Une mort de trop à Mani-Utenam

Marie-Luce Jourdain tient un cierge à l'effigie de... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

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Marie-Luce Jourdain tient un cierge à l'effigie de sa nièce Nadeige Guanish.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

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<p>Fanny Lévesque</p>

(Sept-Îles) UASHAT - Elle avait 18 ans, le regard pétillant, les yeux bruns verts à faire tomber. Elle était la jeune maman d'un bébé encore aux couches. Elle avait la vie devant elle. Mais, elle avait aussi le mal de vivre, un mal si fort, qu'elle a décidé d'y mettre fin. Nadeige Guanish s'est enlevé la vie, il y a une semaine aujourd'hui.

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Nadeige Guanish

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Son suicide a été celui de trop, celui qui a forcé Québec à ouvrir une enquête publique du coroner pour éclaircir les circonstances de sa mort. Pourquoi, elle, comme tant d'autochtones choisissent de mourir plutôt que de vivre? À Uashat mak Mani-Utenam, le compte atteint cinq suicides, uniquement dans la dernière année.

Il pleuvait des cordes vendredi à Sept-Îles. Marie-Luce Jourdain nous a ouvert sa porte, pour parler de sa nièce, pour que son geste soit le dernier à survenir, parce qu'il est grand temps que l'épaisse grisaille fasse place à la lueur du soleil dans la communauté de quelque 4000 âmes.

Attablée seule dans la salle à manger, Mme Jourdain se souvient de Nadeige, «l'aînée d'une grande famille, très protectrice, qui voulait le bonheur des siens», raconte sa tante. «Elle transmettait l'amour, la joie, elle débordait autant d'une beauté intérieure qu'extérieure. Nadeige, c'était un coeur sur deux pattes et tout le monde le savait.»

Le jour du 31 octobre, la jeune innue a donné bien peu de nouvelles à ses proches. «Elle était sortie pour un anniversaire, vendredi», explique Mme Jourdain, qui après quelques échanges de textos, n'a plus eu de réponse de sa nièce. «Une amie a reçu une photo de Nadeige, ça montrait sa main comme un au revoir, c'est là que j'ai compris.»

Puis est venue l'annonce officielle des policiers. Aucun signe ne laissait présager l'acte irréversible que Nadeige allait poser, assure sa tante. «Au contraire, elle était enjouée [...] Mais, Nadeige n'était pas bien, elle ne s'aimait pas. Elle avait fait plusieurs démarches pour se sortir de son mal-être», poursuit-elle.

Quels étaient les démons qui habitaient Nadeige? Y en avaient-ils? Pour l'instant, la famille souhaite mettre son énergie à éviter «un effet domino» au sein des jeunes de la communauté. «Est-ce qu'on peut travailler à ce que ce soit le dernier?» interroge sa tante, qui est notamment la directrice du centre de santé innu Uauitshitun.

«Les statistiques sont alarmantes, il y a beaucoup de tentatives, mais on est limité dans ce qu'on peut faire, dans nos ressources [...] Je veux que mes jeunes soient protégés, qu'ils sachent qu'il y a de l'aide. Je fais appel à la mobilisation, que les gens ouvrent leurs portes, qu'ils créent des lieux d'échanges, que tous aient la possibilité de s'exprimer.»

Bien au fait des besoins, Mme Jourdain espère que l'enquête publique permettra à Québec de constater «les limites» avec lesquelles les services sociaux doivent jongler dans les communautés. Elle croit aussi que la crise de Val-d'Or fera «boule de neige» et réveillera chez les autochtones de toute la province de douloureux souvenirs.

«Il faut réveiller aussi l'entraide, le support et l'estime de soi», ajoute-t-elle. Une semaine après les événements, la tante de Nadeige dit «accepter» la décision de sa nièce, malgré la colère qu'elle ressent. «On n'approuve pas, mais maintenant on va travailler sur sa petite fille, il va falloir la préparer pour lui dire un jour.»

Besoin d'aide? Composez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)

Au cours de la dernière année seulement, cinq... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque) - image 2.0

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Au cours de la dernière année seulement, cinq personnes se sont enlevé la vie à Mani-Utenam.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

Québec ouvre une enquête publique

SEPT-ÎLES - Si l'enquête publique du coroner vise la mort de la jeune innue Nadeige Guanish, son mandat pourra être élargi pour tenter de mieux comprendre pourquoi les membres des Premières Nations ont un taux de suicide de trois à cinq fois plus élevé que le reste de la population.

«Il faut se concentrer sur cet événement et s'en servir comme indicateur pour en tirer les leçons qui s'appliquent partout», a réagi le premier ministre, Philippe Couillard, de passage vendredi à Baie-Comeau pour appuyer la candidate à l'élection complémentaire dans la circonscription de René-Lévesque.

Le chef du conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam a pour sa part salué la réaction du gouvernement, mis au courant des événements en début de semaine. «Nos pensées sont tournées vers les familles touchées», a tenu à mentionner en premier lieu, Mike McKenzie.

«Il ne faut pas aller bien loin pour comprendre que le sous-financement chronique de nos services en matière de santé et services sociaux nous empêche de bien soutenir nos populations, a-t-il martelé. Espérons que l'enquête permettra une fois pour toutes de constater qu'il faut nous soutenir pour arriver à une guérison individuelle et collective.»

Le chef McKenzie rappelle que «les racines des souffrances» des peuples des autochtones sont connues depuis longtemps, citant entre autres la colonisation et l'époque des pensionnats, qualifiée de génocide culturel, où de nombreux cas de sévices sexuels et physiques ont été répertoriés.

«Nous portons dans nos coeurs, nos âmes, un héritage lourd, mais il y a toujours de l'espoir», a-t-il conclu.

La coroner en chef, Me Catherine Rudel-Tessier, a reçu vendredi, le mandat de mener une enquête publique du ministre de la Sécurité publique suppléant, Pierre Moreau.  Avec Steeve Paradis

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