L'affichage en anglais en partie retiré à l'Hôpital de Gaspé

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L'affichage sur des questions de santé ou de sécurité, comme le lavage des mains ou le port de masques, demeurera bilingue.

Collaboration spéciale Geneviève Gélinas

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Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) L'hôpital de Gaspé devra retirer l'anglais d'une bonne partie de son affichage pour se conformer à un avis de l'Office québécois de la langue française (OQLF). L'établissement est ainsi contraint d'abandonner l'une des mesures prises pour simplifier la vie de sa population anglophone âgée et en déclin.

«Dans les 10 dernières années, on avait fait beaucoup de travail avec Vision Gaspé-Percé [un organisme anglophone] pour améliorer l'accès à nos services pour les anglophones. La majorité de l'affichage est dans les deux langues. Mais on doit se conformer à la loi», commente Geneviève Cloutier, porte-parole du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie.

À la suite d'une visite de l'hôpital cet été, des inspecteurs de l'OQLF ont envoyé un avis au CISSS pour lui demander d'enlever certaines affiches. «Nous ne sommes pas un établissement reconnu par l'OQLF [pour l'affichage bilingue] parce que la majorité de notre clientèle n'est pas anglophone. Ça prendrait 50 %», explique Mme Cloutier. Le territoire desservi par l'hôpital de Gaspé compte 11,7 % d'anglophones.

L'affichage sur des questions de santé ou de sécurité, comme le lavage des mains et le port de masques, demeurera bilingue. Les autres indications, comme l'heure des visites ou l'orientation vers les divers départements, devront être écrites en français uniquement.

Les employés de l'hôpital qui peuvent répondre en anglais continueront d'arborer une marque jaune sur leur carte d'identité, précise le CISSS.

«C'est vraiment injuste envers le monde anglophone. Ces gens-là ont le droit d'être servis en anglais, comme nous, on les sert en français», dit Bernice Vibert, une anglophone qui travaille au magasin Robin de Barachois. Malgré les assurances données par le CISSS, il n'y a pas toujours quelqu'un de disponible pour répondre aux anglophones dans leur langue, dit-elle.

Droits de la personne

Ernest Ross, un anglophone croisé à l'hôpital de Gaspé, se débrouille bien en français. Mais il apprécie de lire des indications dans sa langue maternelle, une question de droits de la personne selon lui.

Plus du quart des anglophones desservis par l'Hôpital de Gaspé ont 65 ans et plus. «Les personnes âgées à qui j'ai affaire sont souvent unilingues anglophones. C'est déjà une inquiétude pour eux d'aller passer des examens médicaux. [La question de la langue], c'est un stress supplémentaire», dit Brad McDonald, un anglophone de Gaspé qui a déjà travaillé à l'Agence régionale de santé pour recruter du personnel bilingue.

«À Montréal, il y a des hôpitaux désignés [pour offrir le service en anglais]. En région, à l'est de Québec, on n'a pas ça, ajoute M. McDonald. Je comprends l'hôpital, ils doivent se conformer à l'avis. Mais on a mis une loi mur à mur sans regarder les différences des régions.»

L'organisme Vision Gaspé-Percé, une voix des anglophones, s'est fait rassurant dans un communiqué. «Les changements apportés auront essentiellement un impact visuel» et «le CISSS est dans l'obligation, selon la loi, d'offrir tous les services d'accueil, d'évaluation et d'orientation en anglais», écrit Vision.

«En voie de disparition»

En Gaspésie, les anglophones sont loin d'être un danger pour la survie du fait français. C'est leur propre survie qui est en jeu, avec une population en décroissance dont la situation socioéconomique est peu enviable.

D'ascendance écossaise, irlandaise, britannique, loyaliste ou jersiaise, les Anglo-Gaspésiens peuplent la péninsule depuis 250 ans. Mais ces 50 dernières années, l'exode a fait beaucoup plus de ravages chez eux que chez les francophones. De 1971 à 2006, la population anglophone a chuté de 42 % en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, pendant que la population francophone reculait de 18 %, selon Statistique Canada.

Brad McDonald, un anglophone de Gaspé, va jusqu'à dire que sa communauté est «en voie de disparition». «Je ne pense pas qu'on est en voie d'assimiler les francophones. Mais la population anglophone est en décroissance. Peu à peu, on va disparaître.» Déjà, les enfants de M. McDonald parlent anglais et français, une «richesse», estime-t-il. Mais ce sont plutôt des francophones, observe-t-il.

En Gaspésie et aux Îles, 55 % des anglophones gagnent moins de 20 000 $ par an, comparativement à seulement 44 % des francophones. Le taux de chômage chez les anglos atteint 28 %, près du double de leurs voisins de langue française (15 %), selon une compilation du Réseau communautaire de santé et de services sociaux à partir des données du recensement de 2011.

Les deux tiers (66 %) des Gaspésiens et des Madelinots anglophones n'ont qu'un diplôme d'études secondaires ou moins, une proportion de 12 points plus élevée que chez les francophones.

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