchés par les tempêtes de 2005 et 2010. François Morneau vante Sept-Îles. «Ils [les élus] suivent le plan de match depuis le début [...], un plan graduel»
  • Une grande partie de la facture salée se profilant pour la Gaspésie découle de l'intervalle de plus de 100 kilomètres de route 132 longeant la mer entre Sainte-Anne-des-Monts et Madeleine. 

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