Arrestations de l'UPAC: coup de canon en Gaspésie

Daniel Côté, actuel maire de Gaspé, s'est dit... (Photothèque Le Soleil, Geneviève Gélinas)

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Daniel Côté, actuel maire de Gaspé, s'est dit «surpris et déstabilisé» par l'arrestation de François Roussy.

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Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Carleton) La nouvelle de l'arrestation de Nathalie Normandeau a sonné comme un coup de canon dans la Baie-des-Chaleurs jeudi parce que l'ex-politicienne originaire de Maria y a été une personnalité publique pendant 16 ans, 3 à la mairie et 13 comme députée de Bonaventure.

Libéral «pas très actif», n'ayant «jamais vanté un parti politique», Jean-Guy Poirier, maire de Saint-Siméon depuis 38 ans et seul préfet de l'histoire de la MRC de Bonaventure, tente de trouver un équilibre.

«En premier lieu, c'est une claque en pleine face. J'ai travaillé longtemps avec Nathalie, dit-il. Il faut se rappeler de tout ce qu'elle a apporté d'objectif pour la région.»

M. Poirier est convaincu que l'enquête peut aller plus loin. «Ce n'est pas elle qui tirait les ficelles. Il y avait des gens à un niveau supérieur, mais ne me demandez pas de noms. Quand elle a quitté, c'est parce qu'elle voulait rompre avec des façons de faire. On a fait faire le plus sale boulot à Nathalie Normandeau et on trouvait qu'elle prenait beaucoup de place dans le parti.»

Vieilles pratiques

Il y a longtemps, note M. Poirier, que les firmes de génie-conseil en mènent large en politique.

«En 38 ans de vie municipale, j'ai assisté à des choses pas toujours correctes. Dans les grosses années de travaux d'assainissement des eaux (de la fin des années 80 à la fin des années 90), les municipalités n'étaient pas obligées d'aller en appel d'offres pour choisir une firme d'ingénieurs. On choisissait, on allait voir le gouvernement et on l'informait de notre choix. Ça laissait place à une surenchère. Il fallait être solides pour ne pas tomber [succomber à la tentation]. Je me suis fait offrir des sommes élevées en argent comptant, dans une enveloppe, après des soupers passés avec des firmes d'ingénieurs», souligne M. Poirier.

«Ce sera long, avant le procès. Avant d'entrer [avec les accusations présentées par l'Unité permanente anticorruption], il faut qu'ils soient sûrs de leur affaire», dit-il.

«Je suis triste pour Nathalie. J'ai de la misère à la blâmer. Elle s'est battue pour contourner le ''mur-à-mur'', les avis de fonctionnaires tenant compte de critères impossibles à appliquer dans nos régions», dit le préfet, rappelant la présomption d'innocence.

Patricia Chartier, candidate de Québec solidaire contre Mme Normandeau en 2008, croit qu'il est «bien clair que pour être politicien, il faut que tu aies le courage de résister à la pression des entrepreneurs privés et ceux qui veulent faire de l'argent. Ça leur a manqué à Nathalie et à François Roussy, le courage de défendre le bien public. Je suis d'accord pour qu'ils paient, c'est correct d'aller en justice, mais s'il n'y a rien pour défendre les gens qui reçoivent des menaces, on n'avancera pas. Il faut aller au-delà, changer le modèle. L'exercice de réflexion reste à faire. Quand on voit un appel d'offres avec un seul soumissionnaire, il y a anguille sous roche. Ils [les entrepreneurs] se sont entendus avant.»

Roussy fait confiance à la justice

L'ex-maire de Gaspé François Roussy s'est dit «sous le choc et vraiment très surpris de ces accusations», en référence aux accusations déposées jeudi après l'enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Par voie de communiqué, il a ajouté faire «entièrement confiance au système judiciaire pour faire toute la lumière sur cette affaire et au moment opportun, [il pourra] enfin exprimer toute [sa] version des faits».

Il a remercié les médias de respecter sa vie privée et s'abstiendra de commenter davantage. Il se dit bien entouré et compte sur de «nombreux citoyens qui [le] supportent dans cette épreuve».

Son arrestation a créé une onde de choc dans sa ville. Le maire actuel, Daniel Côté, s'est dit «surpris et déstabilisé». Il souhaite que l'image de la Gaspésie s'en sorte indemne, même si «deux ardents défenseurs de la région», M. Roussy et Nathalie Normandeau, sont accusés de complot et d'abus de confiance.

Daniel Côté, coordonnateur municipal de la Ville de 2009 à 2013, a travaillé aux côtés de M.Roussy. «Je n'ai jamais rien vu de louche ou de travers dans mon expérience personnelle. Depuis la perquisition, je me suis gratté la tête longtemps et souvent.»

L'UPAC a perquisitionné à l'hôtel de ville de Gaspé en mai 2014. «Toute l'équipe municipale a collaboré», dit M. Côté, qui ne sait pas sur quel dossier portent les accusations. «Plein de documents ont été demandés.» Il a «hâte de savoir» ce qu'on reproche à M. Roussy.

Il a été maire de Gaspé de 2005 à 2013, puis attaché politique du député péquiste de Gaspé, Gaétan Lelièvre, de mai 2014 à janvier 2015. Il a pris la relève de son père comme gestionnaire d'Habitat Honguedo, une firme de location de bureaux et d'appartements.

Gaétan Lelièvre a refusé de commenter l'arrestation. Son adjoint a expliqué que le budget l'accaparait, en tant que porte-parole de l'opposition pour le Conseil du trésor.

Voyage payé par Roche

François Roussy est apparu souvent sur le radar de la commission Charbonneau. Selon le témoin A, le maire de Gaspé aurait demandé une ristourne de 4 % sur les honoraires des contrats octroyés par la Ville. Ces fonds auraient servi à investir dans des projets pour la communauté, dont à Rivière-au-Renard, village victime d'inondations.

À l'époque, le maire avait nié avoir demandé la ristourne. Il souhaitait que les firmes soient «de bons citoyens corporatifs».

Le maire Roussy a fait un voyage en France en 2009 à l'invitation de l'Association des ingénieurs-­conseils du Québec. C'est Roche qui a payé l'avion et les autres frais pour deux jours à Saint-Malo et quatre à Paris, a dit le témoin A.

Le maire avait rétorqué que ce voyage était lié au 475e anniversaire de l'arrivée de Jacques Cartier à Gaspé et qu'il avait accepté pour faire épargner la Ville. Roche lui a aussi donné des billets pour des matchs du Canadien.  Geneviève Gélinas et Gilles Gagné (collaboration spéciale)

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